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01/12/2017

Joyce Mansour (1928-1986)

C'est au début des années 50 que Joyce Mansour, attirée par le surréalisme et le milieu littéraire français, s'installe à Paris. Elle est née en Grande-Bretagne, à Bowden, en 1928, de parents égyptiens, et a fait ses études en Angleterre, en Suisse et en Egypte. C'est à Paris qu'elle publie, en 1953, son premier recueil de poèmes, Cris, dont la parution est saluée avec chaleur dans la revue surréaliste Médium, animée par André Breton.

Révoltée d'instinct et éprise de liberté, Joyce Mansour trouve dans le surréalisme un écho à ses désirs et à son refus de la morale convenue. Mais, tout en participant aux activités du groupe, elle poursuit une oeuvre personnelle - contes et poèmes - dans laquelle une imagerie sexuelle souvent violente est placée au service exclusif de la beauté. Elle célèbre l'individu libéré de toute entrave.

Dans la première livraison du Surréalisme même (1956), Joyce Mansour, dans une nouvelle intitulée le Perroquet, fait rêver à haute voix un assassin, son frère en amour fou. Etrangère à tout arrivisme, J. Mansour publie au gré de ses amitiés. Et si Le soleil noir de François Di Dio accueille l'essentiel de son oeuvre, c'est chez Jean-Jacques Pauvert, en 1958, que paraît son livre le plus reconnu : les Gisants satisfaits. Roger Nimier s'enflamme, dans Arts, pour ce texte convulsif : "Quand elle pose une petite tache de sang sur le papier, Joyce Mansour compose d'excellents tableaux plats, contemplatifs, noirs, violets et jaunes ; ils contemplent leur lecteur et lui font l'immoral."

Quant à André Breton, il reconnaît une voyante en l'auteur des Gisants satisfaits : "Le jardin des délices de ce siècle, au volet de droite d'un bleu nuit toujours plus dévorant. Ne pouvait être appelé à nous le découvrir que qui disposait des plus hautes richesses, dont la pureté première, à l'image de celle qu'annonce la huppe magique et que le conte oriental nomme la tubéreuse enfant."

En 1967, J. Mansour fait jouer, à Paris, son unique pièce de théâtre : le Bleu des fonds, dans laquelle deux personnages s'affrontent jusqu'à la déchirure. Après la dissolution du groupe surréaliste, en 1969, elle collabore au Bulletin de liaison surréaliste et à la Femme surréaliste (Oblique, 1977).

La discrétion tenait lieu d'orgueil à cette femme d'une grande beauté qui opposait un humour aussi noir que sa poésie à toutes les vicissitudes de la vie. En 1983, elle avait participé à cet "amusement d'écrivains", réunissant notamment Eugène Ionesco, Nathalie Sarraute, Alain Robbe-Grillet et Florence Delay, pour jouer la pièce de Virginia Woolf, Freshwater. Au début de l'année 1986, elle avait publié Trous noirs (La pierre d'alun), son dernier recueil de poèmes. La camarde, qu'elle chantait pour mieux la conjurer, l'a emportée. Restent ses cris d'amour : 
      "Laisse-moi lécher tes yeux fermés 
        Laisse-moi les percer avec ma langue pointue
        Et remplir leurs creux de ma salive
        Laisse-moi t'aveugler."

Pierre Drachline

* *

        Bibliographie :

          - Cris, Seghers, 1953.
          - Déchirures, Minuit, 1955.
          - Jules César, Seghers, 1956.
          - Les Gisants satisfaits, Jean-Jacques Pauvert, 1958.
          - Rapaces, Seghers, 1960.
          - Carré blanc, Le soleil noir, 1966.
          - Les Damnations, Visat, 1967.
          - Le Bleu des fonds, Le soleil noir, 1968.
          - Phallus et momies, Daily Bul, 1969.
          - Ça
, Le soleil noir, 1970.
          - Histoires nocives, Gallimard, 1973.
          - Faire signe au machiniste, Le soleil noir, 1977.
          - Trous noirs, La pierre d'alun, 1986.

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