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10/10/2016

La Petite Librairie des champs

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La Petite Librairie des champs est née en 2008 de l'envie de faire se rencontrer autour de la poésie éditeurs, poètes et lecteurs. Éditeurs de la petite édition bien entendu.

Envie aussi de donner un espace non institutionnel à ceux qui aiment la poésie.

En liberté, en échange, sans exclusive ni chapelle.

Un lieu où la poésie entrerait et où chacun pourrait écouter dire et échanger.

Une maison et un jardin.

Une maison assez grande pour y faire entrer des poètes, leurs lecteurs, leurs éditeurs.

Pour apprivoiser ceux à qui elle fait encore peur, ceux qu'elle intimide comme ceux qui la fréquentent depuis toujours.

Nous avons reçu les poètes Julien Blaine, Daniel Biga, Claire Cuenot, Anne-marie Jeanjean, James Sacré, Claude-Louis Combet et Joël-Claude Meffre, Pierre Autin-Grenier, Hélène Sanguinetti, Dominique Sorrente, Cécile Guivarch, Rémy Checchetto, Nathalie Riera, Jacques Estager, Paul de Brancion, Brigitte Gyr, Angèle Paoli, Pierre Soletti, Muriel Vertischel, Anne-Lise Blanchard, Cédric Le Penven, Yann Mirallès et Jean-Clair Bonnel, Aurélia Lassaque et Jean-Damien Roumieu, Sandrine Cnudde, le poète sud africain Denis Hirson, la poète italienne Lucetta Frisa, la poète mexicaine Karla Olvera et l'écrivain finlandaise Kristina Haataja et j'en oublie.

Nous avons reçu le 7 juin 2015 le poète Armand Dupuy et le plasticien Aaron Clarke.

En septembre 2016, Béatrice Machet, Sandrine Cnudde et Stephen Bertrand.

Ainsi que des peintres et musiciens et de nombreux éditeurs.

Chaque année nous fêtons le Bloomsday et Joyce !

 

Le texte écrit à l'occasion de l'ouverture :

LA PETITE LIBRAIRIE a ouvert ses portes le samedi  27 SEPTEMBRE 2008 au MOULIN BRULE, à BOULBON.

 

Associative et placée sous le double signe de la passion et de la poésie.

Passion pour le livre, passion pour la poésie, passion pour ceux qui écrivent, ceux qui publient, ceux qui lisent.

En ces temps de solitude télévisuelle et d’invasion d’images agressives, nous souhaitons inventer une nouvelle manière de diffuser et d’échanger autour du livre, de la poésie et de l’art dont le besoin est pour nous une évidence et que nous souhaitons non seulement mettre au centre de notre vie mais aussi de notre maison.

 

Cette manière, nous l’avons trouvée chez Stéphane Landois de l’Atelier du Hanneton à Charpey dans la Drôme, dans l’atelier de Jacques Brémond à Montfrin et chez bien d’autres résistants d’ici et d’ailleurs.

C’est elle qui nous guide et nous pousse à ouvrir cette petite librairie de campagne, à Boulbon, au bout de trois départements, dans cette maison déjà ouverte au spectacle vivant.

Partager notre goût des livres, des textes et aussi de ceux qui les font vivants, poètes, éditeurs et lecteurs, voilà ce qui nous anime.

Car une maison ne sert pas seulement à habiter, à s’abriter, à dormir et à se tenir au chaud.

Elle peut aussi ouvrir un monde et nous en donner la clé : devenir une petite librairie pour un salon ne sera pas trop difficile et une métamorphose en valant une autre, nous pourrons habiter autrement le salon devenu la Petite Librairie de Campagne.

Notre désir : que la poésie soit présente, vivante, active, que l’art soit représenté au travers de ses liens avec le livre, que la petite édition trouve dans la petite Librairie un lieu où être accueillie pleinement.

 

Un lien: article du journal Le Monde : Article publié le 15 Août 2008 Par Thomas Wieder.

 

Source : Le Monde des Livres

 

  Extrait :

Elle concède volontiers n'avoir « aucun sens des affaires » et on la croit sur parole. Il faut dire que, pour se lancer dans la vente de livres, Sylvie Durbec n'a pas choisi l'emplacement le plus stratégique. Au milieu des vergers, à l'écart de la départementale qui relie Avignon à Tarascon, non loin du joli village de Boulbon : c'est là, dans le vieux moulin qu'elle habite avec son mari depuis une dizaine d'années, que cette ancienne professeur de français s'apprête à ouvrir, fin septembre, sa « petite librairie ». L'idée est née il y a quelques mois, au lendemain d'un grave accident de voiture. " Les livres m'ont sauvée", avoue-t-elle.

 

Le lien de la Petite Librairie: http://petitelibrairiedeschamps.blogspot.com

 

Merci à Sylvie Durbec, et que vive la poésie, D M

23:50 Publié dans Librairie | Lien permanent | Commentaires (0)

10/06/2016

La Librairie "L'Eternel retour", à Paris

Juin 2014

Quel est ce hasard qui me fit entrer, un soir, dans la librairie "L'Eternel retour", 79 rue Lamarck à Paris ? Sortilège de cet espace calme, destiné aux livres et aux lecteurs, ouvrant sur un calme jardin. La libraire, Marie, y est présence discrète et attentive, prompte à guider, renseigner. 
Soudain, une petite pile de livres bleus portant un bandeau rouge "Goncourt de la nouvelle 2014". (Retour arrière : 4 mars 2014. Tombent les Prix Goncourt du premier roman (Frédéric Verger pour "Arden" (Gallimard) et Nicolas Cavaillès pour "Vie de Monsieur Léguat" (éd. du Sonneur). Roman ? Nouvelle ? Le temps passe. Je suis absorbée par d'autres lectures. J'oublie...) Et près de cette pile une annonce encadrée : "Rencontre avec l'auteur le jeudi 12 juin".
Et voilà que me reviennent, et l'envie de découvrir ce livre et celle d'en connaître un peu plus sur l'auteur.
Du livre, je ne connaissais que le thème : un déroulé chronologique de la vie peu ordinaire de François Léguat (1638-1735), huguenot forcé de quitter ses terres à l'âge de cinquante ans et entrant dans un long exil, marqué d'errances et de voyages jusqu'à sa mort en Angleterre, à l'âge de 97 ans, inspiré par le journal gardant la trace de cette vie. "Voyage et aventures de François Léguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes orientales...." "Il n'y parle pas de lui-même, mais l'altruisme de l'écriture compense un peu l'amertume de sa solitude". Donc une rencontre dans le temps entre un homme qui a réellement existé et vécu cet exil et un romancier qui, se saisissant de ce journal, fait œuvre singulière.
Les deux sont nés dans le même village, Saint-Jean-sur Veyle, François Léguat en 1637, Nicolas Cavaillès en 1981. Un lien ? ce livre... 
Est-ce un compte-rendu de voyage ? Entrant dans la lecture de ce livre, je sais très vite qu'il n'en était rien. Il se passe quelque chose de particulier, une sorte d'aimantation, dès les premières pages due à cette écriture rare, précise, poétique. Des phrases amples qui m'emportent au cœur d'une méditation sur la vie, la mort, le sens d'une vie.
"La sagesse de l'arbre - naître et mourir au même endroit -  est étrangère à l'humain (...) On ne choisit guère plus l'endroit où l'on meurt que celui où l'on naît (...) la  mort nie les symboles, se moque des calendriers, ne distingue aucun lieu d'un autre, et vous cueille où que vous soyez, quelle que soit l'heure".
Ainsi commence ce livre inclassable dont on ne saurait dire s'il est roman ou nouvelle.
Le texte va-t-il être grave ?
La légèreté de l'écriture me cueille dès la page suivante. Suivant "la Veyle, sombre et tranquille, indifférente aux moulins" je suis conduite dans cette petite ville de Saint-Jean-sur Veyle, là où ils sont nés, puis vers la noirceur des persécutions, "les cadavres des protestants parmi la boue et les charognes des bêtes."
Et François Léguat ? "Quoi qu'il en soit, où qu'il aille, il a tout perdu.(...) A plus de cinquante ans, délivré du souci d'avoir une vie, il peut bien aller mourir à l'autre bout du monde." De Hollande, le voilà embarqué sur "L'Hirondelle", "un trois-mâts bondé de rêveurs et d'apprentis apatrides, une dizaine de compagnons d'infortune, bannis comme lui, qui appareille le 10 juillet 1690 vers l'extrême sud,  "Longue descente dont nul ne remontera indemne". (Tout est alors précis et vérifié jusqu'au nom de chaque passager.)
Suit alors l'évocation de ce long voyage en mer, "le spectacle de l'infini... rectangles bleus de la mer et du ciel en plein océan", "soif brûlante", "écailles et plumes ("des corlieux, des alouettes marines,des fous, des frégates, des pailles-en-queue...", "le scorbut", les morts, les tempêtes. Quelques haltes : l'île de Texel, celle de Sal...  On traverse sa vie, parfois émerveillé par le chant d'un oiseau, attristé par la mort d'un tigre (page somptueuse : "La fatigue se mue en épuisement sourd, mais le tigre poursuit sa nage sans ralentir. Ses yeux sont sales, ses poils encombrés de feuilles et de boue, et toujours de parasites, son corps traîne dans l'eau comme en un long sommeil hivernal, et fouetté, enlacé, happé vers le bas. Comme la jungle engloutie, comme les créatures annihilées, son corps renonce..."). On voit par ses yeux les hommes qu'ils croisent dans ces terres du bout du monde jusqu'à son retour en Angleterre où il mourra. 
Ce livre est percutant et beau. Il sonne juste. Leguat observe ce nouveau monde à distance.
Je lis, je m'enchante : beauté, humilité, gravité. Les voyages de François Léguat deviennent pour Nicolas Cavaillès le lieu d'une méditation humaniste, une halte devant la beauté et la laideur du monde entremêlées. Livre à emporter, là où nous conduisent  les chemins de l'été - propices à la lecture. 69 pages de bonheur.

Ce 12 juin, dans le calme du soir, des mots s'échangent entre Nicolas Cavaillès, son éditrice Valérie Millet (éd. du Sonneur), la lectrice qui a découvert le manuscrit, Marie, la libraire qui nous accueille et les lecteurs dont je suis. Conversation calme accompagnant les silences de l'auteur. C'est un homme d'écriture, réservé, attentif (mais légèrement en retrait), énigmatique. Un rêveur dont le regard intérieur plonge dans la genèse de l'écriture, enclos en elle. Il sourit, humble. Se place à côté de son livre, se dérobant à trop de questions. Il reste au seuil de ce mystère : pourquoi ce livre ? - qui pèse en notre mémoire de lecteur autant qu'un "gros" roman, tant le temps s'y étire dans cette écriture raffinée et paisible. 
La librairie est devenue un lieu de réciprocité. Nous écoutons cet écrivain silencieux qui nous renvoie patiemment et modestement à son livre. Mince ligne de visibilité éclairée de fragments du livre évoqués par les uns et les autres (chacun ayant sa pépite).
Ce qui laisse à la libraire, Marie, l'opportunité de le confronter à son travail sur Cioran ("Cioran malgré lui / écrire à l'encontre de soi" - CNRS éditions). Ne trouve-t-on pas dans ce roman l'expérience d'un exil qui donne à la vie ce côté absurde, cet humour un peu grinçant, cette impossibilité de donner un sens à la vie ?
 Ce qui laisse la possibilité à Valérie Millet, son éditrice, d'évoquer le bonheur qu'elle a eu de recevoir ce manuscrit, de son travail avec Nicolas Cavaillès, de ses démarches permettant au roman d'être présenté au jury littéraire du Goncourt (qui hésitera à le placer entre "premier roman" et "nouvelle").
Ce qui laisse à une lectrice l'occasion de rapprocher ce dire de l'exil à d'autres exils contemporains. Un livre d'humaniste qui lie le passé au présent. Une ligne de fatalité qui noue écriture et philosophie. Une quête spirituelle qui traverse par la vie de François Leguat contée par Nicolas cavaillès, notre vie.
Le lendemain, au Marché de la poésie, j'ai retrouvé Nicolas Cavaillés tenant stand pour sa maison d'édition "Hochroth".
Romancier, poète, éditeur, chercheur, traducteur (du roumain) voici un explorateur-interprète-passeur qui nous aide à déchiffrer cette chose mystérieuse et parfois opaque : le langage.


                                                                    Christiane Parrat

16:48 Publié dans Librairie | Lien permanent | Commentaires (0)

09/05/2016

Adrienne Monnier et La Maison des amis des livres

Femme à part dans le monde des lettres, je vous ai déjà présenté Adrienne Monnier (1892-1955), sans vous parler toutefois de sa célèbre revue Le Navire d’argent. Sachez déjà qu’elle ouvrit sa librairie de la rue de l’Odéon en 1915, il était possible d’y emprunter des volumes. Elle y organisa des lectures : le lieu fut bientôt fréquenté par des habitués tels qu’Apollinaire, Aragon, Breton, Cendrars, Léautaud, etc… C’est chez elle que Jean Paulhan trouva la revue Dada et qu’ainsi André Breton et Aragon eurent connaissance de ce mouvement d’avant-garde. Grâce à Sylvia Beach, Adrienne Monnier s’intéressa de près à la littérature anglaise et soutint Joyce dont elle publia l’Ulysses en édition originale. En 1924, elle fut chargée de l’administration de la revue Commerce, mais, brouillée avec Léon-Paul Fargue (cf note blog du 08/7 et 18/7/2014), elle fonda sa propre revue Le Navire d’argent, à laquelle furent associés sa compagne Sylvia Beach (librairie Shakespeare & Company) et le jeune Jean Prévost, ancien élève d’Alain et ami de Saint-Exupéry. L’expérience fut une réussite sur le plan littéraire, mais ruina Adrienne Monnier qui dut vendre en 1926 sa bibliothèque personnelle. Heureusement, ses auteurs « amis des livres » rachetèrent pour elle la majorité des volumes et manuscrits dédicacés vendus.

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Le Navire d’argent fut une passerelle entre les littératures françaises et étrangères. Elle compta 12 numéros, tirés à 120 exemplaires numérotés sur vélin pur fil Lafuma (dont 20 hors commerce, que signait Adrienne). On y trouve des textes de Marcel Arland (cf note blog du 12/7/2014), Valéry Larbaud, Blaise Cendrars (extrait en préoriginale de Moravagine sous le titre « Le principe d’utilité »), Chamson, Claudel, Duhamel, Giraudoux, Hellens, Montherlant, Romains, Soupault, etc. mais également les premières traductions françaises de textes de Cummings, Hemingway (qui put grâce à cela lancer sa carrière en France), Lawrence, Reyes, Rilke, Svevo, Whitman, Yeats…

Retenir pour vous deux fascicules à présent : j’ouvre le numéro 5 en date du 1er octobre 1925 pour y découvrir un texte de James Joyce, extrait de ce qui deviendra Finnegan’s Wake, texte d’abord refusé par la revue londonienne The Calendar par crainte de poursuites judiciaires, qui paraîtra néanmoins en volume séparé en 1928 à New York, puis à sa place dans Finnegan’s Wake, en 1939. C’est en fait la préoriginale d’Anna Livia Plurabelle, chapitre VIII de Work in progress, titre programmatique du célèbre livre de Joyce.

Puis le numéro 11, en date du 1er avril 1926, où l’on peut lire ni plus ni moins que la première publication de Saint-Exupéry, « L’Aviateur »,version primitive de Courrier Sud, roman publié plus tard, en 1929.

                                                                                               Daniel Martinez