241158

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/01/2018

Poésie tibétaine : Ljang Bu, "Le gzi aux neuf yeux", 2001

Le gzi est une pierre de forme allongée, noire avec une tache blanche, qui évoque un œil et sa pupille, en son milieu. Cette pierre, parfois assimilée à l'agate, est très précieuse et les Tibétains considèrent qu'elle est particulière au Tibet. Le poète Ljang Bu a composé une série de huit poèmes intitulé Gzi, intégrés à son recueil inédit en français Gzi mig dgu ma, Le gzi aux neuf yeux, paru en 2001 et épuisé au Tibet.

Ljang Bu associe le sort du Tibet à la pierre gzi, essence de la civilisation tibétaine, que les marchands achètent et vendent sans état d'âme ni sens de la sacralité. Hommage lui soit ici rendu, écoutez-le :

Quatre gzi

          Gzi 1

La chair et le sang sont épuisés       Le squelette est détruit
Le temps a avalé la tête
J'ai vomi encore au creux de la main d'un marchand
Et à cet instant, un globe oculaire, tout seul       Tel un orphelin énigmatique
Tremblote, isolément       Une civilisation
Tremblote au cœur des malversations, faiblement

             Dans le train, le 20 février 2000

 

          Gzi 2

Je suis le cœur d'un peuple
Et une relique issue d'une crémation

La puissance du soleil soutenu pendant mille ans
Mais depuis aujourd'hui, je suis une larme versée

Je suis un œil       Je suis la signification originelle et inaltérée
Fruit du polissage de chaque perle
Perle des mots qui sortent de la bouche

             Dans le train, le 20 février 2000

 

           Gzi 5

Un objet dur où s'affûtent lames et haches
Une histoire qui s'embellit à mesure qu'elle s'use
Source de tout, miroir       Et œil
La plus précieuse des parures pour les Tibétains

             18 septembre 2001

 

           Gzi 8

L'instrument de la vue
Est devenu aveugle
Puis a été réduit à l'objet du regard
Où alternent blanc et noir

                          Ljang Bu

             Traduction de Françoise Robin en collaboration avec l'auteur


Souvenir : au départ de Francfort, nous étions arrivés à Stuttgart, par train, de nuit. Et, sur l'artère principale (il y faisait froid, si froid) arrêtés devant un groupe de musiciens tibétains qui chantaient, flûtaient au beau milieu de la foule attroupée là. Plus rien alors qui aurait pu nous rappeler de quelque manière l'hiver, seul quelque chose comme le souffle des sphères, descendu jusques à nous. Ces rares moments d'éternité que brasse une vie, que nous revoyons sans doute une dernière fois en accéléré, au moment du passage de l'autre côté du miroir.  DM

22:36 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

14/01/2018

"Le désert, Rimbaud", éd. Atelier de l'agneau

C'est Jean Esponde qui m'a envoyé cette semaine son dernier livre intitulé "Le désert, Rimbaud", qui renouvelle notre vision de l'éternel adolescent qu'il fut. Sa dédicace : "... L'aventure africaine d'un poète qui ne fut pas trafiquant d'esclaves, il ne l'a jamais été et pas davantage trafiquant d'armes, il ne l'a jamais été..." mérite que l'on se penche de plus près sur le sujet. Mais enfin, on veut bien comprendre Esponde dans sa tentative de réhabiliter quelque peu Rimbaud : livre qui sera commenté in Diérèse opus 73. Amitiés partagées, D. M.

11:25 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

10/01/2018

"Eloge du jaune" de Jocelyne François

Au rayon des douces merveilles à découvrir, un extrait choisi d’un ouvrage rare et de qualité, dont je vous donne lecture sans plus tarder. Ce recueil : Éloge du jaune, a pour auteure Jocelyne François ; il a été édité par Michel Chandeigne en mai 1990 à 300 exemplaires, dont 60 sur Arches, entés d'une sérigraphie de Bertrand Canard. Je m'y suis replongé juste après avoir vu fleurir les premières fleurs du forsythia de la rue Sully où j'aime à présent le rencontrer au petit matin une fois les premières ombres dissipées, pour souffler un peu de lumière pure sur le ciel si gris de ces derniers jours :

 

Aujourd’hui 24 mai 1981 je me demande si la durée amoureuse ne serait pas d’essence jaune, ne serait pas de cette couleur qui semble s’engendrer à mesure comme si un feu intérieur ayant dépassé de beaucoup le stade du rouge et s’approchant du blanc l’alimentait secrètement. Dans l’avion qui me ramenait de Montréal quelques jours plus tôt, après la traversée de l’Atlantique, après le cordon des vagues sur le littoral, n’est-ce pas dans la géométrie capricieuse des terres cultivées les quadrilatères jaunes du colza que j’ai cherchés d’abord ? Parmi les miroitements, les serpentements, les groupes des toits, les forêts ou les boqueteaux, ils concentraient la lumière terrestre, eux seulement. Après la nuit si courte, à peine plus obscure qu’un crépuscule, et le paysage sans limites des nuages très progressivement éclairés d’un seul côté par l’aube puis d’une façon plus pénétrante par l’aurore, après cette splendeur inhumaine, ce sont les champs de colza qui m’ont rappelée aux genêts de la colline, aux terrasses de pierres sèches, aux pourpiers qui unissent si subtilement le rose et le jaune dans les pierres creusées du jardin, à cette redescente dans le monde des choses où tu allais, venais, étendant tes peintures au soleil, les confiant au rayonnement suprême du jaune.


Jocelyne François

20:18 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)