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18/01/2020

Le poète Al Berto (1948-1997) et Cézanne

Né en 1948, Alberto Pidwell Tavares fut poète, peintre, traducteur, libraire, rédacteur littéraire. Après des études d'art à Lisbonne, il s'exile en Belgique pendant la guerre coloniale, pour regagner le Portugal en 1975, jusqu'à la fin de ses jours. Un recueil de son œuvre quasi complète, "O Medo" ("La Peur") a obtenu en 1988 le prix Pen Club portugais de poésie. Voici le poème qu'il écrivit – traduit par Jean-Pierre Léger - en hommage au lumineux Cézanne, in "La secrète vie des images", éditions L'Escampette, un an avant de nous quitter :

 CEZANNE BLOG.jpg

La Montagne Sainte-Victoire, 1885-1900

Sainte-Victoire après la mort de Cézanne

 

dans le plus lointain isolement de la mémoire
j’ai gardé précieusement l’ombre des basaltes
schistes lumineux fissures de granit fenêtres
près de sainte-victoire plus grise que jamais
je peignais sans cesse je peignais
dès l’aube jusqu’à ce que la nuit tombe
obligeant la main et la pensée à défaillir

 

j’ai toujours travaillé l’obsessive lumière
mais la vieillesse m’a emprisonné dans le vertige
à un âge avancé
j’ai continué à peindre sur le motif
il me semblait faire de lents progrès
j’ai presque compris les plans superposés
d’un même objet sous la clarté d’aix

 

c’était en 1906
monté sur un âne chargé de matériel
j’allais vers où le coupant mistral était passé
laissant à découvert l’implacable soleil
modulais terres pins nuages maisons corps
mais la mort n’a pas consenti à ce que j’exécute
les géométriques paysages soupçonnés et
avec moi s’est perdu le secret de cette pyramide
qu’est sainte-victoire vibrant
dans l’aveuglante luminosité de midi

Al Berto

04:22 Publié dans Arts, Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

14/01/2020

"Jours de Loire", de Patrick Henri Burgaud, éditions Interventions à haute voix, 25/3/1994.

Honorine


L'oiseau de fleurs d'oranger a fait son nid sous le globe de verre. Depuis longtemps il couve, accroupi sur le coussin de velours rouge. Les enfants le contemplent émerveillés car il est tout entier fait de nombreuses fleurs menues dont les pétales sont des perles. Les adultes le surveillent, sa présence dans la maison apporte le bonheur. Il est entré, il a tourné deux ou trois fois, ébloui, la fête brillait dans la maison. Puis, se dégageant de son plumage en tulle, il s'est accroupi sur le coussin de velours rouge. Il attend.


Patrick Henri Burgaud

12:00 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

11/01/2020

"Jours de Loire", de Patrick Henri Burgaud, éd. Interventions à haute voix, 25/3/1994, 30 F.

Encore quelques précisions bibliographiques, pour ainsi dire introuvables, venues compléter ma précédente note blog (28/12/2019) sur Éclats de jours, de ce poète aujourd'hui de nationalité néerlandaise, qui écrit toujours dans sa langue mère:

Bannières 15 calligraphies éd. Avalonpers, Pays-Bas
.

Anthologies :

Droits de l'homme Paroles de poètes (Le Dé Bleu/Aleï)
Destine-moi un poème (éd. Langages-Editions)
Agenda Rétro-Viseur, 1991, éd. Rétroviseur
Génération Polder, éd. Table Rase.

Traduction :

Descendance, poèmes d'Anneke Brassinga, Maison de la poésie Nord Pas de Calais.


avril 26 v


Les hirondelles


I


Ce premier jour de transhumance les yeux guérissent.
Les hirondelles savent les pratiques de médecine. Un diamant
dans le bec, elles découpent les verres de clarté.
Nomades déferlantes, joueuses d'arc et de la courbe du
cimeterre, elles chevauchent le dôme d'or neuf. Elles
détiennent les secrets du grand feu : la perfection des bleus
animés de leurs écritures, qui nous sont énigmes ravissantes.
Elles connaissent aussi les chiffres à mesurer les angles
d'ouverture, les règles de temps pour les usages. Leur
mathématique est excellente, apprise dans les roseaux
d'Alexandrie.

Souvenir d'Arabie Heureuse, leur croissant est prophétique.

 

II


Vous partez déjà ?
Craignez-vous les feux d'herbe, la géométrie fondante ?
Ce soir encore, contez-nous votre conte à endormir les nuits.


Fin des prodiges aux lampes de parfums
elles composent sur la portée des fils
une fugue d'exil que les cordes du vent joueront à nos regrets.


Patrick Henri Burgaud

16:01 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (2)