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04/08/2021

Un mécoptère : La Mouche-scorpion

Comme j'aime, chez Max Ernst, son Jardin Gobe-Avions (1935), exposé au Musée National d'Art Moderne, ses chimères et fleurs carnivores, parce qu'il me rappelle mes frayeurs enfantines lorsque d'aventure je montais sur la terrasse carrée, la toiture du pavillon que ma famille et moi louions, sur l'île de Djerba ! Le soir venu, l'été de préférence, des scorpions en nombre venaient retrouver la fraîcheur au pied d'un canal (frontière de la demeure) qui menait à un puits artésien. Il ne valait mieux pas les contrarier, ces arachnides, dans leur avancée, car leur piqûre était réputée mortelle. 
Refuge superbe pour parer l'Enfer que du haut de ma solitude foncière je m'imaginais ainsi représenté. Pourtant les couleurs venaient à glisser dans le couchant. Pourtant le baluchon de lin qui enveloppait mes derniers trésors continuaient d'emmagasiner la chaleur ambiante de la journée écoulée. Pourtant l'écho feutré de quelques personnes bavardant dans la rue, sous leurs sombres vêtements violets et bleus, ne laissait pas de me parvenir, délicieusement.
Car le monde demeurait pour moi, passé le crépi rose de la façade, une gigantesque mise en scène, où l'impression d'exil était forte, si forte que je finissais par en perdre mes marques et devais descendre sans plus tarder jusqu'au sol pour retrouver le lourd cerne noir qui s'y dessinait et progressait à mesure, inexorablement. La nuit était là, sombre et majestueuse, étagée, tendue vers le vide, vers l'espace d'un autre silence.

... Il n'y avait pas, dans ces contrées, de mouches-scorpions (en France et en Europe représentantes de Panorpa germanica). Mais aujourd'hui ces créatures hybrides, carnivores ou nécrophages - inoffensives pour l'homme - alimentent l'irrépressible envie de tenir à distance la simple raison raisonnante et de laisser travailler la nature, dans ses excès, dans ses facultés d'invention que nous observons de plus en plus loin et souvent sans les respecter assez, avec l'immersion lente dans l'âge adulte, en cryptant comme il se peut nos émotions d'antan. Sans vouloir ni pouvoir en effacer la trace. Daniel Martinez

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10:25 Publié dans Bestiaire | Lien permanent | Commentaires (0)

03/05/2021

"Le Scorpion", de Daniel Martinez

à Jean-Paul Bota

S'il avance au travers du lacis
de rameaux et de feuilles
qui jonchent le sol dessous l'eucalyptus
c'est porté par la bouche du vent
où l'arabesque tisse
la première ligne la dernière
sinuant tel un fil d'Ariane
entre les effluves
dans la croisée des âges.


Où la loque des chemins s'efface
l'ambre de son corps éclot
en résonance avec l'intime
respiration d'un lieu
devenu son histoire toute entière
Scorpion s'avance fier
pinces hautes 
elles prolongent de leur flamme
son image reprise
dans la chambre aux miroirs
ornée de roches
griffée par les stridulations
des grillons sauvages.


L'épiderme de la terre
que les saisons survolent
ici et là laisse croître
librement figuiers et pins
sous l'invisible
brise des atomes

soumise au plus tendre équilibre
entre vivre et mourir.


Lui insoucieux danse à sa mesure
les pattes déliées
et se recrée d'autres cieux
le jour est de velours
il importe à présent de se nourrir
de la trace ailée
d'une mouche ingérée
au faîte de ses envies.


Là encore il frôle
quelques éclats de poterie

de ses peignes évente le sens
du nombre indicible
des grains de sable

qui peuplent le monde
et drainent l'amer
depuis la nuit des temps
l'horizon reste sans rives.


Voyageur du silence
il va s'en revient
pour mieux se mêler
au bleu glacé du plein été.


Daniel Martinez

11:54 Publié dans Bestiaire | Lien permanent | Commentaires (0)

05/12/2020

Le Chat sauvage, un dessin de Pacôme Yerma

Dans l'attente du maquettage de Diérèse 80 (l'éditorial a été écrit par Jean-Pierre Otte), d'une mise en pages qui me prendra du temps ; et pour faire suite à l’œuvre de cette auteure que j'estime, Carole Martinez, rencontrée lors d'un jury présidé par Alain Absire auquel je participais, je me suis reporté à mes archives, pour y retrouver ce dessin.
Dessin qui remonte aux premiers temps de Diérèse, conçu à la cité du Printemps, au 28 avenue Aristide Briand à Montreuil-sous-bois, où j'avais alors résidence. A l'époque, le 21 mars 1998,
date de parution du premier numéro, j'avais imaginé construire au fil des livraisons un Bestiaire qui dirait mon intérêt pour le règne animal. Chemin faisant, pourquoi ne pas le mentionner ?, l'un de mes premiers abonnés fut Henry Bauchau, qui habitait passage de la Bonne Graine, dans le onzième parisien. Dans ce premier numéro donc, j'y parlais de la Pélagie, de la Veuve noire, du Scorpion d'Afrique ; dans le deuxième, de l'Hippocampe à long bec, du Saint-Pierre, de la Rascasse rouge. Henry Bauchau m'écrivit alors tout le bien qu'il pensait de mon entreprise - un fameux soutien que j'avais là.
... C'est tout à la fois, ici et maintenant, un hommage à Jean-Paul Morin de la Poéthèque de Villefontaine qui a pris le temps de recenser sur son site les sommaires des 79 numéros de la revue parus à ce jour.
Et un salut au passage, à Etienne Ruhaud pour son livre "Animaux", paru il y a peu aux éditions Unicité.
Amitiés à tous, Daniel Martinez

 

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Dessin à la mine de plomb de Pacôme Yerma, 1998

22:20 Publié dans Arts, Bestiaire | Lien permanent | Commentaires (0)