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10/06/2019

Un rêve ?

"Dire : je sais les horreurs de cette vie et je ne me lasserai jamais d'en débusquer les merveilles, c'est faire son travail d'homme, et vous le savez bien : ce genre de travail n'est jamais fini, c'est comme les images, elles continuent à trembler bien après le bain, bien après la magie des révélations."


Christian Bobin

 

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22/10/2018

Jacques Réda rend hommage à Christian Bobin

Vous connaissez, il va sans dire, Jacques Réda, qui a aussi publié in Diérèse opus 54 ses "Destins des étoiles" (p.44 à 47, numéro à présent épuisé). Poète de son état, il a dirigé la NRF et je me souviens de son passage à la tête de cette revue par le fait que jamais à mon souvenir autant de poètes, de qualité, n'ont trouvé là voix au chapitre... Jacques Réda est né à Lunéville en 1929, amoureux de jazz on le sait (Jean-Michel Maulpoix lui a consacré un numéro de la collection "Poètes d'aujourd'hui", chez Seghers). Au vrai, j'ignore si les deux poèmes qui suivent, écrits en hommage à Christian Bobin, ont été repris en livre par l'auteur du Grand Orchestre,* mais voici :

Deux images bourguignonnes

                                                 à Christian Bobin

Montaubry

 

     Quittant les Vaux sauvés du temps entre leurs bois
A mi-côte, quand on descend du village sévère
     (Villeneuve-en-Montagne), on s'arrête : tu vois
Tout-à-coup resplendir en bas comme un éclat de verre
     L'étang jeté dans l'herbe où, presque à chaque fois
Qu'on a passé le jour à circuler dans les collines,
     On va prendre un long bain de calme et de fraîcheur
L'ombre des charmes tout autour est épaisse     des lignes
     Unissent l'eau profonde au sommeil d'un pêcheur.
Le soleil couchant prend tout droit dans la plus longue branche
     Sur l'eau plus sombre alors un chemin de clarté.
Surgi de la masse des bois obscurs jusqu'à la frange
     Ombreuse où nous buvons le vif aligoté,
S'achève en étincelle au fond de nos verres qui penchent.

* *

 

Canal du Centre

D'un côté l'Atlantique et d'un autre la mer
D'Ulysse, par la Loire et la Saône. D'écluse
     En écluse on a vu l'amer
Marinier qui halait son chargement (incluse
La marmaille sautant en tous sens sur le pont,
Et la femme attendant son tour à la bretelle) -
     Thulé, Golconde, l'Hellespont,
Croisières ! - à Montceau, le front bas, on dételle
Pour un sommeil bercé par le marteau-pilon
Du Creusot. Au matin de nouveau l'eau plus verte
     Que les rangs des vignes où l'on
Se faufile après Saint-Léger, mais plus inerte,
Et sans grappes, comme la vie. Encore un bief,
encore un verre pour grimper l'horizontale,
     Car c'est là qu'est le vrai relief :
Dans un sens, ou dans l'autre, on monte. Et l'on s'installe
Dans l'effort monotone et lent. Ah, peupliers,
Vous êtes bien heureux de pousser la racine
     Sur place. Nous, genoux pliés,
Quel arbre ambulant tors à la longue on dessine !
Mais repos désormais aux frères canalous
Qui redressaient l'échine et gueulaient à l'étape,
     Accommodants comme des loups.
Maintenant c'est le luxe à moteur qui se tape
L'attente à l'écluse et s'ennuie, et fait des ronds
Dans l'eau par-dessus la rambarde, avec casquette
De capitaine, et potirons
De ces dames à l'air. Elle était moins coquette
La marine, jadis. Un dernier vrai chaland
Toise encore parfois ces matelots d'eau fade,
     Comme les pêcheurs somnolant
Ou les vieux qui le soir arrosent leur salade.
Mais le canal aux berges qui s'éboulent, va
Dédoublant la beauté calme du paysage
     Et le passant qui, dans l'image
Croit voir l'accompagner celui qui le rêva.

                                                           Jacques Réda

28/08/2018

"Carnet du soleil" de Christian Bobin

Christian Bobin fit paraître aux Lettres vives en février 2011 son fameux Carnet, dédié post-mortem à Ghislaine, disparue prématurément. Son recueil est contemporain de la sortie du numéro 52 de Diérèse consacré à Thierry Metz...

DEDICACE BOBIN.jpg

Il y écrit :
"Ce qui s'enfuit du monde c'est la poésie. La poésie n'est pas un genre littéraire, elle est l'expérience spirituelle de la vie, la plus haute densité de précision, l'intuition aveuglante que la vie la plus frêle est une vie sans fin." Christian Bobin