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16/01/2020

"Dis-moi tu !", un poème de Jean Rousselot

Tirelire ! Tirelire ! dit l'alouette. Mais on ne l'a jamais vue
mettre un sou de côté.

Plus vite ! Plus vite ! dit le merle aux ouvriers. Mais lui
passe son temps à enfiler des perles de rosée.
Je n'y crois pas ! Crois pas ! Crois pas ! dit le corbeau
en secouant ses manches. Mais tout ce qu'il voit, il le mange.
Faites que tout brille ! Brille ! ordonne la pie. Mais jusqu'au
crépuscule, elle jouit de la vie, dans son fauteuil à bascule.
Des couleurs j'ai ! Des couleurs j'ai ! dit le geai. Mais quand
tu veux l'admirer, il a déjà filé.
Dis-moi tu ! Dis-moi tu ! dit le moineau dodu. Mais dès
que tu ouvres la bouche, il s'effarouche.
Et que dit le serein ?
On n'y comprend rien.
C'est peut-être du latin.


Jean Rousselot

 

OISEAU.jpg

16/09/2019

Andrea Zanzotto traduit par Jean Rousselot

Fleuve dans le matin


   Fleuve dans le matin
   Eau inféconde, ténébreuse et lourde,
   Ne m'enlève pas la vue des choses
   Ni les choses que je crains
   Et pour lesquelles je vis.


   Eau sans consistance, eau incomplète
   Qui sent les larmes et les morts,
   Qui sent la mémoire, et déjà je t'ignore,
   Eau, luciole inquiète à mes pieds,


   Tu t'évades de mes doigts unis,
   Tu t'arraches aux fleurs trop aimées,
   Tu fuis et tu voles
   Au-delà du Montello et du cher village placide,
   Parce que je désespère du printemps.


                           Andrea Zanzotto traduit par
                                          Jean Rousselot

20/05/2019

"Minimes", de Jean Rousselot aux éditions Les Deux-Siciles, octobre 2003

C'est le tout dernier livre publié de son vivant par Jean Rousselot : "Minimes" (sortes de "Maximes" inversées). L'auteur m'a cédé son manuscrit, rédigé au verso d'ordonnances et de factures de droits d'auteur, insignifiantes à dire vrai, Rousselot en avait... plutôt honte. J'en ferai don, de ce manuscrit pas comme les autres, à une bibliothèque de mon choix, le moment venu.
(A propos, ne vous étonnez pas qu'aucune mention ne figure des deux livres dont je viens de vous parler sur Wikipédia, sauf le portrait réalisé par Pacôme Yerma pour "Trajectoire suivi de Strophes", dessin piraté adjoint à des extraits de son livre "Maille à partir" - et sans mention. A me lire vous commencez à mieux entendre certains "mystères" du monde de l'édition)... Voici donc quelques extraits choisis, d'un livre publié par mes soins à Angers, sur Vergé 120 grammes, 7 mois avant son décès :

J'ai commencé par une erreur : naître dans une famille misérable. Comment cela s'est-il changé en orgueil ?

Parce que feu mon père avait construit son véhicule, le boucher ambulant me donnait parfois une tranche de bavette.

Je ne me suis pas fait moi-même. Je me suis inventé.

J'ai travaillé dix heures en moyenne par jour et n'ai toujours pas un maravédis.

Vous n'avez pas à rendre meilleurs vos semblables. Seulement à tenter de vous perfectionner un peu.

Rien n'est futile dans la nature. On ne saurait en dire autant des hommes.

Vue de plus près, l'histoire est un roman stupide.

Je dépense, donc je suis...

Nous avons l'usufruit du monde entier mais nous ne savons qu'en faire, hormis l'abîmer chaque jour un peu plus.

Pour moi, vivre fut une impardonnable imprudence.

Même les saints font des cauchemars.

Je ne sais pas me cacher quand je pleure.

Ah, si l'on pouvait transiger avec le mépris que la nature nous voue !

Dans toute mort volontaire, il y a du théâtre.

Dans l'être, la pensée ne tient au cerveau que par un fil de la vierge.

On peut faire n'importe quoi avec des mots mais on est incapable de fabriquer une rose.

Un peu comme le Roquefort, les bonnes idées ont besoin de pourrir pour devenir excellentes.

Beaucoup de nos prétendus intellectuels sont des imbéciles. Je crains d'être du nombre.

Je ne me suis vraiment jamais aimé.

Jean Rousselot, in Minimes
éditions Les Deux-Siciles