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06/03/2021

Sédiments, de Daniel Martinez

à Bruno Sourdin


Trois gouttes d'or dans les yeux
aux plis de l'horizon aux jeux
de la lumière ses tissus métissés
que vaut-il mieux dire
que la roche se disloque
en un champ de colza fleuri
ou que la matière noire
vienne se mêler à nos empreintes

quand d'une traite le printemps perce
les figures de l'hiver
qui bougent encore qui font signe
mortelles


Avec les ondes innocentes

la main spontanément balaie
les empreintes du passé
c'est la grande fabrique des émotions
brume et palpitations au rebours d'infortune :
la rétine accommode un ciel
qui file caressant de ses lèvres
le mouvement des braises
et des mots qui allègent l'espace.


Dans la contre-éclipse du cerveau entends
comme résonnent les vents
aux quatre points cardinaux
écoute la musique des émaux
défaire la chair du temps
entre les mille toits de la ville
seul importe cet air de rien
venu fondre les premières rumeurs
au sépia des chevelures ;
et le flou de la conscience
livrée au plus simple désir d'oublier
les chiffres du flux du reflux
sans demander quelle sera la fin.


Daniel Martinez
06/03/21

28/11/2020

"Jardin secret" de Daniel Martinez

Ballade

Les murs vagues et sans souci de l’heure, ce qu’en disait le poète, couverts de signes. Mais silencieux comme fruits sur l’arbre immobile, comme la paix, comme l’échelle d'un monde qui se délite dans l’été, la distance annulée : un simple oiseau devient soleil, le ciel d’un bleu profond reprend haleine parmi les chiffres purs du réel.

La vie, la langue sœur, dans le carnet ré-ouvert. Au jet de la ligne, passé tout ce qui fait ombre, les pages libres se tournent d’elles-mêmes. Me disent, me redisent à leur manière que rien ne fut vain. Les vents vont à demain, vapeurs, nuages, apories. Si peu de choses en somme embrassent l’origine, limpides jusqu’à la transparence. "Mais comment donc voir, sans perdre aussitôt l'image dans sa vérité originelle ?"

Là, je tâche de me rappeler ce qui fut tien. Avec les trois ou quatre couleurs soufflées sur les parois de verre de la porte-fenêtre, avec ce pari que le temps s’est tenu à lui-même. La caisse du luth coupé de hachures claires reprend corps, te façonne selon. Ta respiration en moi est brûlure commune.

Signes du vent, aile austère de l’if, lent sablier. À l’instant, une ruée lourde de nuages, leur manteau de dérisions : au beau milieu d’entre eux, accrocher un point fixe. Nue dans le vide, la glycine balance, depuis l’escalier extérieur. Spirale, les jours d’ici.

Toujours plus d’allant dans l’esquisse, moins de contraction dans le trait. Louvoyante mémoire. Les crayons gras sur la feuille, les rides de la paille sur les roues, le chemin tracé là au jugé se perd dans les lointains, les vapeurs de la terre. Charroi des possibles, revisités.

Dans l’étendue offerte, le blanc de l’énigme renoue avec la perte du nom-de-soi. Quand seul compte ce que dessine entre sang et pensée le voyage des heures griffées d’une double ombre bleue.


Daniel Martinez

23/03/2019

Jardin secret I

Le bouillonnement des violettes blanches
a succédé aux étoiles
jusques au creux des souches
où divaguent les fumées du matin
visage sous le masque
le pays de nos amours reculait
sous la fine cire de la conscience
les fibres d'un corps second
laissaient paraître des cendres stellaires
mouillées par la lumière

plus légères que l'eau


"Voici le Sud me disait elle
et le calme gagné
pour s'y perdre de concert
sous la pression des vagues
ces bris de coques au rivage
écloses en grappes de bulles
en pelotes marines herbes de Posidonie
les sables les distribuent
seraient-elles mousses de soleil"


Avec les flux et reflux l'illusion multipliée
nous sommes de ce monde
mais sans autres attaches
que le bruit soyeux des mots
qui le réinventent chaque jour
inquiets du principe secret qui les anime
toutes frontières brouillées


Daniel Martinez