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15/09/2021

Claude Simon : paysage intérieur

Quand il reçut son prix Nobel de littérature en 1985, Claude Simon expliqua aux jurés suédois que malgré son âge - il avait alors 72 ans -, il n'avait encore découvert aucun sens à sa vie "si ce n'est, comme l'a dit, je crois, Roland Barthes après Shakespeare, que « si le monde signifie quelque chose, c'est qu'il ne signifie rien - sauf qu'il est. »"
La vie de Claude Simon, né à la veille de la boucherie de 14-18, a été marquée par ce vide, la guerre, la maladie et l'enfermement, et l'écrivain s'est retrouvé "plusieurs fois au bord de la mort, violente ou naturelle". Son œuvre est à l'image de ces épreuves personnelles et du chaos du siècle : entre histoire et mémoire, elle avance "sur des sables mouvants", et seule la syntaxe agencée de l'écriture peut conférer quelque sens à ce désordre initial. Souvent qualifiés de difficiles parce que sinueux, les livres de Claude Simon explorent de manière proustienne "l'impalpable et protecteur brouillard de la mémoire", le trouble puzzle du souvenir où la langue va temporairement mettre un peu d'ordre. Il n'y a d'événement que l'image que l'on en garde. Le roman objectif n'existe pas plus que le miroir impartial de la réalité. Cette théorie, qui avait fait de lui un pilier du Nouveau Roman, école antinaturaliste des années 60 avec Nathalie Sarraute, Michel Butor et Alain Robbe-Grillet en autres figures liges, ne signifiait pas chez Simon tout refus de description. Mais c'était celle d'un paysage intérieur et d'un écrivain aux prises avec l'aventure de son récit.
De livre en livre, Claude Simon déchiffrait les fragments de monde imprimés en lui et les recomposait en mosaïque plus harmonieuse, plus maîtrisée. De la littérature comme un Jardin des plantes.


Antoine Ganascia


"On écrit ce qui se passe au présent de l'écriture et ce qui existe dans le souvenir avec toutes les déformations que porte en elle la mémoire et qu'apporte encore l'écriture. Plutôt qu'autobiographiques, je préfère dire que mes livres sont à base de vécu." Claude Simon

13:56 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

14/09/2021

Hymne aux couleurs

Les couleurs tissent la durée de l'image
en toi leurs lisières fuyantes
le panache des iris
et la clarté de l'anthélie
l'if vague et fervent lève le chant
de l'eau
son blanc poitrail

dessine d'onde en onde
          la ronde

des mondes égrenés
qui explosent nus

entre tes doigts
galets infiniment polis
par les corolles de la réalité
allumeuses de lumière
comme si vers après vers
de forme en forme multipliables
elles clapotaient en esprit
sur les latérites rouge sang
et que le soleil bas
faisait fourmiller d'étincelles
collines et nuages

arrachées
au plus profond d'un cœur

 


Daniel Martinez

CIMG1277.JPG

Photographie de Daniel Martinez

Fil à fil

Voix seconde halo sonore
à l'ombre des persiennes closes
où brûle la poudre des fusains
          brèche dans le temps
réanimée par l'été
la pensée
          d'une contre-vue
qui prendrait le visible à revers
de nos habitudes de voir
en compliquerait les entrelacs
ici plants de menthe
là       sèves enfouies
signes et cassures pigments broyés
des éloges de craie coulent sur tes paupières
en butte à la multitude
abstraite dansante 
superbe épave
esquif brillant dont on voit au loin
se défaire la trame fil à fil
d'un angle de mur couleur de miel
à une façade couverte d'inscriptions
la mer n'est pas loin
la petite tapisserie de ton ventre
à fleur de texte dit ses secrets
arômes innés
transparence
des mots à la langue
où souverain le corps
          ne connaîtrait pas de fin


Daniel Martinez

DSCN1615.JPG

Photographie de Daniel Martinez