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23/04/2020

"Autres séjours", de Jean-Claude Pirotte, éd. Le Temps qu'il fait, octobre 2010, 200 p., 18 €

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le travail sous la lucarne
est une forme d'oubli


le peu de neige qui semble
doucement venir de la lune
touche la vitre et se transforme
en traînées de larmes le ciel


est plus sombre aussi plus profond
comme l'amer regret des siècles

*


le Vosgien (nouvel insulaire)
Henri Thomas devant la mer


je le vois en rêve sourire
aux nuages aux goélands


aux rochers où l'eau se déchire
à la brume que troue le vent


je le vois c'est un souvenir
que j'invente et puis j'imagine


en écoutant la rumeur vive
des marées d'hiver qu'il me parle
d'avenir sous le soleil pâle

*


il faut inventer le chemin
qui mène aux lointains parages


des pas de l'enfant disparu
le sable a gardé la trace


et c'est là le miracle
où allait-il que savait-il


de ces lieux imprévus
où le soleil se couche


et comment fit-il pour survivre
et grandir entre les dunes mauves

 

Jean-Claude Pirotte

08/05/2019

La préparation du numéro de Diérèse consacré à Nicolas Dieterlé

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Cette lettre inédite de Jean-Claude Pirotte, qui m'apprend la gravité du mal qui l'assaille. Il n'empêche, il écrira des poèmes en hommage à Nicolas Dieterlé, et peindra des encres à sa mémoire, pour Diérèse...

                                                    Le 18 novembre 2011

           Cher Daniel,

          tu n'as pas pris l'exacte mesure de mon état de santé (plutôt de maladie).
Je suis harcelé de toutes parts, et je souffre même d'une tumeur rarissime dans l'oreille interne, presque inconnue de la médecine tellement elle est rare. Les douleurs engendrées par la présence de ce "glomus jugulaire" sont intenables. Pas de guérison connue, sinon la chirurgie à haut risque pratiquée par un seul chirurgien en France, à la dernière extrémité. Je suis à l'hôpital lundi prochain (le 26) pour tenter d'y voir clair.
          J'ai écrit une demi-douzaine de poèmes en hommage à N. Dieterlé. Je recopierai et t'enverrai dans la semaine. J'essaierai un ou deux dessins mais je ne promets rien - ce sera selon mon état.
          A toi, en toute amitié,

Jean.

15/05/2018

Hommage de Christine Van Acker

Le texte de Christine Van Acker, écrit en hommage à Jean-Claude :

 

Ces derniers temps, il m'arrive de croire que mes productions radiophoniques construisent, comme les sept nains, des cercueils de verre. Les miens seraient de verre fumé. A l'intérieur, on pourrait y entendre des auteurs, des amis disparus. Leur voix continuerait à s'exprimer par elle-même. Elle les rendrait, pour un temps d'écoute, à la vraie vie. Mais, Pierre Autin-Grenier est mort, Jean-Claude Pirotte est mort, notre ami Michel est mort, leur voix est enterrée avec eux malgré l'illusion que peuvent donner ces quelques vibrations sonores diffusées sur les ondes. Chacun, l'un après l'autre, creuse autour de nous de larges trous. Un jour, il y en aura tant, des trous, que nous y sauterons dedans à notre tour.

De Pirotte, je garde l'image d'une cigarette roulée, d'un chat tigré installé sur ses genoux, de la maison namuroise où il était hébergé par l'un de ses amis quand il était de passage. Le corps est mince et un peu voûté, la gueule est barbue. Autour de lui volettent des anges nommés André Dhôtel, Jean Follain, Jacques Chardonne,... Plus tard, après avoir pris le temps de vagabonder dans ses livres, Pirotte se posera, lui aussi, sur mon épaule, aux côtés de Pierre Autin-Grenier, de Dhôtel, et de quelques autres dont je me sens proche. Loin du vacarme des villes, ils sont ceux qui aiment le travail de la langue, ils sont sincères même quand ils en font trop, ils ne se mêlent pas aux valets germanopratins, ils ont des frères nomades qui logent sous les ponts, et un goût certain pour le bon vin. De Pirotte, je garde surtout la petite musique de ses livres, un peu triste, pluvieuse. Pirotte faisait partie des écrivains pour qui le sujet, au fond, n'a pas trop d'importance, pour qui écrire c'est creuser, creuser pour trouver, tout au fond, ce qui finit par donner envie de se taire.

Christine Van Acker

www.lesgrandslunaires.org

 

 

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photo prise en 1994/95, la suivante un peu plus tard, à Namur

© Christine Van Acker