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15/10/2020

"Trésor de la poésie populaire", éditions Guilde du Livre et Seghers, 15/10/1954, couverture toilée illustrée, 470 pages, 8000 exemplaires HC

DEVINETTES


- Qu'est-ce qui, allant au bois, regarde vers la maison et en allant à la maison regarde vers le bois ?
- Les cornes de la chèvre.

- Quelle est la chose qui a fait le tour du monde ?
- La lune.

- Une chambre blanche toute brodée fermée sans clef, qu'est-ce que c'est ?
- L’œuf.

- Qu'est-ce qui chante le jour et dort la nuit ?
- Le soufflet.

- Il pique, pique, et n'est pas du poivre (ou du piment) ; il a des barbes et n'est pas un homme. Qu'est-ce que c'est ?
- L'ail.

- Qu'est-ce qui n'a jamais été et ne sera jamais ?
- Le nid d'une souris dans l'oreille d'un chat.

- Dans une chambre quatre dames qui ne peuvent sortir. Qu'est-ce que c'est ?
- La noix.

- Qu'est-ce qui passe au-dessus d'un bois sans faire d'ombre ?
- Le son de la cloche.

- Qu'est-ce qui est mort et qui danse encore ?
- La feuille de l'arbre.

- Qui est-ce qui chante en descendant et qui pleure en remontant ?
- Le seau dans le puits.

- Diriez-vous bien...
Ce qui est plus petit
Que la queue d'un' souris
Et qui fait le roi joli ?
- L'aiguille.

- Branli, branlant,
Rose rouge au mitan ?
- Une lanterne que l'on promène.

- Qu'est-ce qui monte au ciel
Sans ailes et sans échelle ?
- La fumée.

- Qui passe dans les feuilles sans les remuer ?
- Le soleil.

- Qu'est-ce qui traverse puy et combe
Sans faire d'ombre ?
- Le son de la cloche.

- Qu'est-ce qui a tant d'ailes et qui ne peut voler ?
- Un livre.

- Rapiécé, rapetassé,
Jamais l'aiguille n'y a passé ?
- Un ciel nuageux.

- Parle sans bouche, court sans jambes, frappe sans mains, passe sans paraître ?
- Le vent.

02:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

09/10/2020

"Fragments & caetera, une anthologie de poésie brève", de Jacques Coly, éd. Les Deux-Siciles, 320 pages, 17,65 €

De cette anthologie de poésie brève, établie et présentée par Jacques Coly, parue aux éditions Les Deux-Siciles, chacun y retiendra pour son plaisir tel ou tel auteur - il en est ici réunis un peu plus de 300 - ses fulgurances, ses stridences, le corps du sens intime : où ce qui se dérobe attise l'attention, au-delà  du chemin tracé. Pour que les mots continuent leur course en nous. Car le non-dit donne au texte nouvelle chance. Dans le sillage du signe, l'esprit prolonge et fait sien ce qui est resté momentanément en suspens.

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De Louis Calaferte par exemple (1928-1994), in "Nuit close", extrait d'un recueil publié les défuntes éditions Fourbis, 1988 : "Nuit / Ongle gris // Déluge des morts".

D'Antonin Artaud (1896-1948), in "Pour en finir avec le jugement de Dieu", K éditeur, 1948 : "Il faut que tout / soit rangé /à un poil près / dans un ordre / fulminant."

A Samuel Beckett (1906-1989), in "Poèmes suivi de mirlitonnades", éd. de Minuit, 1978 : "fous qui disiez / plus jamais / vite / redites"

A Emily Dickinson (1830-1886), vers qui va depuis longtemps ma préférence, in "Poésies complètes", trad. Françoise Delphy, Flammarion, 2009 : précisément, un billet adressé à Sarah Tuckerman, l'épouse d'Edward T. (professeur de botanique d'Amhrest College), à laquelle Emily était très attachée. Écrit au crayon en 1883, il hésite entre prose et vers. Ce tercet est précédé par ces lignes : "Doux Pied - qui vient quand on l'appelle ! A présent, je ne fais qu'un Pas par Siècle -". Rappelons que le mot "pied" se réfère à la prosodie, il est synonyme, dans le langage d'Emily, de vers ou de poésie : How slow the Wind - how slow the Sea - / how late their Feathers be !"
"Que lent est le Vent - / Que lente est la Mer - / et lointaines leurs palmes !"

Par éclats, par éclairs : "une griffure de lumière" (Roland Barthes).

"Fragments & caetera, une anthologie de poésie brève", composée par Jacques Coly, éd. Les Deux-Siciles, 320 pages, 17,65 € c/o Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77330 Ozoir-la-Ferrière.

04:17 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

06/10/2019

"La Rage de l'expression" de Francis Ponge (1899-1988) : dans le sillage d'Albert Camus.

Vous parler aujourd'hui des fameuses "Notes pour la guêpe", écrites par Francis Ponge que l'on connaît mieux sans doute pour Le Parti pris des choses (1942). Pour La Guêpe, il est à savoir que le manuscrit du poète, écrit entre août 1939 et août 1943 - le contexte historique n'y étant pour pas grand chose - comporte 14 pages. Le tout corrigé parut dans la revue de Jean Lescure, Domaine français, sous le titre "Notes pour la guêpe", puis en édition originale à 145 exemplaires chez Seghers en 1945, sous le titre La Guêpe. Irruption et divagations. Le texte figure ensuite dans le volume publié par Henri-Louis Mermod à Lausanne en 1946, L’œillet. La Guêpe. Le Mimosa, avant d'être définitivement intégré dans le recueil La Rage de l'expression, paru chez le même Mermod en 1952.

Fruit d'un travail quotidien, les pièces formant La Rage de l'expression offrent un véritable "journal poétique" des années 1938 à 1944. Francis Ponge écrivait à Gabriel Audisio : "Je travaille encore jusqu'à 2 ou 3 heures du matin chaque jour [...]. C'est l'expression à tâtons. Je me fais l'effet d'être un apprenti alchimiste (ou chimiste) qui continuerait fiévreusement ses expériences de précision dans un laboratoire où l'électricité vient de s'éteindre". Alors proche de Camus, Francis Ponge souhaitait "ramener les yeux des hommes, sans espoir d'un au-delà métaphysique, à la hauteur des choses et de leur "absurdité" acceptée" (Bernard Beugnot), leur faire accepter leurs pouvoirs limités mais réels dans les domaines esthétiques, politiques et sociaux, et travailler sans illusion à "exprimer" la nature pour se l'"accorder". Relisons-le donc :

 

La Guêpe

Hyménoptère au vol félin, souple - d'ailleurs d'apparence tigrée -, avec un corps beaucoup plus lourd que celui du moustique et des ailes pourtant relativement plus petites mais vibrantes et sans doute très démultipliées, la guêpe fait à chaque instant les vibrations nécessaires à la mouche dans une position ultracritique (pour se défaire du miel ou du papier tue-mouches par exemple).

Elle semble vivre dans un état de crise continue qui la rend dangereuse. Une sorte de frénésie ou de forcènerie - qui la rend aussi brillante, bourdonnante, musicale comme une corde fort tendue, fort vibrante et dès lors brûlante ou piquante, ce qui rend son contact dangereux...

Qu'est-ce qu'on me dit ? Qu'elle laisse son dard dans la victime et qu'elle en meurt ?... Je me connais, se dit-elle : si je me laisse aller, la moindre dispute tournera au tragique : je ne me connaîtrai plus. J'entrerai en frénésie : vous me dégoûtez trop, m'êtes trop étrangers. Je ne connais que les arguments extrêmes, les injures, les coups - le coup d'épée fatal. J'aime mieux ne pas discuter. Nous sommes trop loin du compte. Si jamais j'acceptais le moindre contact avec le monde, si j'étais un jour astreinte à la sincérité, s'il me fallait dire ce que je pense... ! J'y laisserai ma vie en même temps que ma réponse, - mon dard...


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BLOG PONGE.jpg

La guêpe et le fruit. 

          Transport de pulpe baisée, meurtrie, endommagée,
          contaminée, mortifiée par la trop brillante
          dorée-noire, gipsy, don-juane.
          Intégrité perdue par le contact d'un visiteur
          trop brillant. Et non seulement l'intégrité, -
          mais la qualité même de ce qui demeure...

Francis Ponge