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18/11/2016

"Haïkaï du jardin", Louis Calaferte, L'Arpenteur, 1991

SCANN L CALAFERTE.jpgGérard Bourgadier, qui dirigeait alors la collection L'Arpenteur chez Gallimard, connaissait Louis Calaferte : c'étaient de vrais amis, qui partagèrent bien des secrets. 

Une halte dans l'été d'un jardin de Bourgogne, voilà qui a parlé tout autant à G. Bourgadier le lisant qu'à Louis Calaferte écrivant ce livre de haïkaï. Haïkaï : pas au sens strict du terme, mais "n'en respectant que la substance", comme : "Le bourdon bleu / sur le grenat ardent du géranium", ou : "Fuseaux carminés / des fuchsias / Ronde de baigneuses renversées / autour du feuillage austère". Des fleurs qu'il s'est choisi, au sol qui les porte : "Ce soir au jardin / odeur animale de la terre mouillée", encore : "Terre brune / aux indécises dentelles d'argent". Le ciel, aussi : ce que Lorca nomme "l'ombre / d'un cyprès / sur le vent", lui qui conclut, dans le poème "Sésame" : "Le reflet / est le réel."

Quand il s'agit pour le poète d'aller par la langue au plus près de la nature environnante, qui n'a nul besoin d'artifices ni d'être embellie ; d'aller au-devant des choses, d'en saisir la figure et le souffle, mais aussi de laisser, au travers d'une scène, d'un paysage, l'idée affleurer, et inversement. Reflet intérieur de la chose qui se manifeste en tant que telle, toujours en souffrance de traduction. Sachant que les êtres privés de conscience sont riches de beautés signifiantes, le dire du poète dépasse la simple parole explicite, il recompose la Nature selon l'image qu'il s'en fait, première... Deux vers mémorables, par la qualité de restitution de l'auteur, sa sympathie avec les particules, reflet d'une fusion avec les êtres et les choses : "Coutellerie du rudbeckia rose / grand samouraï impassible".

Comme la poésie de Louis Calaferte cristallise le ressenti - où sons, visions, odeurs, sentiments se mêlent et se répondent, dans un quotidien simple, étranger à tout pittoresque -, elle suit le rythme des journées : "Volet ouvert/fraîcheur laiteuse du matin", pour aller insensiblement vers "L'air sucré / du soir". Et les impressions induites ne sont ni rêves ni pensées à proprement parler, mais celles d'un poète se déplaçant lentement dans un ici et maintenant fragile, que l'écriture tente d'éterniser. C'est la dimension à laquelle les mots du poème devraient toujours tendre.

                                                                                                Daniel Martinez

14:32 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

31/10/2016

"Le Temps des yeux" paraît aujourd'hui !

Enté de 27 "Lettres à Gaëlle", paraît aujourd'hui, aux éditions du Lavoir Saint-Martin : "Le Temps des yeux", écrit par votre serviteur, avec une couverture quadri de Pacôme Yerma (124 pages, 20 €, sur Rives Bkf 100g). Venez nombreux à ma signature, le samedi 12 novembre à l'Espace des Blancs Manteaux, au stand desdites éditions stand C31 :
>>>>           Adresse : 48, rue Vieille du Temple
>>>>           75004 PARIS          Métro : Hôtel de Ville

LE TEMPS DES.png

 

Voici pour vous reproduite la page 93 :

                    Traîne de reflets rouges
                    calmes flocons de braise
                    dédale où loge Bételgeuse

C’est un essaim d’astres soudain
sur le pas de la porte
ils rayent de leurs soupirs
la magie blanche des métaphores
ce qui meurt dans ce qui revit

Chaque détail de la prodigieuse
histoire des hommes s’y inscrit
un rideau bouge
des gouttes de néant pleuvent
voici l’enfant avec sa torche
à l’angle du mur que doublent
les yeux fixes du chat lové là.

                 Daniel Martinez

09:58 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

04/05/2014

"Fragments & caetera, une anthologie de poésie brève", de Jacques Coly

      

 

  De cette anthologie de poésie brève, établie et présentée par Jacques Coly, parue récemment aux éditions Les Deux-Siciles, chacun y retiendra pour son plaisir tel ou tel auteur - il en est ici réunis un peu plus de 300 - ses fulgurances, ses stridences, le corps du sens intime: où ce qui se dérobe attise l'attention, au-delà  du chemin tracé. Pour que, le poème "terminé", les mots continuent leur course en nous. Car le non-dit donne au texte nouvelle chance. Dans le sillage du signe, l'esprit prolonge et réélabore ce qui est resté en suspens.

 

FLYER FRAGMENTS 1.jpg 

De Louis Calaferte par exemple (1928-1994), in "Nuit close", extrait d'un recueil publié les défuntes éditions Fourbis, 1988 : "Nuit / Ongle gris // Déluge des morts".

D'Antonin Artaud (1896-1948), in "Pour en finir avec le jugement de Dieu", K éditeur, 1948 : "Il faut que tout / soit rangé /à un poil près / dans un ordre / fulminant."

A Samuel Beckett (1906-1989), in "Poèmes suivi de mirlitonnades", éd. de Minuit, 1978 : "fous qui disiez / plus jamais / vite / redites"

A Emily Dickinson (1830-1886), vers qui va de longtemps ma préférence, in "Poésies complètes", trad. Françoise Delphy, Flammarion, 2009 : précisément, un billet adressé à Sarah Tuckerman, l'épouse d'Edward T. (professeur de botanique d'Amhrest College), à laquelle Emily était très attachée. Ecrit au crayon en 1883, il hésite entre prose et vers. Ce tercet est précédé par ces lignes : "Doux Pied - qui vient quand on l'appelle ! A présent, je ne fais qu'un Pas par Siècle -". Rappelons que le mot "Pied" se réfère à la prosodie, il est synonyme, dans le langage d'Emylie, de vers ou de poésie :

How slow the Wind - how slow the Sea - / how late their Feathers be !"

Que lent est le Vent - / Que lente est la Mer - / et lointaines leur palmes ! 

Par éclats, par éclairs : "une griffure de lumière" (Barthes).

"Fragments & caetera, une anthologie de poésie brève", composée par Jacques Coly, éd. Les Deux-Siciles, 320 pages, 17,65 € c/o Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77330 Ozoir-la-Ferrière.

                                                                                           Daniel Martinez

20:39 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)