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11/05/2017

Un poème d'André Breton (1896-1966)

ECOUTE AU COQUILLAGE


Je n'avais pas commencé à te voir tu étais AUBE *

Rien n'était dévoilé
Toutes les barques se berçaient sur le rivage
Dénouant les faveurs (tu sais) de ces boîtes de dragées
Roses et blanches entre lesquelles ambule une navette d'argent
Et moi je t'ai nommé Aube en tremblant

Dix ans après
Je te retrouve dans la fleur tropicale
Qui s'ouvre à minuit
Un seul cristal de neige qui déborderait la coupe de tes deux mains
On l'appelle à la Martinique la fleur du bal
Elle et toi vous vous partagez le mystère de l'existence
Le premier grain de rosée devançant de loin tous les autres
         follement irisé contenant tout

Je vois ce qui m'est caché à tout jamais
Quand tu dors dans la clairière de ton bras sous les papillons
         de tes cheveux

Et quand tu renais du phénix de ta source
Dans la menthe de la mémoire
De la moire énigmatique de la ressemblance dans un miroir
         sans fond
Tirant l'épingle de ce qu'on ne verra qu'une fois
Dans mon cœur toutes les ailes du milkweed
Frêtent ce que tu me dis

Tu portes une robe d'été que tu ne te connais pas
presque immatérielle elle est constellée en tous sens d'aimants
         en fer à cheval d'un beau rouge minium à pieds bleus


                                                André Breton
                                                Sur mer, 1946

* Aube Elléouët, née Aube Breton est fille d'André Breton et de Jacqueline Lamba.

13/10/2016

Cahier de la permanence surréaliste tenue à "La Dragonne"

Évoquant pas plus tard qu'hier avec un ami le risque qu'il y aurait de vouloir à tout prix lisser l'image d'André Breton, l'idée m'est venue de vous parler de ce fameux premier Cahier, d'abord tenu par Breton et Benjamin Peret, qui couvre la période du 13 octobre 1948 au 23 mars 1949. Vous le décrire, oui : il compte 29 pages, avec de nombreuses lettres et divers documents insérés entre les feuillets.

Cet ensemble de témoignages de première main restitue presque au jour le jour la vie intime du surréalisme lors d'une période particulièrement troublée de son histoire. Il s'agit des archives mêmes de la permanence assurée chaque mercredi par deux membres du groupe se relayant de semaine en semaine : on en dénombre 23, de Maurice Baskine à Patrick Waldberg en passant par André Breton dont les interventions sont de loin les plus pressantes car il inspire et anime de bout en bout cette permanence qui consiste à recevoir les ouvrages et les personnes se réclamant du surréalisme ainsi que les sympathisants, tel Jean Dubuffet, qui passe "dire bonsoir à Breton" ou dépose quelque objet susceptible de l'intéresser.

Le mercredi 13 octobre 1948, André Breton tient la première permanence avec Benjamin Péret qui entreprend la confection d'un fichier. La deuxième note le départ de Charles Duits qui allègue que "l'atmosphère de cour féodale du surréalisme ne lui est plus supportable". Le 25 octobre, "à la suite d'une communication d'André Breton longuement discutée et commentée", les participants décident que "Matta Echaurren est exclu du groupe surréaliste pour disqualification intellectuelle et ignominie morale", arrêt suivi de 27 noms dont, biffés après coup, ceux de Victor Brauner et de Sarane Alexandrian qui s'élève lui-même, dans le présent cahier, contre un tel jugement. Breton et Péret ayant demandé en vain à Brauner de revenir sur son refus de signer l'exclusion de Matta, il résulte que "par décision prise le 8 novembre 1948 V. Brauner est exclu du groupe surréaliste pour travail fractionnel. Alexandrian, Bouvet, Jouffroy, Rodansky et Tarnaud sont exclus comme faisant partie de la fraction constituée par Brauner."

Pour endiguer cette vague de défections, Breton décide "un remaniement du groupe" qui entraîne "la suspension de toute réunion au café de la Place Blanche" mais, par le moyen de "convocations individuelles", lui permet "une révision de chaque élément le constituant". Ces mesures sont couronnées par "l'élection à bulletins secrets d'un comité de trois membres" – Breton, Péret et Pastoureau – qui "a pleins pouvoirs pour décider de l'orientation de l'activité commune" ainsi que "de l'admission ou de la non admission de nouveaux éléments éventuels".

En marge de ces débats figurent notamment des textes d'adhésion au mouvement déclenché par le "citoyen du monde" Garry Davis et, quant à la création poétique, les avis favorables de Breton sur Les nuits du Rose-Hôtel de Maurice Fourré et sur "un envoi des plus remarquables" de Jean-Pierre Duprey qui lui rappelle certains textes de Jarry.

                                                                      Daniel Martinez 

28/06/2016

Oeuvres complètes d'André Breton, tome 3, La Pléiade

En fait de "posthumes", c'est un Breton bien vivant qui nous parvient avec le troisième volume de ses Oeuvres complètes dans La Pléiade.
Il est à New York, passant par la Martinique, durant l'Occupation. En dépit de l'amitié de Peggy Guggenheim, de celle de Marcel Duchamp, sa vie n'est pas drôle. Sa femme le quitte. Il se bat (épistolairement) avec Saint-Exupéry. Il accepte de devenir à la radio l'une des voix de "la France libre". Il n'abdique pas. Il découvre Victor Hugo spirite et le jeune Charles Duits. Matta contribue à lui faire connaître "les grands transparents". En 1943, au restaurant français Larrès il rencontre Elisa Claro et c'est de nouveau "l'amour fou".

Le retour ne se fera qu'en 1946, par, de nouveau, la Martinique (où il déclenche une mini-révolution). Bien que quelques-uns, comme Maurice Saillet et moi-même ayons préparé son accueil, il revient, un peu las et désabusé, dans un Paris qui l'ignore. Sartre et Camus tiennent le haut du pavé. Ils ne lui veulent pas de bien. La réciproque est vraie. L'exposition chez Maeght, "Le Surréalisme en 1947", préparée avec Duchamp, si elle connaît un succès public, n'a pas suscité l'intérêt de la presse.

Tzara, d'un côté, Roger Vailland de l'autre, s'en prennent à lui et au Surréalisme. Il fait face. Comme s'il avait besoin de plaider une cause qui a, hélas ! perdu de sa virulence, Breton doit s'en remettre aux journalistes, à André Parinaud pour des Entretiens à la radio, à Jean Duché du Figaro, à Louis Pauwels dont il se veut l'ami.

Les textes sont là. Et c'est de nouveau un bonheur. Qu'on rêve en sa compagnie ou en celle d'Elisa dans Arcane 17, c'est toute la magie qui revient, des horizons toujours ouverts.

                                                                      Maurice Nadeau