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02/12/2018

"Célébrations" des éditions Robert Morel (1947-1978)

Il y a de cela quarante ans, les éditions Robert Morel tiraient leur révérence. Un rappel de ce que fut, hors temps - car toute œuvre de qualité le défie - cette belle aventure :

"Pour nombre de lecteurs et d'amateurs de livres, le nom de Robert Morel est associé à une collection de curieux ouvrages reliés, de petits formats, et tous singuliers. Ces volumes, qui parurent de 1961 à 1971, étaient rassemblés sous le beau nom de "Célébrations". La collection compta une soixantaine de titres et autant de thèmes : du chat à l'asperge, de la nouille aux fourmis, de la fidélité à l'épingle à nourrice, à la pierre ou au fumier...

Parfois, un auteur célèbre s'emparait d'un objet : c'est ainsi que le poète Jean Follain entonna un digne chant en l'honneur de la pomme de terre. Il y eut même, en 1968, des "célébrations" accompagnées d'un microsillon 45 tours édité par Philips : Juliette Greco et Johnny Hallyday furent alors honorés. Après la faillite des éditions Robert Morel, en 1978, on trouva des volumes de cette collection à la devanture des soldeurs. Puis certains titres devinrent rares, prirent une cote chez les libraires de livres anciens.

La Bibliothèque Louis Joseph de Château-Arnoux dans les Alpes-de-Haute-Provence - non loin du Jas du Revest-Saint-Martin, où l'éditeur s'était installé en 1962 - avait, au moment de la liquidation, racheté 160 titres du catalogue Robert Morel, promis au pilon. Onze ans après la mort, en 1990, à l'âge de 78 ans, de Robert Morel, une exposition a été organisée dans la médiathèque de Château-Arnoux. Parallèlement, un très beau catalogue-inventaire de toute la production de la maison Robert Morel a été publié par les éditions Equinoxe (Domaine de Fontgisclar, 13570 Barbentane, 30,18 €).

Un "essai de bibliographie" dû à Georges Fenoglio-Le Goff recense tous les livres publiés par Robert Morel depuis le début de son activité, en 1947, de la littérature à la mystique en passant par le terroir et la cuisine. Les ouvrages pratiques n'étaient pas méprisés, avec toujours la touche personnelle d'un éditeur qui cherchait à mettre en évidence la rencontre du texte, de l'auteur et de la forme matérielle du livre.

Artisan de l'édition et ami de la nature, Robert Morel affirmait que "si la gloire d'une pensée c'est son écriture, la gloire d'un livre c'est le choix de son papier, de sa typographie, de la mise en page, de son illustration, de son tirage". On éprouve, à entendre cela, comme une sorte de nostalgie...

Patrick Kechichian

07:30 Publié dans Editions | Lien permanent | Commentaires (0)

22/02/2017

"Anthologie de la poésie italienne", La Pléiade, 1770 pages

Cette édition a été établie sous la direction de Danielle Boillet. "Le langage dont l'homme se sert durant sa phase terrestre peut-il contenir une révélation, je veux dire peut-il dépasser les limites de l'expérience poétique ?" C'est à cette question posée par Ungaretti dans un texte fameux "Raison d'une poésie", que le lecteur de cette anthologie pourra tenter de répondre en effeuillant les fleurs éparses du bouquet.

Après tout, le lecteur n'est-il pas celui à même de saisir ce que le seul auteur ne saurait recueillir ? Songeons à la frustration de Stevenson qui enviait le lecteur découvrant pour la première fois L'Ile au trésor. Pour l'heure notre île est un trésor accumulé huit siècles durant : de François d'Assise en passant par la poésie sicilienne qui marqua le passage de la poésie populaire à la poésie savante avant que la Toscane n'assure le relais avec la fortune que l'on sait, l'ouvrage s'achève avec Andréa Zanzotto sur ce vers : "C'est tout, vous pouvez aller.", laissant libre le lecteur de poursuivre sa découverte muni de son viatique.

On ne peut que se réjouir de l'initiative des éditions Gallimard qui, après une première anthologie consacrée à la poésie allemande, a choisi de consacrer sa deuxième anthologie à la poésie italienne, genre où s'exprime le mieux son génie propre trop souvent négligé si ce n'est scandaleusement ignoré par la culture française. L'ouvrage étayé par une préface qui retrace à quatre mains l'histoire de la poésie italienne, et par une chronologie qui permettra au lecteur de se retrouver au milieu de la forêt-cathédrale de ce paysage poétique d'une incomparable richesse qu'animent les noms fameux de Dante, Pétrarque, l'Arioste, Le Tasse, Leopardi, Saba, Montale, pour ne citer que ceux-là, des textes jamais traduits d'auteurs confinés dans le silence d'un au-delà des Alpes : en tout 145 poètes qui retrouvent pour nous la parole et que présentent en fin de volume une notice accompagnant de repère bibliographiques qui devrait aider le lecteur curieux à s'y retrouver et à poursuivre la quête.

On pourrait à cet égard regretter certaines absences de poids ou la place trop modeste accordée à certains. Le choix d'un ouvrage bilingue permettra peut-être de susciter des vocations et d'assurer des réciprocités. La "note sur la présente édition" signale que "les traductions proposées sont originales pour les neuf dixièmes d'entre elles. Leurs auteurs sont des universitaires. Ce métier ne rend pas forcément poète, mais il peut aider à ne pas trahir trop la poésie - si traduire est tout d'abord comprendre et connaître...". Une pierre à ajouter à une polémique toujours active sur le rôle du traduire et de ses enjeux et la question d'Ungaretti n'est pas fortuite.

Gageons toutefois qu'une lecture stimulante de cette anthologie conduira le lecteur à d'autres rencontres et les éditeurs à poursuivre le travail. C'est à Ungaretti encore, ce "fou de poésie", qu'il appartient de conclure : "Seule la poésie - je l'ai appris dans les affres, je le sais - la poésie seule peut récupérer l'homme, lors même que chaque regard s'aperçoit, dans l'accumulation des malheurs, que la nature domine la raison et que l'homme est bien moins réglé par son œuvre qu'il n'est à la merci de l’Élément".

                                                    Marie-Josée Tramuta

 

Vous donner à lire ici un poème du Florentin Mario Luzi, extrait de Pour le baptême de nos fragments (prix Librex-Montale, 1986). Voici :

     A giogio della metafora -
     cosi si sovvengono
     esse. Scioglile da quel giogio,
     lasciale al loro nume
     le cose che nomini, 
                                     è sciocco
     confermarle
     in quella servitu.
                   Superflua
     è quella grammatica.
     La metafora è già.
     Sei tu la metafora. 
                                   Lo è l'uomo
     e la sua maschera.
                                  Lo è
     il mondo
                    tutto
                            da quando è.
     Coagula e disperde
     l'alba questi pensieri -
     e la vita si cerca dentro di sé...

                                        Mario Luzi

 

     Sous le joug de la métaphore -
     ainsi nous secourent-
     elles. Libère-les de ce joug,
     laisse-les à leur génie
     les choses que tu nommes,
                                                 il est sot
     de les confirmer
     dans cet esclavage.
                  Et superflue,
     cette grammaire.
    
La métaphore existe déjà.
     C'est toi la métaphore.
                                           C'est l'homme
     et son masque.
                               C'est
     le monde 
                     entier
                               depuis qu'il existe.
     L'aube coagule
     et disperse ces pensées -
     et la vie cherche au-dedans d'elle-même...

19:59 Publié dans Editions | Lien permanent | Commentaires (0)

21/01/2017

Les éditions La Passe du vent : "Un printemps sans vie brûle", avec Pier Paolo Pasolini

Un printemps sans vie brûle, avec Pier Paolo Pasolini
Éditions La passe du vent, coll. Haute Mémoire, printemps 2015. 178 Pages, illustré, première de couverture de Julie Dorille.

PASO.jpg

À l'occasion du quarantième anniversaire de l'assassinat de Pier Paolo Pasolini, poète, romancier, essayiste, dramaturge et cinéaste, les éditions La passe du vent ont sollicité, pour leur collection Haute Mémoire, dix-neuf écrivains français et italiens (poètes, romanciers, universitaires), qui avaient tous Pasolini au coeur, afin qu’ils lui rendent hommage.
Ici, plusieurs facettes de l'auteur du poème autobiographique Qui je suis., du célèbre roman Théorème (devenu un film) et du réalisateur de Mamma Roma, sont révélées au (grand) public. Un Pasolini mis à nu, tiré au clair, un Pasolini dévoilé, déchirant dans sa déchirure, un Pasolini poétique, politique et prophétique.

     « Adulte ? Jamais. Jamais : comme l’existence
     Qui ne mûrit pas, reste toujours verte
     De jour splendide en jour splendide »
     Pier Paolo Pasolini, Rome 1950. Journal intime.

Dix-neuf auteurs contemporains réunis autour de Pier Paolo Pasolini

Structurée en quatre chapitres − Pier Paolo Pasolini, le poète assassiné ; Un printemps sans vie brûle ; D’une autre vie ; Toujours vivant − introduits par une citation de Pasolini, l’anthologie rassemble les poèmes, lettres, proses poétiques ou encore articles, de Samantha Barendson, Angela Biancofiore, Jean-Baptiste Cabaud, Stani Chaine, Jean-Gabriel Cosculluela, Erri deLuca, Vanessa de Pizzol, Luc Hernandez, Frédérick Houdaer, Andrea Iacovella, Jean-Charles Lemeunier, Giuseppe Lucatelli, Paola Pigani, Jean-Michel Platier, Marc Porcu, Thierry Renard, Éric Sarner, Joël Vernet et Francis Vladimir.
Y figurent notamment L’article des lucioles de Pasolini, publié dans le Corriere della Serra en février 1975 sous le titre Le vide du pouvoir en Italie, et l’hommage d’Erri de Luca, dans une traduction inédite de Vanessa De Pizzol.