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17/08/2018

Lettre de Pascal Ulrich : 7 novembre 2006

Bonjour à toutes et à tous. Revoici Pascal, sa missive a été malencontreusement amputée de deux feuilles, que je n'ai pas retrouvées. Je venais à l'époque de publier dans Diérèse une correspondance croisée entre Armand Olivennes (le frère de Claude Olievenstein) et l'auteur de Patchwork. Voici :

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28/07/2018

Une lettre inédite de Louis Ferdinand Céline (12 novembre 1932), à en-tête imprimé du "Pigall's tabac"

Céline rencontre Cillie Ambor-Tuchfeld au Café de la Paix, le 4 septembre 1932. Juive autrichienne, elle a 27 ans et dirige des classes de gymnastique à Vienne. Ils se lient et, quand elle tombe malade, le docteur l'installe dans la chambre d'Elizabeth Craig (la dédicataire du Voyage, 1902-1989, son grand amour) au 98 rue Lepic, où il la soigne avec dévouement. Une anecdote : Céline avait dans son appartement le modèle d'un grand voilier, pour lequel Cillie avait fourni des poupées-matelots... Elle le nomme dans son agenda "Lutz", agenda où Céline note au crayon cette citation de Montaigne : "Quand on dure assez longtemps on a vu tout et le contraire de tout." Il lui écrit, en septembre 1932 : "Le souvenir de vos cuisses me contente encore. Je suis un sentimental. Racontez-moi tout ce qui se passe - dans la vie, et entre les jambes..." L'amitié qui en naît durera près de 7 ans.
J'ai choisi pour vous aujourd'hui une lettre liée à la sortie du Voyage au bout de la nuit. Elle fait partie d'un ensemble de missives qui révèlent la transformation progressive de Destouches en Céline, à travers les péripéties du prix Goncourt qui sera décerné le 7 décembre 1932, la publication du Voyage qui reçoit ses premières critiques...
On se souvient qu'en 1932, les jurés toujours aussi perspicaces du Goncourt attribuèrent le prix au premier tour à Guy Mazeline (Les Loups) au détriment du Voyage au bout de la nuit. Il écrit à Cillie, depuis Paris, le 6 décembre : "Je suis indifférent à cette gloire mais j'aimerais bien le résultat financier, qui est très important et vous assure une fois pour toutes l'indépendance matérielle, mon rêve." Mais voici :

"Cette critique du livre est entièrement indépendante. Je ne connais pas l'auteur de cet article. Mais il y a d'autres critiques qui me couvrent d'injures et de menaces. Tout ceci est sans importance, ce sont des mots. Ces gens de la littérature s'excitent fort rien qu'avec des mots. Ce sont des créatures du vent. J'ai un grand mépris pour la littérature Cillie. Elle n'a pas plus d'importance à mon sens que le yoyo. J'en fais exactement comme du yoyo. Parce que la vie m'est atroce, qu'il faut bien passer le temps et que je ne sais pas jouer au vrai yoyo.
POUR LE GONCOURT MES CHANCES SONT TOUT A FAIT MINCES. J'EN AI QUELQUES-UNES MAIS TRÈS FAIBLES. Il faudrait un miracle. Non par la valeur du livre yoyo qui en vaut bien un autre (l'année est très mauvaise) mais le caractère anarchique du style peut les effrayer beaucoup. Des gens auxquels j'ai fait beaucoup de bien, des femmes que j'ai essayé de sortir de la prostitution et de la misère me salissent ignoblement de tous les côtés, et peuvent me faire congédier du Dispensaire ! Ah Cillie ! la méchanceté humaine et surtout féminine est en France je crois à son comble. Je suis trop curieux Cillie, je veux tellement savoir de choses que je me mets constamment en danger. Enfin espérons que les choses s'arrangeront. J'ai bien du courage mais il y a des jours où la vérité elle-même me dépasse. Je n'ai pas assez de force pour réaliser toute son horreur humaine et mondiale. Vous êtes plus calme et bien équilibrée Cillie.
VOUS N'AVEZ PAS BESOIN DE CES ATROCES RISQUES POUR VIVRE. Dans l'abominable angoisse où j'ai tant vécu je crois que j'en ai pris l'immonde habitude. Il faudrait que je m'oublie pour oublier. Que je me laisse moi-même quelque part dans un champ sur le fumier. Je ne suis plus qu'un espèce de cauchemar qui marche et qui ne tient plus beaucoup de continuer à vivre..."


Louis

24/07/2018

Correspondance Léon-Paul Fargue (1876-1947) et Marie Monnier (1894-1976) : été 1925

L'auteur du Piéton de Paris ne mérite-t-il pas que l'on s'attarde un tant soit peu sur sa correspondance estivale, j'entends l'inédite bien sûr ? Aujourd'hui, nous nous intéresserons à ce qu'écrivit Léon-Paul Fargue à Marie Monnier, une amie qu'il appelle "Mon bétourdin", tandis que lui signe "Ton Wacherin de Saint-Paul de Léon". Sœur d'Adrienne Monnier, elle illustrera Les Ludions, de Fargue. Poète de "l'atmosphère", ce en quoi Breton le jugeait surréaliste, sa lettre que je vous donne à lire aujourd'hui, je l'ai glanée au petit bonheur des chaudes journées de l'été 1925, voici :

 

Sur l'aquarium exposé aux Arts Décoratifs

"Il n'y a pas beaucoup d'espèces, mais toutes choisies parmi les plus belles et les plus extraordinaires. Silures, poissons-chats au mufle étonnamment large et béat tout hérissé de bibis chatouilleurs, d'autres poissons semblables à de grands couperets oxydés, nageant avec des faux bleues, poissons-hirondelles tout en platine et en argent niellé, et d'autres qui sont exactement des oiseaux-mouches, gouttes de feu des mers de la Chine et de l'Amérique du Sud. Avec ça des buissons entiers du cheval épineux qui monte aux arbres, divaguant dans leur sabbat de cristal. Je me suis bien amusé."

Léon-Paul Fargue