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20/04/2019

En temps compensé

Ma chère Orlane,

Je me dis qu'on ne s'envoie pas assez de marque-pages par la Poste, aussi j'ai tenté la chose, tu me diras si ?... Ton pli est arrivé à point nommé pour mon séjour portugais - ces douces lectures m'accompagnent et me réchauffent l'âme - la carte si belle est tendre, merci... ici mon écriture est irrégulière, je n'ai pas un carré de table où me poser à cette heure, et suis au troquet toute trempée, c'est que le climat portugais est loin de tenir sa réputation (!).
Le short tant espéré reste donc au fond de la valise, mais à dire vrai je crois que c'est un cadeau : je calme mes ardeurs à faire et prends le temps du repos, de la lecture, et me délecte à la relecture de Proust : "L'espérance est un acte de foi", qu'en penses-tu ?, toi qui n'aime pas trop que l'on décolle de terre, ce que j'entends bien par le fait même de la vie difficile que tu as eue. Ceci dit, je ne m'attendais pas à lire cela sous sa plume.

J'entame le second marque-pages pour aujourd'hui : figure-toi que je discutai il y a peu avec un médecin urgentiste qui blâmait le commun pour son manque d'optimisme, de motivation en général, résultante du stress que l'ocytocine (plus présente chez les femmes que chez les hommes) n'arrive à contrecarrer. Cette analyse chimique du mal-être actuel m'a intriguée, voire amusée quelque peu. Mais ce qui était plaisant chez ce bougre, c'était cet humour qui affleurait sans cesse, que rien ne semblait dévier de sa position initiale devant la vie, résolument ouverte à l'autre, sous le chapitre de la souffrance (à soulager au mieux et au plus vite). Il m'a conté même qu'un hamster à qui l'on a fait effectuer cinq vols allers-retours Paris-New-York perdait toutes ses capacités "cognitives", d'une manière irréversible, tandis que chez l'humain, les dégâts intérieurs liés au stress sont réversibles. Ouf ! enfin bon, ces pratiquants sont redoutables même quand ils théorisent, tant nos organismes semblent pour eux des instruments de jeu à préserver d'une fin trop rapide, ou du moins qui ne correspondrait pas à leur cheminement statistique...

Et terminerai par ce sinistre qui a touché la capitale : est-il possible qu'une entreprise affectée à la restauration d'une cathédrale l'ait traitée à la légère, en quittant le navire à la première semonce ? Certes, prouver qu'il y a eu négligence devient quasiment impossible maintenant que la flèche s'est consumée de l'intérieur, mais sache qu'il me restera toujours, avec un arrière-goût de cendre sous la langue, comme un doute sur le caractère absolument imprévisible de l'événement... Je t'embrasse, D-S.

 

FAREINHEIT BLOG.jpg

Pugnaire & Raffini
Fahrenheit 134
Galerie Ceysson & Bénétière (Paris, expo jusqu'au 4 mai 2019)

17/04/2019

Marelle du ciel

Ma chère Lucie,

Le printemps s'éveille enfin aux cantilènes des cerisiers. Le bois des mashiyas se languit au soleil, et les kimonos fleurissent pudiquement dans les rues kyotoyistes. Partout, les Japonais fêtent le retour des cerisiers en fleurs.
Cette euphorie ancestrale est devenue un rituel où le bonheur du renouveau se mêle à la mélancolie d'un passé, éphémère.
Cela s'appelle le humami.
Je t'écris ces quelques mots depuis le port de Honmura à Naoshima. A l'Est la mer de Seto, et à l'Ouest encore la mer de Seto. Je pense à nos moments partagés, à cette amitié dont le souffle ne peut s'éteindre.
Que le temps de nous revoir ne se perde dans l'étincelante traînée du Soleil.
Bisous et à tout bientôt,
D-S.

13/04/2019

Une lettre (1/3/2001) et un poème inédit (26/7/2002) de Pascal Ulrich :

ULRICH  100.jpg

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Salut cher Daniel,


Nous autres de l'Humanité sommes toujours à balancer entre le tragique et le comique et moi, faut que je redessine un bon coup. Ça fait au moins une semaine que je n'ai rien dessiné, enfin que je n'ai pas dessiné assez longtemps pour que ça donne un petit quelque chose.
C'est plus fort que moi, la correspondance ça passe avant mes textes et dessins, après faudra pas s'étonner que malgré les dizaines de plaquettes publiées, aucune n'excède 50 pages mais je me fous de ça car ce que j'essaie de faire par mes écrits et dessins c'est de parler à l'Autre et du même coup à moi-même.


Pascal Ulrich