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12/08/2016

Claude Tarnaud écrit à François di Dio

Une lettre inédite du poète Claude Tarnaud à l'éditeur François di Dio :

 

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26/07/2016

"Qu'est-ce que la poésie ?" : Armand Olivennes

                                                             Le 3 septembre de 2000

Cher Daniel Martinez,

Pardonnez, je vous prie, le retard et le laconisme de ma réponse à votre attentionnée lettre du 19 août. J'ai dû entreprendre des voyages et accomplir quelques devoirs de famille et autres, entretemps, ce qui est mon excuse...

Oui, j'aime la Nature même si j'arrive de moins en moins à en parler "comme il faut". Ronsard (ou Malherbe ?) la traitait de marâtre. Je n'y vois quant à moi aucun principe maternel (ni paternel, du reste). C'est une sorte d'oracle pour l'homme qui doit y déchiffrer sa piste mais aussi son errance et son aveuglement.
Si la fécondation et la maternité sont des phénomènes naturels par essence, la précarité, la mort, l'oubli sont tout aussi naturels. Les pauvres fleurs qui s'épanouissent l'espace d'un printemps n'ont peut-être pas pu éclore, elles non plus, ce qu'elles avaient d'individuel et de non sériel ? Il y a un moment évolutif de la Culture où la Nature, si vous la contemplez au dehors et au dedans de vous, vous sert de garde-fou. Alors ? Quand et comment rompre les cycles, les saisons, les périodes, les ères, la régularité du Temps et l'exception anormale ?
Comme vous, je relis Edmond Jabès. C'est le "soi-même" à quoi engagerait la poésie qui fait problème. Ce soi-même plein de sagesse n'est ni la poésie ni celui qui s'y exerce ou en a un besoin primordial. Elle même, la Poésie et nous-mêmes, les poètes, nous ne suivons pas naturellement, les sentiers battus.
Nous ne sommes pas les fidèles de la ressemblance. Nous recherchons plus volontiers ce qui s'est obscurci dans l'obscurité, fut-ce la chimère la plus puérile, la lueur la plus fugitive d'un sens meilleur que le bon sens.

Je me réjouis par avance de découvrir l'oeuvre de Miguel Hernandez (un poète dont je n'ai lu que quelques poèmes) dans le prochain numéro de Diérèse. J'espère que vous rappellerez ce que fut sa vie, son engagement, ses souffrances.

Merci encore de me faire participer à l'aventure de Diérèse et toutes mes confraternelles amitiés,

                                                                   Armand Olivennes

11/07/2016

Thomas Mann écrit à Maurice Delamain

Mario et le magicien est une pièce tragi-comique écrite et publiée par Thomas Mann en 1930. C'est l'histoire d'une famille en vacances dans une station balnéaire de l'Italie fasciste et qui est au cœur d'un drame noué lors du spectacle d'un hypnotiseur, le chevalier Cipolla. Cette nouvelle fera l'objet d'une traduction française par André Gaillard parue à Paris chez Stock en 1932. La lettre qui suit a été adressée à Maurice Delamain, des éditions Stock.

Pour vous aujourd'hui, la traduction de cette missive inédite du romancier :

"Les quatre exemplaires annoncés de Mario sont arrivés entre temps, et les petits volumes ornés me font bien plaisir. La traduction, que j'ai déjà découverte par sa publication dans la Revue franco-allemande, me semble bien réussie, et je vous prie de transmettre mes remerciements au traducteur.
Une édition italienne de la nouvelle s'exclut pour des raisons certaines. En Italie, on l'a maintenant d'abord découverte dans son édition française, et la presse fasciste ne s'en est pas peu irritée. Elle déclare comme complètement impossibles les événements qui y sont décrits humoristiquement ; et en même temps, ils se sont produits exactement ainsi dans la réalité.
D'ailleurs, il est loin d'être à mon goût de voir cette nouvelle comprise comme un manifeste politique direct. L'identification du chevalier Cipolla avec Mussolini a naturellement et certainement une légitimité intérieure secrète, mais, exprimée de manière directe, va pour moi bien trop loin.
En fin de compte, il s'agit dans ce récit d'un problème plus moral que politique. Mais bien entendu tout cela se mêle sans frontière de nos jours.
Je souhaite au petit livre le meilleur succès en France..."

                                                                    Thomas Mann