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06/02/2017

Les dessins du peintre Pierre Tal Coat (1905-1985) opus I

On sait que Pierre Tal Coat fut remarqué par André du Bouchet qui lui consacra un livre : Cendre tirant sur le bleu, éditions Clivages, 1986, livre dont je vous conseille la lecture (tirage : 450 ex + 50 ex. HC). La rétrospective d'importance de toutes ses œuvres sur papier fut organisée par la Bibliothèque nationale de France du 15 février au 2 mai 1999.
Jean-Luc Gall a la bonté de nous en parler aujourd'hui :

"Né breton en 1905, Pierre Jacob, sous le pseudonyme de Tal Coat, débute dans le milieu artistique du Paris des années 30. Dès sa première exposition personnelle en 1926, il est pressenti comme l'un des talents les plus prometteurs de la nouvelle génération de peintres.

A l'entrée de l'exposition qu'avait organisée la Bibliothèque nationale au premier semestre de l'année 1999, figurait un autoportrait de 1932 au regard attachant parmi plusieurs dessins de la figure humaine. Un portrait au fusain de Gertrude Stein au modelé quasi sculptural imposait une présence massive du corps. Impression démentie par la proximité d'un dessin inspiré par la guerre civile espagnole qui donnera lieu, en peinture, à plusieurs scènes de "Massacres".

Démobilisé en 1940, Tal Coat trouve refuge à Aix. Ébloui par son séjour dans la région, une véritable mutation s'opère en lui. Au cours de l'exposition, on passait brusquement d'une série d'eaux-fortes rageuses : "Corrida", "le viol", et autres scènes érotiques..., à un sujet intitulé "Profils sous l'eau" décliné au fusain et à l'huile. Des dessins à l'encre de Chine dont l'emblématique "Aquarium" confirmaient la nouvelle orientation du peintre.

Il avait en effet renoncé à maîtriser le contour de la forme pour éprouver une intuition nouvelle, celle d'une élémentaire mouvance du monde. A ce titre "Éléments de nature" un recueil de lithographies publié en 1949, fait figure de manifeste esthétique. Initié à la gravure dès 1943, c'est surtout à partir de 1970, à l'occasion de sa rencontre avec les membres de l'atelier de Saint-Prex en Suisse, que Tal Coat grave avec persévérance...

                                                                     Jean-Luc Gall

17:19 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

Les dessins du peintre Pierre Tal Coat (1905-1985) opus II

... Entouré de remarquables praticiens, il publie en 1971 son "Almanach" gravé à l'aquatinte. Par la suite, il mobilisera régulièrement l'atelier dans une incessante remise en jeu de la création car pour lui, il n'est pas d'épreuve définitive en gravure. "Acide", aquatinte et burin de 1980, présentée selon cinq états successifs, est l'illustration la plus convaincante du titre de l'exposition. Attentif au support de l'impression, sensible à son expansion limitée.

Tal Coat concentre son geste en misant sur l'énergie dégagée par la blancheur du papier. D'où l'aspect un peu déroutant de ces gravures réservées, pour ainsi dire. On aurait tort, cependant, d'y voir une ascèse du regard, la tentation Zen de céder à une attirance du vide. C'est bien plutôt une sensation de plénitude qui émane de ces œuvres sur papier.

La plus belle démonstration en est donnée par les ouvrages publiés en collaboration avec le poète André du Bouchet. Il faut voir déployées les pages du livre intitulé "Laisses" (1975) pour constater combien se réalise là une parfaite osmose entre la parole et le geste, entre l'écrit et le voir.

Pendant ses séjours à Saint-Prex, Tal Coat grave une multitude de sujets familiers. Exposé en fin de parcours, le "Bestiaire", publié l'année de sa mort en 1985, forme un ultime recueil animalier parmi quantités d'eaux-fortes ou de pointes sèches dont beaucoup resteront inédites.

En marge du "Bestiaire", deux planches tirées spécialement pour l'exposition, rassemblent plusieurs plaques sur un sujet qui passionnait Tal Coat : le vol des oiseaux. Ces ultimes battements d'ailes expriment avec une force évidente, le désir d'envol de quelqu'un que motivait par ailleurs, avec certitude, une vigoureuse attraction terrestre.

                                                                                                    Jean-Luc Gall

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03/02/2017

Nicolas de Staël (1914-1955)

D'août à octobre 2005 s'est tenue au Musée Picasso d'Antibes une exposition Nicolas de Staël consacrée à la dernière période de l'artiste, où quatre-vingt toiles et dessins - œuvres antiboises - étaient exposés. Aujourd'hui l'occasion de revenir sur cette période de doute qui caractérise les dernières années de la vie du peintre, promis à la fin que l'on sait...

"A un de ses marchands, Jacques Dubourg, Nicolas de Staël écrit d'Antibes, en décembre 1954 : "Ce que j'essaie, c'est un renouvellement continu, vraiment continu, et ce n'est pas facile. Ma peinture, je sais ce qu'elle est sous ses apparences, sa violence, ses perpétuels jeux de force, c'est une chose fragile dans le sens du bon, du sublime. C'est fragile comme l'amour. (...) Je sens toujours atrocement une trop grande part de hasard, comme un vertige, une chance dans la force, son côté virtuosité à rebours, et cela me met toujours dans des états lamentables de découragement..."

Le critique et collectionneur Douglas Cooper, au jugement duquel Staël croyait assez pour lui demander de venir à l'atelier, n'en pensait pas moins, à en croire les souvenirs de leur ami commun John Richardson : "Il n'aimait pas que des artistes dont il admirait le travail puissent soudainement faire des bonds en avant. Il n'approuvait pas ce qu'il appelait le "relâchement". (...) Le pauvre Staël protestait contre ce manque de sympathie, mais [Cooper] persista à critiquer chez Staël cette éloquence facile, son échelle grandiose et son nouveau lyrisme..."

Il n'était pas le premier : les commentaires du critique Léon Degand, à la suite de l'exposition organisée à la galerie Dubourg en juin 1954, sont de la même eau, comme l'a montré Jean-Paul Ameline, le commissaire de l'exposition de Beaubourg (rétrospective organisée au printemps 2003, avec plus de 210 oeuvres au catalogue), dans son étude sur la fortune critique du peintre : "Degand conteste à l'artiste une aisance qui n'aboutit qu'aux "qualités extérieures" d'un "fauvisme simplifié", une facilité qui privilégie la vitesse d'exécution, au point d'inquiéter son marchand américain Paul Rosenberg, qui lui recommande de se méfier de cette hâte au nom de la sauvegarde des tableaux..."

Staël, qui s'est fait apprécier avec des toiles maçonnées comme des mosaïques, abandonne ses truelles de peintre pour leur substituer des brosses souples, voire du coton ou de la gaze, et donner à sa touche l'aspect fluide qui caractérise ses derniers travaux, les plaçant, dit Ameline, "au bord de la dissolution, au risque de l'échec, comme si elles appartenaient à un monde appelé à s'engloutir".

On a souvent relié la fin tragique de Nicolas de Staël à des éléments biographiques. Pourtant, hormis une maîtresse capricieuse, que le catalogue d'Antibes qualifiait pudiquement de "modèle", qui inspire les nus somptueux de cette période et désespère ce passionné, sa vie peut passer pour heureuse. Elles sont loin, les années de misère où il peignait la Vie dure (1946) ou Brise-lames (1947), significativement titré Brise-à-l'âme au dos du châssis. Ses expositions, à New York notamment, l'ont rendu riche. Ses amis sont fidèles, nombreux, et, de Georges Braque à René Char, de qualité. Romuald Dor de La Souchère, le conservateur du Musée d'Antibes, veut - déjà - lui consacrer une exposition.

Pourtant, dans sa solitude volontaire d'Antibes, il en est une autre qui le fuit : la peinture. Le 5 mars 1955, dix jours avant sa mort, il fait une escapade à Paris. Il en profite pour voir quelques proches, dont son beau-fils Antoine Tudal, auquel il confie son vague à l'âme et lie inextricablement son existence à son art : "Tu sais, je ne sais pas si je vais vivre longtemps. Je crois que j'ai assez peint. Je suis arrivé à ce que je voulais..."

Or, de retour à Antibes, il attaque deux tableaux, dont un de 21 mètres carrés, sur le thème du Concert. Nous sommes le 10 mars 1955 : Staël a moins d'une semaine à vivre."

                                                                              Harry Bellet

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Le Concert, toile inachevée de Nicolas de Staël

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