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16/11/2019

Le passage

im Robert Walser

Vienne le cri sec d'un oiseau dans le silence pur
témoigner que la neige ce matin est le tremblé
d'un nouveau monde tu repenses à Walser
dans ses instants derniers cueillant à travers
les éclats d'un mirage son imparfait présent
qui prit en s'éclipsant les rumeurs
et les marges rousses des racines d'un chêne
pour des reliefs de comptines pour des vignes d'or
quand chavire le jour sous les flocons grimés de vent
vienne le cri sec d'un oiseau le velours des feuilles mortes
compter légères les secondes reines
dans une étreinte où les astres libres
se déroutent
de leur trajectoire
où le philtre du plaisir se fait lunaire

son regard bleu d'enfant posé sur la ville impériale
aux rides déliées qui s'allongent et plus encore
emportent l'étreinte d'un regret
sous une vague toute en cristaux de sel
où va la flèche amuïe la vallée muée
avec l'esquisse d'une esquive se perdre
comme pour toujours


Daniel Martinez

28/10/2019

Creusets

Quand l'heure émigre sous les branches du grand saule
bleutée grise et puis sienne jusqu'à l'or
quand les voix se font calmes devant les eaux du fleuve
dans leur ici et leur ailleurs
ce sont parfois des peintures d'Italie claires
qui te reviennent entre ces deux pôles
de la lumière absorbée réfractée
le même frémissement immobile des mots
de la ronce fugace égratignant la pierre
à même le vif et le périssable emportés
par ce qui rêve et bruit là-même
où commence l'horizon
lui sont donnés des yeux un corps
une supplique une attente
il n'est qu'un pas à faire
avant que tout ne parle
de ce rien dont se parent de rares merveilles
entrevues projetées par l'ombre de tes doigts
où l'horlogerie des particules se donne
comme indices de compositions à venir
passé la Marne issue de soi
ses replis frissonnants et ses basses nuées


Daniel Martinez

20/10/2019

De l'apparence

Au pied de l'aveugle cloison où se résout la ronde des étoiles, amies du diamant et de la lampe, le scintillement figé de leur dernière image va disparaissant dessous les limbes du matin. Dans l'immobilité des choses, écoute respirer la vigne vierge grimpant sur les volets entrouverts. Là, le jardin d'autrefois se déclare, il a tes yeux, il a ta voix, dans le même mouvement se donne et s'éloigne, se dessine et nous dessaisit. Sur quel envers ou quel bord invisible ?
Des ombres passent, et c'est encore cette sensation d'une parole qui ne serait pas la tienne, empreintes des syllabes longues de l'espace. Il est un faisceau qui les rassemblera : une main de neige, confondue aux lacis de l'écriture.
Devant la gravure d'une belle exilée, qui dans le mouvement du rideau fait signe. Dans la pièce où s'insinue, graduellement, l'écho d'une voix, prise dans la spirale d'une conque, tout contre l'oreille attentive.
Avec toujours l'impression de gravir un escalier sans fin, le sable aux pieds, encore tachés de mer. Dans un arrière-pays du regard, une brise fine rehausse l'ombellifère.

L'un à l'autre lisibles à cette heure, percent le dedans et le dehors.


Daniel Martinez

 

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