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02/12/2018

De l'une à l'autre saison

      Les murs dans le flottement de ton histoire, ce qu’en disait le poète, couverts de signes. Mais silencieux comme fruits sur l’arbre immobile, comme la paix, comme l’échelle du monde où tout se découvre : un simple oiseau devient soleil, un ciel d’un bleu récent reprend haleine parmi les chiffres purs du réel. La vie, avec la langue sœur, dans le carnet ré-ouvert. Au jet de la ligne, passé tout ce qui fait ombre, les pages aux reflets incertains. Peu de choses remontent jusqu’à l’origine, limpides jusqu’à la transparence. « Voir, est-ce oublier ce que l’on a vu? ». Avec les trois ou quatre couleurs posées sur les feuilles de verre de la porte-fenêtre, avec ce pari que le temps s’est adressé à lui-même.
      Signes du vent, aile austère de l’if, lent sablier. À l’instant, une ruée lourde de nuages, leur manteau de dérisions : au beau milieu d’entre eux, accrocher un point fixe.
    À pas de loup sur les draps de glace. Déploiement, séquence, point fixe : nue dans le vide, la glycine balance, depuis l’escalier extérieur. Spirales, les jours d’ici. Ainsi des secrets de l’univers, sa dérive lente, hors du champ de vision. Avec le frémissement de vivre, ce qui couve sous la cendre, depuis.
      Toujours plus d’allant dans l’esquisse, moins de contraction dans le trait. Tournante pression de la mémoire. Les crayons gras sur la feuille, les brins de paille éprouvent la précaire beauté du monde, le chemin exhale ses bouffées d’azur. C’était l’heure qu’il aimait entre toutes, face au gouffre de l’avenir.
      Dans l’étendue offerte, le blanc de l’énigme renoue avec la perte du nom-de-soi. Quand seul compte ce que souffle entre sang et pensée le voyage des heures. Les lambeaux meurtris de l’enfance quand tout serait perdu avant que naisse la conscience : elle s’arrête, ferme les yeux. Le vent lui souffle à l’oreille la scène inversée. Une goutte d’eau-mère que le temps n’aurait pas repris à lui.
      Marcher encore et encore. Et sous le flux silencieux, une voix s’élèverait parmi les feuilles. Le dos gris-bleu des buissons s’éveillerait, radieux. Franchie, la haute grille du domaine : devant soi, une vaste pelouse entourée de chênes sans âge. On vient se perdre là, un grand duc passe à nous frôler, quelque dieu se profile, ou bien… Ah, tout ce qui entre dans un seul cillement, cherchant la lumière.


Daniel Martinez

13/11/2018

A bâtons rompus

1.

Pour qui sait infaillible l'espoir
Les bâtiments de briques enchevêtrées
Proches autant qu'évanescents
Après l'arête vive des talus
La trame des intrigues tissées
Au feu d'autres avènements


2.

La nue plus fluide à mesure offerte
Aux lieux-dits de hasard
Par les corps éveillés
Au cœur de l'éclaircie
Du courant vert immatériel
Dans les éclaboussures des feuillus


3.

Là entre les doigts de sable follement
En lui-même transparaît
La langue des roseaux et tu chantes
La vie comme la mort
L'indocile essaim faufilé
S'étoile la saison
En son sein la somme dispersée


4.

Visitée par les claires humeurs végétales
Le galon d'humus des eaux du dessus
Où l'éther inscrit de nuit
Son filet arachnéen
Chuinte à l'oreille sa partition propre
Saignent sous les épines les pierres bleues


5.

Qu'aurais-je à prouver maintenant
La figure initiale de la folle églantine
L'espace courbe et
Les petites sources où boire
De-ci de-là sans compter
Depuis l'embrasure comme incarcéré


6.

Qu'aurais-je à dire de plus
A peine retient-on des choses leur parure
J'ai relu Saint-Amant très tôt ce matin
Son éloge du vers luisant
Il n'y avait rien que le silence
Pour illustrer le vermillon de la balustrade
Pour repeindre de neuf mes premières amours


7.

J'ai rêvé comme vous d'un monde
Sous les apparences devine-t-on encor
l'indécis et gris murmure de la campagne
Qui s'éveille et ce souffle rauque du premier train
Toujours plus loin presque un mensonge
Dis-moi oui pourquoi se trahit-on
Si aisément aux quatre coins
D'un horizon de pièces rapportées


8.

De droite à gauche le sel crissé des touffes
Te donnent soif cette fabrique d'indicible
A l'ouïe prolongée de rien en rien
Au même retour de la répétition
A bâtons rompus un fond
De terre brûlée de passions de mémoire
Sous nos pieds chaque durée rendue
A sa plus simple expression


9.

Sans personne et sans la nacre
De l'infini intercepté
Certain tremblement des signes
Dans le miroir un adieu somptueux
Un bourdonnement de guêpes
Un souffle épars
Devant le jour de par la grande allée
Aux rameaux bas un peu confus


Daniel Martinez

05/05/2018

Séquentielles I

Un espace d’attente


Si l’histoire du monde est récit qu’elle soit
au fin fond du grand miroir
qu'émaillent les feuilles de l'érable

une clarté douce aux mots donnés
la psyché et ses labyrinthes redécouverts


Telle la haie masque par endroits
ton doute fait des mille plaintes
d’une vie qui s’épuise à dire et redire
le corps voué à la blessure


quand glissent tout autour
autant de cités disparues
les rimes du liseron
sur le tablier bleu de la porte

quand à l’avant du feuillage


vacille le moment blanc
la cage du désir d'où s'échappent
les mains séparatrices de l'esprit
dessus la terre qu'étourdit
l’ondée de mai


Daniel Martinez