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24/10/2020

Chemin faisant

Nappe liquide en aval
d'autres terres naissantes

et bleu de foudre
traversant l'image
avec une lenteur inaccoutumée
elle s'ouvre
dans la splendeur
de cette ville de ton enfance

c'était si beau c'était ici
et comme ailleurs
un peu comme à l'orée du monde
en attente
en préparation
un qui-vive sans autre objet
que d'entrer dans la mémoire
de notre monde labile
de glisser depuis le grand pavois
sur la surface lisse d'un lac
dont on ne voit pas le fond
ni l'eau même
pas une feuille ne frissonne
pas une brindille ne craque
Tout est là rien ne se dit
Quel calme !
et toi qui cours
qui cours derrière la porte verte
dans l'univers suspendu
avec la flèche de Zénon
qui vole
et ne vole pas
retiens ton souffle
dans la nature stupéfaite
c'était si beau c'était ici


Daniel Martinez

17/10/2020

Nid de la mémoire

L'air entier et la perle
à l'oreille du veilleur
d'une dorure sombre
écoute disparaître
la croûte brune des champs
comme un pain
que l'on aurait trop cuit

Le vent aux masques d'oiseaux
s'inclinant bas
pour le don éperdu
étiré dans une durée
qui n'est pas la nôtre
ainsi l'éternité nous échappe
et les hautes herbes continuent
de se fondre à la moelle terrestre

Cailloux de senteur
remués par les pas
de ce que nous avons été
cahier nomade où furent écrits
tes premiers poèmes
langue de cuivre
glissante et nue
et la pluie sur ta peau constelle
cet autre nom que tu donnes
au monde à ses ombres mouvantes

Lèvres pour prononcer
le blanc buisson d'épines
sous le cognassier du Japon
mains écorchées de graines rougissantes
un oreiller de pierre
rêve tout haut d'un paysage gravé
sur l'or mat du soleil
la saisie brève des sphères
à contempler comme jamais

 

Daniel Martinez

02/10/2020

De si loin

I

Flux et reflux de l'ombre
à l’intérieur de soi
peuplée de plantes de pierres brutes
nées de la dernière nuit
ce qu’il y avait vu
remonte aux lèvres
jusqu'à
          la Source
fouaillée par autant de mots
que les mille lueurs
d'un banc de poissons
égrenés
dans la paume
          de l’onde
où s’échinent
d'infimes instants
les fibres du temps même

 

II

Nuage immobile qui se gonfle
s’effrange au vent
aspiré par la bouche cosmique
Œil immense dans une fleur où bouge
un insecte perdu
sur le cuivre
          du soleil
s'éternise
le silence de Rothko
et les doigts crispés de l'enfant
qu'il fut
demeurent
là perdus

 

III

Si seulement ne mourrait
l'écume de la mémoire
en marge de l'hiver
« Pourquoi ai-je ri cette nuit !
Aucune voix ne le dira » écrivait Keats
fasciné par ce côté-ci du rien
comme l'autre côté du tout
troué de blanc
et de cendres qu'effleure
le pas de la porte
entrouverte  

Daniel Martinez