241158

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/10/2019

Figurées

à Diane, pour le chant des mots

 

Sans qu'on entende un pas, une douceur est là, présente dans la mémoire des hauts feuillages, laissant sourdre une clarté rousse, chaude, tachée de gouttelettes vertes. Tout lentement s'approche, se diffracte dans l'indéfini, filigrané d'arborescences bleues.

L'odeur du chemin qui là se perd, à l'emprunter, quand dessous la voussure on devine encore des pans de rocaille, à flanc de forêt. Avec, dans l'échancrure, traversant le tissu de l'esprit un ciel intérieur : l'un à l'autre lisible. Miroir attentif à nos égarements.

Parfois, la source obscure d'un chant, étouffé. Et cette trouble beauté, portée par le bonheur des souffles revient toujours vers les choses d'en bas. A l'instant même, glisse un filet de brouillard entre les peupliers, où le diaphane compose avec l'opaque.

Où le réel donne l'illusion de l'illusion ; et l'on ne sait plus discerner que les contours de l'ancienne matière, esquissée par un champ de phosphènes. Tout est là, à portée. C'était marcher, entre passé et futur, livrés aux délices des pleins, vides et déliés.

Images mais de quoi, d'un insecte en vol avec son balancier, qui se répand en étincelles, participant de ce cycle où nous sommes reçus. Un dieu de murmures dans la quête de sa propre consistance. Ainsi forcer l'énigme du monde, dans le secret de la terre noire, et l'impossible vision qu'elle a d'elle-même.

Hors des communs enchaînements, doigts de cendre posés sur une manière de chaos, ouvert aux mouvantes frondaisons, au lait de l'aube où le réel peu à peu se donne pour ce qu'il est. Percent les racines des ormes, du riche temps des songes aux tourments de l'oubli, mille lectures possibles.

Les voix qui s'en séparent et muent, allégées des pesanteurs, cherchent un autre engagement. Depuis la sente à peine tracée, qui sous les pas et les feuilles remuées sent la poire mûre, et les griffes des ronces, en lisière d'autres mondes. Enluminures, sur une eau gris-vert, un étang.

 

Pour sauvegarder les reflets d'un pacte perdu ? Entre les mailles diurnes, les ramures, passées par le filtre de l'imagination.


Daniel Martinez

16/08/2019

La substance du feu

GRECE BLOG  II.jpg

 

               Les nuages se sont écartés

               il ne reste à voir que ce qui se lève

               et prend forme sur la colline silencieuse

               les demi-tons creusés par la substance du feu

               la légende et les âges conjugués

               Ne sois ni une action ni un discours

               mais la prime ébauche de l'esprit

               où germent d'anciennes subtilités

               les bourgeons diamantés des pierres

               bruissant de bleu d'ocre et de pers

               mouchetés d'une abstraite poussière

               Ne sois que toi d'un degré à l'autre

               passé la dernière nappe du sommeil

               un peu de poudre blessée

               vers l'été intérieur avec ses masses vivantes

               et touffes incrustées là au passage

               à même le corps évocateur du poème

               comme doucement battent tes paupières

               dans l'intervalle des doigts

               la terre mobile enfin capturée

 

Daniel Martinez

02/12/2018

De l'une à l'autre saison

      Les murs dans le flottement de ton histoire, ce qu’en disait le poète, couverts de signes. Mais silencieux comme fruits sur l’arbre immobile, comme la paix, comme l’échelle du monde où tout se découvre : un simple oiseau devient soleil, un ciel d’un bleu récent reprend haleine parmi les chiffres purs du réel. La vie, avec la langue sœur, dans le carnet ré-ouvert. Au jet de la ligne, passé tout ce qui fait ombre, les pages aux reflets incertains. Peu de choses remontent jusqu’à l’origine, limpides jusqu’à la transparence. « Voir, est-ce oublier ce que l’on a vu? ». Avec les trois ou quatre couleurs posées sur les feuilles de verre de la porte-fenêtre, avec ce pari que le temps s’est adressé à lui-même.
      Signes du vent, aile austère de l’if, lent sablier. À l’instant, une ruée lourde de nuages, leur manteau de dérisions : au beau milieu d’entre eux, accrocher un point fixe.
    À pas de loup sur les draps de glace. Déploiement, séquence, point fixe : nue dans le vide, la glycine balance, depuis l’escalier extérieur. Spirales, les jours d’ici. Ainsi des secrets de l’univers, sa dérive lente, hors du champ de vision. Avec le frémissement de vivre, ce qui couve sous la cendre, depuis.
      Toujours plus d’allant dans l’esquisse, moins de contraction dans le trait. Tournante pression de la mémoire. Les crayons gras sur la feuille, les brins de paille éprouvent la précaire beauté du monde, le chemin exhale ses bouffées d’azur. C’était l’heure qu’il aimait entre toutes, face au gouffre de l’avenir.
      Dans l’étendue offerte, le blanc de l’énigme renoue avec la perte du nom-de-soi. Quand seul compte ce que souffle entre sang et pensée le voyage des heures. Les lambeaux meurtris de l’enfance quand tout serait perdu avant que naisse la conscience : elle s’arrête, ferme les yeux. Le vent lui souffle à l’oreille la scène inversée. Une goutte d’eau-mère que le temps n’aurait pas repris à lui.
      Marcher encore et encore. Et sous le flux silencieux, une voix s’élèverait parmi les feuilles. Le dos gris-bleu des buissons s’éveillerait, radieux. Franchie, la haute grille du domaine : devant soi, une vaste pelouse entourée de chênes sans âge. On vient se perdre là, un grand duc passe à nous frôler, quelque dieu se profile, ou bien… Ah, tout ce qui entre dans un seul cillement, cherchant la lumière.


Daniel Martinez