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03/01/2020

Séquentielles XI

Cheminements

 

Embroussaillé d’écume
tout un ciel en rumeurs
et les figures que dessinent
une moitié de l’arbre
griffée de mots,
l’autre, d’étoiles
de chevelures perlantes
où repasse la main
source des vents.

Au feu de son image
ni l’ombre moussue
ni la syllabe longue des eaux
ne livreront leurs secrets
dans le vaste étale enlaçant
nos menus savoirs :
ce monde-ci se défait
et le sablier des astres, des constellations
ouvre une brèche certaine
dans les hautes haleines de la nuit.

L’assemblée des grands pins
rayée d’encre, de lucioles d’air
chavire le regard
réinvente le chemin côtier.


Daniel Martinez

24/12/2019

Dominique Labarrière

C'est l’œuvre qui détermine la vie de l'écrivain, et non l'inverse.


Les mots et les idées qui ont cours autour de toi, rejette-les. Les pensées que tu aimes, rejettes-les - et aussi celles que tu n'aimes pas. Rejette, rejette : tu es encore riche de ta pauvreté. Rejette même le rejet. Peut-être alors ce qui est toujours immobile, toujours en mouvement, te saisira-t-il.


Hors de tout attachement à l'anecdotique, au pittoresque, à l'inattendu qui toujours et partout ressassent dans l'abondance de leurs manifestations la même évidence faussement rassurante ; loin de l'attente de l'événement qui, par sa soudaine irruption, s'en viendrait rompre d'un coup la monotonie quotidienne de l'ordinaire (si ce tableau est banal, mon regard seul en porte la responsabilité), j'attends sans l'attendre cet instant où, dans le "foisonnement ordonné" (Jünger), un infime détail découvre à l’œil et sa saveur propre et son appartenance à cet ensemble qu'il est, qu'il n'est pas ; ensemble que l'on pourra appeler le "monde", si l'on entend par là non seulement ce qui apparaît, mais aussi ce qui permet aux choses d'apparaître.


L'exploration de l'ombre mène à la lumière que je vois et ne verrai jamais que par cette ombre qu'elle projette.


Comment observer ce qui m'entoure si c'est moi qui mène cette observation ?


Accéder à la dimension intérieure afin de percevoir qu'elle aussi n'est qu'illusion.


Ces instants exceptionnels, où l'on saisit avec acuité ce qui se donne et à quoi l'on correspond parfaitement, non sans doute tels parce que, les vivant, on les vit comme expulsé de soi-même.


Certaines solitudes ont ceci de terrible qu'à peine s'estomperaient-elles un moment, leur retour serait désiré avec impatience.


Comment ignorer que le combat que l'on mène est un combat perdu d'avance ; qu'on le mène, ce combat, sachant qu'il sera, qu'il est perdu ?


A peine apparu, déjà disparu : le scintillement de l'actuel. L'inaccessible actuel.


Quel sourire accompagne cette voix qui, près d'une fenêtre close, murmure simplement : attendre, toujours attendre ?


Dominique Labarrière

23/12/2019

Mesures

"tant de bruits fins des eaux dans les doigts..."
Lorand Gaspar


Radieuse à travers ce qui l'égrène
de l'infaillible pollen
à la terre détachée
de sa propre couleur
touches de feu du temps
soleils peints sur le paravent
dans le silence du jour
cette vie retenue
toute hâte envolée


A l'heure nue où les vents
dénouent les illusions
le nom du monde
filtre l'invisible avancée
le masque s'ouvre
et tes yeux brassent
des fragments de nuages
parus entre les fûts de lisière


Un puits de jour
sous la pupille profonde
laisse filtrer les échos de l'histoire
de l'inerte et du vif
la ligne ininterrompue
des hautes herbes aveugles
tissées d'éther


Quand tout va séparant la forme
l'aigrette des lieux
des mots et crédules rumeurs
à mi-pente ce qui fut en soi cède
comme mention du dedans au dehors
aux mille yeux lovés
dans les fibres de tes mains


L'allongement des pas
dans cet ici qui ne se laisse saisir
les murmures des feuilles automnales
délivrent légères des ombres
des ébauches de paysages
s'enfantent librement
comme des victoires
ou des chimères

 

Daniel Martinez
le 23/12/2019