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28/06/2020

"Alentejo", de Eugénio de Andrade, traduit par Christian Auscher, éditions Michel Chandeigne, août 1989, 265 exemplaires, 28 pages

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A São Gregório, village peu éloigné d'Estremoz, mais d'accès difficile aux automobiles de qualité, vit un homme qui abandonna son troupeau il y a quelques années, pour les gouges du sculpteur. Il se nomme Manuel Capelins et son village n'en est pas un : sept feux en tout et une petite chapelle, plus grande cependant que sa maison où vit notre artiste. Tout autour, l'Alentejo classique de la fin juin : champs secs et dorés, étendues de chênes-lièges plus gris que vert, deux ou trois oliviers penchés sur les maisons et les murets, quelque rosier d'Alexandrie entouré de pieds de coriandre. A l'horizon dénudé, où même les hommes quand ils surgissent semblent sidérés, le profil bleuté de la proche Serra d'Ossa. Contre le mur de la maison, où on distingue malgré la blancheur la trace luisante et capricieuse d'un escargot, une petite chaise paillée. C'est là que s’assoit Manuel Capelins pour donner corps à son imagination peuplée d'oiseaux et d'étoiles, de soleils et de lunes, de feuilles et de fleurs, de chèvres, bœufs, serpents, et d'hommes - quand tout ne s'achève pas en pure arabesque, car l'espace vide autour d'une symbolique si ancienne n'en demande pas davantage.

 

Eugénio de Andrade

14/06/2020

"Fragments", d'Héraclite, traduits par Roger Judrin, éditions Calligrammes, 2 mai 1987, 32 p.

Faute d'espérer, vous ne trouverez pas l'inespéré que vous croirez introuvable et hors de portée.


Aucun de ceux dont j'ai retenu les propos n'était parvenu à comprendre que la sagesse est d'un ordre à part.


La pensée est le plus haut degré de la vertu. La sagesse est de parler vrai, de régler ses actions sur la nature, d'obéir à sa propre voix.


Tout s'écoule.


Le contraire est utile. Des opposés sort le plus beau concert. De la discorde tout est né.


Un mot pareil désigne en grec et ce qui vit et ce qui vise. Mais la vie est un trait qui tue.


L'invisible harmonie vaut mieux que la visible.


Dieu tour à tour est le jour et la nuit, l'hiver et l'été, l'abondance et la disette, comme un feu mêlé d'aromates en reçoit la diversité des noms que l'on donne aux parfums.


La vie et la mort, la veille et le sommeil, la jeunesse et la vieillesse sont d'un seul et même homme, à tour de rôle.


Le naturel propre à chaque homme est son génie.


Excellent esprit, lumière sèche.

Héraclite

12/06/2020

"L'Éclat", de José Ángel Valente, traduction de Jacques Ancet, éd. Unes, 28/7/1987, 750 ex

L'extrême étendue de la nuit
comme un inextinguible
couteau.

Idée de l'aube.
                       Nous ouvrîmes tes entrailles.
Tu nous en éclaboussais comme la pluie
pendant que je les buvais
comme des oiseaux vivants.

José Ángel Valente

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La longitud extrema de la noche
como un inextinguible
cuchillo.

Noción del alba.
                          Abrimos tus entrañas.
Y tú las salpicabas como la lluvia
mientras yo las bebía
como pájaros vivos.

José Ángel Valente