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19/07/2016

"Sept figures palustres pour Jean-Luc Brisson", de Laurent Debut

De ce livre, qu'a édité Laurent Debut des éditions Brandes, lui-même poète, enté d'un estampage électrolytique de Jean-Luc Brisson : "Sept figures palustres pour Jean-Luc Brisson", tiré à 120 exemplaires le 2 mars 1985, on retiendra ses vers brefs, taillés à la serpe, aux accents chariens, dans la lignée de ceux d'un Jacques Dupin in "Une apparence de soupirail" (éd. Gallimard, 1982) :

"Mécanique des faces, entame au coeur foudroyé / la grenouille adopte le mouvement / et le mouvement est une couleur de la peinture.",

ou :

"Lente ligne en écart qui t'alimentes d'acidités, / ta palme ira noyant son ombre. L'éclat des matériaux / qu'on rive au futur se venge du dissecteur.

 Variation autour de la grenouille donc, la grenouille de laboratoire, livrée à la cruauté humaine (c'est le sujet de la gravure même), pour en arriver à cette phrase conclusive :

"En profusion d'herbe, dit la grenouille, je goûte le souffle d'une terre qui caresse la lèvre parce que nous ne savions pas que le jour commence aux premières eaux, ces passions, comme le sang ne connaît que le voyage du sang."

Chaque aujourd'hui de la vie du monde, chaque instant de l'expérience personnelle est comme tissé dans ce livre à la mystérieuse totalité d'une création dont le plus grand des "dépréciateurs" serait l'homme, qui pour se donner le change adopte comme dérivés l'art, les arts plastiques, les Lettres & caetera, condition sine qua non de l'existence de toute culture. Ici, s'inscrit le poète, son verbe, qui souvent invoque, appelle une présence qui se fait attendre, qui semble tarder, qui avive le désir ou qui parfois même désespère. Puisque le statut du signe est aussi bien tourné vers l'avenir que vers le passé, il en résulte que la parole poétique en ellle-même renvoie à cette double tension entre le sentiment, voire l'affectif qui touche à notre condition humaine et son expression : une condensation de la temporalité, nourrie de l'observation du monde, distraite des racines de la création.

Alors : "Tout est fortune pour l'image / du lieu où se partagent les effets du courant."

Et : "Le fil de l'eau conduit la source pour être raconté..."

Balance où la vie va, la vie vient, ou quitte la partie, mangée de nuit. Quand le poète, lui, rêverait que le fleuve du coeur toujours et sans fin fraye sa route à grandes foulées, à grandes eaux farouches... "La bête en moi qui bouge / en elle un ange rêve...["Contrechant", Jacques Dupin, in Cahiers GLM, mai 1949 ; repris dans "Cendrier du voyage", éd. GLM, juin 1950].

Rappelons s'il en est besoin que les éditions Brandes sont une maison associative née en 1976. Que Jean-Luc Brisson est un artiste plasticien, créateur de jardins, professeur à l'Ecole Nationale Supérieure du paysage, dont je vous invite à écouter l'intéressant entretien qu'il a eu avec Xavier Thomas sur Radio Grenouille :

http://www.radiogrenouille.com/audiothèque/
au-paradis-entretien-avec-jean-luc-brisson 

(résidence autour de la cité du Plan d'Aou, pour l'édition de son livre "Le Paradis", tout un programme !). Un moment de plaisir, vraiment.

 

                                                                       Daniel Martinez

 

13:28 Publié dans Auteurs, Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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