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26/03/2016

Hommage de Christine Van Acker

Voici, comme je vous l'annonçais, le texte de Christine Van Acker, écrit en hommage à Jean-Claude :

 

Ces derniers temps, il m'arrive de croire que mes productions radiophoniques construisent, comme les sept nains, des cercueils de verre. Les miens seraient de verre fumé. A l'intérieur, on pourrait y entendre des auteurs, des amis disparus. Leur voix continuerait à s'exprimer par elle-même. Elle les rendrait, pour un temps d'écoute, à la vraie vie. Mais, Pierre Autin-Grenier est mort, Jean-Claude Pirotte est mort, notre ami Michel est mort, leur voix est enterrée avec eux malgré l'illusion que peuvent donner ces quelques vibrations sonores diffusées sur les ondes. Chacun, l'un après l'autre, creuse autour de nous de larges trous. Un jour, il y en aura tant, des trous, que nous y sauterons dedans à notre tour.

De Pirotte, je garde l'image d'une cigarette roulée, d'un chat tigré installé sur ses genoux, de la maison namuroise où il était hébergé par l'un de ses amis quand il était de passage. Le corps est mince et un peu voûté, la gueule est barbue. Autour de lui volettent des anges nommés André Dhôtel, Jean Follain, Jacques Chardonne,... Plus tard, après avoir pris le temps de vagabonder dans ses livres, Pirotte se posera, lui aussi, sur mon épaule, aux côtés de Pierre Autin-Grenier, de Dhôtel, et de quelques autres dont je me sens proche. Loin du vacarme des villes, ils sont ceux qui aiment le travail de la langue, ils sont sincères même quand ils en font trop, ils ne se mêlent pas aux valets germanopratins, ils ont des frères nomades qui logent sous les ponts, et un goût certain pour le bon vin. De Pirotte, je garde surtout la petite musique de ses livres, un peu triste, pluvieuse. Pirotte faisait partie des écrivains pour qui le sujet, au fond, n'a pas trop d'importance, pour qui écrire c'est creuser, creuser pour trouver, tout au fond, ce qui finit par donner envie de se taire.

Christine Van Acker

www.lesgrandslunaires.org

 

 

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photo prise en 1994/95, la suivante un peu plus tard, à Namur

                                                              © Christine Van Acker

24/03/2016

Les "Lettres du Cabardès"

Jean-Claude Pirotte et les Lettres du Cabardès

Chercheur d’absolu, toujours à baguenauder à travers la province française pour  déchiffrer la musique secrète des paysages, Jean-Claude Pirotte était en quête du “vin qui n’existe pas”. Dans l’Aude, au pied de la montagne Noire, il découvrit un vignoble qui n’existait presque plus. Le phylloxéra, la surproduction, la morosité avaient entraîné l’arrachage d’une grande part de ces arpents de vignes plantés de cépages atlantiques et méditerranéens. En 1999, Pirotte a posé ses valises à Montolieu, village du livre. Enchanté par ces assemblages qui produisaient encore, malgré tout et tous, un vin de grande qualité, il décida de livrer combat. Comment ? En créant un prix : le prix Cabardès, financé par les viticulteurs qui venaient de remporter la même année une bataille contre l’uniformisation des pratiques vinicoles et du goût : la création de l’A.O.C. Cabardès. « Vous buviez, vous allez lire », lança l’auteur des Contes bleus du vin aux planteurs de merlot et de syrah.

 

Le prix fut attribué un certain nombre d’années : le lauréat se voyait remettre un foudre empli du vin en question. Jean Rolin fut le premier, pour ses Traverses. De fil en aiguille, Pirotte créa une collection de livres intitulée “Lettres du Cabardès”, qui accueillit, à La Table Ronde, Pendant que tu étais à Florence de Jean-Paul Chabrier et La sainte famille de William Cliff. Les éditions Le temps qu’il fait prirent le relais et publièrent, avec le concours de Jean-Claude Pirotte, des textes ayant peu ou prou rapport avec la géographie régionale : Michel Bernard raconta l’enfance de Charles Trenet à Narbonne : Comme un enfant, Lionel Bourg ses souvenirs dans Montagne noire, Gilles Ortlieb livra ses Carnets de ronde ou Serge Bonnery Le temps d’un jardin. Un esprit – comme on le dit pour le vin – s’était diffusé, qu’accompagnaient les “Après-midi des Cabardièses”, auxquels étaient conviés les adhérents de l’association et les autres, au prieuré d’Aragon, entre Ventenac-Cabardès et Fraisse-Cabardès.

 

Votre serviteur fut ainsi invité le 29 août 2003 à écouter Ya-Ou Xie interpréter Cimmarosa, Brahms et Albeniz, tandis que Pirotte lisait Reverdy. « Il y aura bien sûr du cabardès », formule magique, figurait, comme  chaque fois, sur le carton d’invitation...

 

Frédéric Chef       

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Gravure sur bois de Claude Huart, 1986 © Diérèse

 Tout prochainement, Christine Van Acker, des Grands Lunaires, en Belgique, viendra vous parler ici de Jean-Claude Pirotte. C'est elle qui ouvrait déjà la rubrique "Entretiens" du numéro 44 de Diérèse consacré au poète, plasticien, romancier, chroniqueur. DM

02/06/2015

La préparation du numéro de Diérèse consacré à Nicolas Dieterlé

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Cette lettre inédite de Jean-Claude Pirotte, qui m'apprend la gravité du mal qui l'assaille. Il n'empêche, il écrira des poèmes en hommage à Nicolas Dieterlé, et peindra des encres à sa mémoire, pour Diérèse...

                                                    Le 18 novembre 2011

           Cher Daniel,

          tu n'as pas pris l'exacte mesure de mon état de santé (plutôt de maladie).
Je suis harcelé de toutes parts, et je souffre même d'une tumeur rarissime dans l'oreille interne, presque inconnue de la médecine tellement elle est rare. Les douleurs engendrées par la présence de ce "glomus jugulaire" sont intenables. Pas de guérison connue, sinon la chirurgie à haut risque pratiquée par un seul chirurgien en France, à la dernière extrémité. Je suis à l'hôpital lundi prochain (le 26) pour tenter d'y voir clair.
          J'ai écrit une demi-douzaine de poèmes en hommage à N. Dieterlé. Je recopierai et t'enverrai dans la semaine. J'essaierai un ou deux dessins mais je ne promets rien - ce sera selon mon état.
          A toi, en toute amitié,

                                     Jean.