241158

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/11/2019

"Ce qui pend à ton poing comme un faucon mort", de Patrick Reumaux, éd. Elisabeth Brunet, 28 février 2002

Né sur les hauteurs d'Alger en 1942, infatigable traducteur, romancier, poète... Patrick Reumaux a publié deux recueils en 2002 chez Elisabeth Brunet, libraire-éditrice à Rouen : Journal invisible et ce livre de poésie dont je vous donne un extrait plus bas, d'un érotisme étonnant, plus allusif et plus sensible que celui de Bataille, à goûter comme un fruit mûr prêt à fondre en bouche, voici :

 

GRENADE

 

Intacte comme les roses arabes
Tu attends les seins penchés
que viennent te parler les odeurs
que les jardins t'entrent dans l’œil
que fusent les jets d'eau minimes du désir.

 

Je t'ai vue marcher et il m'a semblé
que tu marchais dans mon corps
une seconde peut-être
à l'instant où les nues sont devenues l'eau miroitante
et toi trouvant une somptueuse image
tu m'as fait comprendre quelque chose
qui a éclaté dans ma chair.

 

Tu dors
au premier plan la ville s'éveille
un chien sur les remparts
hurle à la lune baroque
la sierra pour s'enneiger
te saute à la gorge mais c'est du velours.

 

Une lampe s'allume
un chat rôde une étoile
l'incendie couve
je tremble entre tes genoux frais.

 


Patrick Reumaux

22:47 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

27/11/2019

"Nulle part", de Vincent Courtois, éd. du 6 rue Gryphe, juin 2018

Le monde est mis en scène par le mouvement
motorisé et, de l'extérieur, nous sommes
entr'aperçus, à peine reconnus et, dans cet écart
entre le visible et l'invisible, nous sommes
menaçants, le regard aussi froid et dur que
l'enveloppe qui nous contient.

 

Les vitres, dans lesquelles se brouillent les reflets
des passants, se lèvent et se baissent lentement
mais automatiquement. Elles cachent nos
intentions, les offrent tout à coup au regard dans
un léger gazouillement électrique. Nous sommes
dans le jouet, un jouet sérieux, technologique.

 

Une musique jaillit d'enceintes invisibles et
semble se mélanger à l'air climatisé : on a
l'impression de respirer le son ou d'être rafraîchi
par l'échantillon sonore d'un glaçon qui tombe
dans un verre.


Vincent Courtois

06:09 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

19/11/2019

"Œil immense", André Miguel, André de Rache éditeur, 1978

I


Qui nous étreint dans ses serres d'herbe ? Qui respire sous les feuillages ? Qui lance des pierres dans le ciel où elles disparaissent ?
Ouvre une vallée avec un ongle rouge.
Larde le rocher de coups de dents.
Le prunier se dédouble et danse la fin d'un jour ivre.


II.


Tu défais les nœuds serrés de la puissance verte.
On chuchote du côté des mousses blanches. Les doigts s'allument sur le bois épineux quand nous aspirons les lignes de la feuille la plus musicale.


Elle dit : "Je suis un ovoïde fruit, veiné, transparent."
Quand les nervures de ce pays se détachent et irradient, tu brises les gousses du sommeil, fraîcheur d'un espace retrouvé.


André Miguel 


Poète wallon de première grandeur, qui a publié dans Diérèse, sa poésie tout en sonorités défie les règles de la logique pure (bien heureusement). Sans être surréaliste, mais toujours en quête de l'esprit des mots, pour mieux les réagencer à sa guise et pour le plaisir de créer, il demeure leur plus fervent conducteur. DM

07:18 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)