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02/10/2017

"Indalo", Christian Saint-Paul, éditions Encres Vives, 6,10 €

Christian Saint-Paul que les auditeurs de "les poètes" (le jeudi de 20h00 à 21h00 sur Radio Occitania) connaissent bien, a publié en avril 2015 Indalo aux éditions Encres Vives qu'anime Michel Cosem. Wikipédia nous renseigne sur ce nom pas très commun : "l'indalo est le symbole de la ville d'Almería, de sa province et de ses habitants". Cette charmante ville d'Andalousie, son petit aéroport où les cigales se laissent entendre en soirée, est un point d'ancrage idéal pour déguster d'excellents fruits de mer en bord de côte à Roquetas de Mar (simple suggestion de votre serviteur, au demeurant).

Mais trêve de digressions, ce recueil mérite à plus d'un titre votre attention. J'ai particulièrement aimé les poèmes 10 et 11, et ne puis résister au plaisir de citer le premier ici :

10
Le poète par sa naissance
possédait le nom de cette ville pétrifiée de soleil :
Lorca
imitant Henri-Marie-Raymond de Toulouse-Lautrec
qui portait haut le nom de la cité occitane...
Pour se hisser à la Forteresse du Soleil
- nom du château qui protège la ville -
nous grimpons dans le quartier gitan
où la vie enfin apparaît
refoulant l'empreinte d'une vieille tragédie....
Le poète Pechuge
a vécu là au pied de ce quartier en hauteur.
Lorca
le fête
reconnaissante de ses beaux vers sur la ville...
Dans la Forteresse du Soleil
priaient les Juifs.
Les paroles psalmodiées s'en sont allées
avec le vent des oiseaux.
Dans les grands jardins
les religions se sont enfuies
vers un héritage invisible...
Les chrétiens de Lorca
qui n'avaient pas de portes du non-retour à passer
laissèrent les lieux en l'état.
Désabrité en sa demeure
Dieu a veillé sur sa pauvreté
et seule en Espagne cette synagogue
n'a pas été reconvertie
en temple chrétien.

                   Christian Saint-Paul

Cette "tolérance" religieuse se retrouve dans les vers du poème 11, avec cette fois l'évocation du château Nogalte, et des habitations troglodytes qui l'entourent, comme en Afrique (nous ne sommes pas loin de Tanger). La rivière El Cano ressemble à s'y méprendre aux oueds asséchés dont nous a longuement parlé Isabelle Eberhardt... Ce recueil de Christian a été chroniqué in Diérèse 66.

08:42 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

22/09/2017

Alain Lance s'entretient avec Michel Deguy

L'art poétique aujourd'hui

 

Aujourd'hui, Alain Lance interviewe Michel Deguy. Alain Lance est né en 1939. Poète et traducteur d'écrivains allemands tels Volker Braun et Christa Wolf. Il a dirigé la Maison des écrivains de 1995 à 2004. Michel Deguy est né en 1930. Poète et philosophe, il a publié de nombreux livres de poèmes, depuis Fragments du cadastre en 1960. Il a appartenu pendant 25 ans au comité de lecture des éditions Gallimard, a été président du Collège international de philosophie et de la Maison des écrivains.

Alain Lance : Depuis longtemps, l'écriture de vos poèmes s'accompagne d'une réflexion sur la poésie. Peut-on caractériser la situation actuelle de la poésie en France par, à la fois, une audience restreinte et un volontarisme affiché des pouvoirs publics pour encourager sa promotion ?

Michel Deguy : Certes, l'audience de la poésie se restreint à ce que l'on appelle les petits médias, petits éditeurs, petites revues, petits tirages, et l'on peut penser que cette tendance va s'accentuer. Et les initiatives prises par le ministère de la Culture ou le ministère de l’Éducation nationale ("Le Printemps des poètes", par exemple) pourraient laisser craindre qu'on ne songe à la poésie que pendant une semaine au mois de mars. Le reste du temps, ce serait l'atonie. C'est un risque. Mais je suis un peu las des lamentations. Faisons donc ce que nous avons à faire. On peut certes regretter que l'immense apprentissage par cœur du poème se perde, aux dépens de cette mémoire de la langue et de la poésie. Par quelle métamorphose ou mutation la retrouverons-nous ? Feignons d'être optimistes.

Les manifestations de poésie sont habituellement des lectures. C'est légitime, je ne le remets pas en question, j'y participe souvent, comme d'autres. Mais au cours de ces lectures, a fortiori s'il s'agit de poètes de langues différentes, il y a une énorme déperdition. Le souci de "poétique" est écarté puisque, pendant qu'on lit, récite, vocifère, on ne discute pas des affaires de la poésie : qu'est-ce que la poésie ? Que peut-elle encore aujourd'hui? A quoi bon des poètes ? Etc. D'ailleurs, je rappelle que dans l’œuvre de nombreux poètes essentiels (Du Bellay, Baudelaire et bien d'autres), outre le poème proprement dit, la réflexion sur la poésie occupe une place importante. Nous avons besoin d'une critique de la poésie. 

Mon projet est simple : plutôt que de solliciter critiques littéraires et théoriciens pour leur demander ce qu'ils pensent de la poésie aujourd'hui, j'invite des poètes (ndlr : rencontres sur ce thème qui se sont déroulées de mai 2002 à 2003, sur le site de la BnF) qui souhaitent faire part de leur réflexion sur la poésie, ce qui n'est pas le cas de tous, quelle que soit par ailleurs leur valeur intrinsèque. Cette rencontre ne peut être qu'internationale, car la mondialisation vient affecter tous les arts, également celui de la poésie. Y a-t-il donc une poétique mondiale de la poésie ? Peut-être que non, peut-être constaterons-nous des affrontements dispersés.

A.L. : Pouvez-vous esquisser la thématique des deux premières rencontres de la BnF ?

M.D. : J'introduirai donc ces rencontres en nous interrogeant : y a-t-il quelque sens commun (dans les deux significations de cette expression) aux questions qui touchent à la poésie ? N'intéresse-t-elle plus que les poètes entre eux ou continue-t-elle à donner la parole à une expérience universelle ? Nous pourrions nous demander ensuite ce qu'est cette mondialisation en termes de marché. Y a-t-il une valeur marchande de la poésie ? On sait bien qu'en termes de transaction, de circulation de biens, la poésie est affectée d'une grande faiblesse si on la compare aux oeuvres picturales, par exemple. Et cette non-appréciabilité diminue-t-elle l'existence sociale de la poésie ? Ces rencontres, je les nomme avec humour "États généraux de la poésie", car n'y dialogueront que quelques dizaines de représentants de cet art poétique. Mais qui le représenteront bien, du moins je l'espère.

A. L. : La traduction de la poésie, depuis quelques décennies, occupe une place importante dans l'écriture de nombreux poètes. La revue Po&sie que vous animez en est un bon exemple.

M. D. : Oui, la problématique de la traduction intéresse de plus en plus de monde, y compris les poètes eux-mêmes. Comment la littérature et particulièrement la poésie vont-elles, moins facilement que l'euro sans doute, passer les frontières? L'avenir, s'il y en a un, est dans cette immense conservation des langues.

22:55 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

19/09/2017

Jean L'Anselme nous parle de ses amis Gaston Chaissac et Jean Dubuffet

Avant de connaître Dubuffet, Chaissac avait fréquenté (et même avait été hébergé par) Otto Freundlich et son épouse, Kosnick-Kloss. Il connut aussi André Lhote, Gleizes. Il était donc possesseur d'une certaine culture artistique, même si sa culture scolaire était des plus modestes. C'est Queneau qui lui fit connaître Dubuffet.

1)

Avec lui, Chaissac fait peau neuve, il se refait une virginité en parfaite adéquation avec l'Art Brut : un brin de dérèglement (il en a déjà cliniquement souffert) qui rapproche de l'art des aliénés, des supports pauvres (on n'est pas chez les riches), un retour aux sources de l'enfance, l'oubli de la culture, celle-ci étant considérée comme "asphyxiante".

C'est cette dernière condition qui incita Dubuffet à me le faire connaître vers 1946. J'animais à l'époque une modeste revue intitulée "Peuple et Poésie" avec la complicité de Michel Ragon, n'acceptant dans ses rangs que des sujets "n'ayant pas usé leurs culottes sur les bancs des écoles". Chaissac, ancien palefrenier et cordonnier de son état, y collabora. Il apparaît que le bonhomme Chaissac n'est pas simple. Il tire orgueil de sa condition de peintre et n'a pas la reconnaissance facile. "La fidélité n'est pas mon fort", dit-il de lui-même.

2)

En revanche, Dubuffet est la générosité et la gentillesse mêmes. On parle rarement de son caractère. On le présente comme un ours. Il n'a jamais mis les pieds aux vernissages de ses expositions !, il refusa jusqu'au bout l'officialité et n'y succomba que sur la fin, lorsqu'il fut en mauvaise santé et n'eut plus la force de résister. Il avait très peu d'amis, ce qui fait que la part de chacun était plus grande. Curieusement, il était soutenu par des littéraires ; en revanche, il avait une montagne d'ennemis du côté peinture. On le croyait homme recherchant le scandale alors qu'il peignait des "énormités" en toute innocence et qu'il souffrait beaucoup du mal qu'on en disait. Il m'a demandé un jour si j'avais une idée sur l'identité de celui qui aurait pu écrire un pamphlet anonyme intitulé "D'Ubu, du bluff, Dubuffet", non pour s'en venger mais pour simplement connaître celui qui pouvait lui en vouloir à ce point.

Dubuffet  était un naïf au grand cœur, un homme désintéressé qui a dépensé une fortune pour créer un musée qu'il a voulu offrir à la France qui n'en a pas voulu. Ce sont les Suisses qui l'hébergent à présent, et ce musée est de réputation mondiale. Malgré tout cela, je vois courir çà et là des sous-entendus selon lesquels Dubuffet serait allé jusqu'à copier et spolier Chaissac.

 

Jean L'Anselme

10:17 Publié dans Arts, Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)