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04/12/2017

Le Château de Valéry larbaud (1881-1957)

CHATEAU.jpg

aquarelle avec mine de plomb, 15,5 x 23,5 cm

Un dessin de Valéry Larbaud, peint en 1890, qui est peut-être un des châteaux du Bourbonnais, avec douve et pont. Région de son enfance que Larbaud évoqua dans son recueil de contes Enfantines (1918) et surtout dans Allen (1927) :

"Bourbon-l'Archambaud, avec le château en ruines au-dessus du petit lac,
aujourd'hui tout champêtre, qui a reflété les bannières et les fêtes d'une riche
et magnifique cour féodale, nous fait songer à un grand arbre foudroyé,
ébranché, renversé, évidé, dans lequel les abeilles font leur miel : la ville
moderne, propre, bien tenue, avec les hôtels qui sentent la pâtisserie, et le
jardin de l'établissement thermal, serait-ce ce nid d'abeilles et ce miel.
"

Valéry Larbaud

11:11 Publié dans Arts, Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

01/12/2017

Joyce Mansour (1928-1986)

C'est au début des années 50 que Joyce Mansour, attirée par le surréalisme et le milieu littéraire français, s'installe à Paris. Elle est née en Grande-Bretagne, à Bowden, en 1928, de parents égyptiens, et a fait ses études en Angleterre, en Suisse et en Egypte. C'est à Paris qu'elle publie, en 1953, son premier recueil de poèmes, Cris, dont la parution est saluée avec chaleur dans la revue surréaliste Médium, animée par André Breton.

Révoltée d'instinct et éprise de liberté, Joyce Mansour trouve dans le surréalisme un écho à ses désirs et à son refus de la morale convenue. Mais, tout en participant aux activités du groupe, elle poursuit une oeuvre personnelle - contes et poèmes - dans laquelle une imagerie sexuelle souvent violente est placée au service exclusif de la beauté. Elle célèbre l'individu libéré de toute entrave.

Dans la première livraison du Surréalisme même (1956), Joyce Mansour, dans une nouvelle intitulée le Perroquet, fait rêver à haute voix un assassin, son frère en amour fou. Etrangère à tout arrivisme, J. Mansour publie au gré de ses amitiés. Et si Le soleil noir de François Di Dio accueille l'essentiel de son oeuvre, c'est chez Jean-Jacques Pauvert, en 1958, que paraît son livre le plus reconnu : les Gisants satisfaits. Roger Nimier s'enflamme, dans Arts, pour ce texte convulsif : "Quand elle pose une petite tache de sang sur le papier, Joyce Mansour compose d'excellents tableaux plats, contemplatifs, noirs, violets et jaunes ; ils contemplent leur lecteur et lui font l'immoral."

Quant à André Breton, il reconnaît une voyante en l'auteur des Gisants satisfaits : "Le jardin des délices de ce siècle, au volet de droite d'un bleu nuit toujours plus dévorant. Ne pouvait être appelé à nous le découvrir que qui disposait des plus hautes richesses, dont la pureté première, à l'image de celle qu'annonce la huppe magique et que le conte oriental nomme la tubéreuse enfant."

En 1967, J. Mansour fait jouer, à Paris, son unique pièce de théâtre : le Bleu des fonds, dans laquelle deux personnages s'affrontent jusqu'à la déchirure. Après la dissolution du groupe surréaliste, en 1969, elle collabore au Bulletin de liaison surréaliste et à la Femme surréaliste (Oblique, 1977).

La discrétion tenait lieu d'orgueil à cette femme d'une grande beauté qui opposait un humour aussi noir que sa poésie à toutes les vicissitudes de la vie. En 1983, elle avait participé à cet "amusement d'écrivains", réunissant notamment Eugène Ionesco, Nathalie Sarraute, Alain Robbe-Grillet et Florence Delay, pour jouer la pièce de Virginia Woolf, Freshwater. Au début de l'année 1986, elle avait publié Trous noirs (La pierre d'alun), son dernier recueil de poèmes. La camarde, qu'elle chantait pour mieux la conjurer, l'a emportée. Restent ses cris d'amour : 
      "Laisse-moi lécher tes yeux fermés 
        Laisse-moi les percer avec ma langue pointue
        Et remplir leurs creux de ma salive
        Laisse-moi t'aveugler."

Pierre Drachline

* *

        Bibliographie :

          - Cris, Seghers, 1953.
          - Déchirures, Minuit, 1955.
          - Jules César, Seghers, 1956.
          - Les Gisants satisfaits, Jean-Jacques Pauvert, 1958.
          - Rapaces, Seghers, 1960.
          - Carré blanc, Le soleil noir, 1966.
          - Les Damnations, Visat, 1967.
          - Le Bleu des fonds, Le soleil noir, 1968.
          - Phallus et momies, Daily Bul, 1969.
          - Ça
, Le soleil noir, 1970.
          - Histoires nocives, Gallimard, 1973.
          - Faire signe au machiniste, Le soleil noir, 1977.
          - Trous noirs, La pierre d'alun, 1986.

21:50 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

29/11/2017

"La proie s'ombre", de Gherasim Luca, éd. José Coti, 1991

André Velter, qui pour notre plus grand plaisir a participé à Diérèse, commente aujourd'hui un livre de ce poète étonnant, en mémoire :

"Être hors la loi / Voilà la question / Et l'unique voie de la quête." A cette question et à ce cheminement en forme de scrupuleuse mise à l'écart, Gherasim Luca ne s'est jamais dérobé. Né roumain en 1913, résidant à Paris plus de quarante ans avant sa tragique fin, il ne peut pourtant être présenté que comme un apatride d'expression française. Un homme de nulle part, qui parle ici une langue tout à fait sienne mais qui excède la nôtre au point de lui faire rendre gorge, de la provoquer, de la révéler. Car son pays, c'est son corps. Son identité, c'est sa voix.

Et s'il est un poète imprimé, avec onze titres au catalogue des éditions José Corti (rééditions comprises), Luca s'affirme d'abord présence, phrasé intense, silhouette noire livrée à la houle des syllabes et des sons. Mais cette houle, à l'instar de la pensée qu'il traque "vers le non-mental", ne s'apparente "ni à la tempête / dans un verre d'eau / ni au verre d'eau dans la tempête". C'est une subversion intime, un arrachement passionné, une profération amoureuse, ironique, essentielle, existentielle.

Il fallait donc voir et entendre Gherasim Luca vivre ses poèmes, comme en avril 1991 au Centre Pompidou, pour mesurer les enjeux d'une création funambule qui joue du mystère des mots en se tenant toujours instable, vertigineuse, démunie, sur le fil de la parole et du souffle. Avec La Proie s'ombre, le poète poursuit son parcours d'éveilleur de sens et de non-sens, d'aviveur de nerfs. Ce qui est à saisir échappe. La proie a mangé l'ombre, l'ombre se joue de la proie.

Gherasim Luca s'avance ainsi au bord extrême des signes et du vide, du désir et des songes, des légendes et du silence... "C'est autour de l'équateur mental / dans l'espace délimité par les tropiques / d'une tête / à l'angle de l’œil et de ce qui l'entoure / que le mythe d'une espèce de / jungle utopique surgit dans le monde". Ailleurs, il évoque, dans cet éclairage de magie sèche qui n'appartient qu'à lui, les dieux "sortis comme de l'accouplement de l'oiseau / et du rameau / et que les exilés du centre / adoreront un jour / entre les murs de leurs cités sombres...".

Unique, solitaire, farouche, voici un destructeur qui enchante, un écorcheur qui change le sang en ciel et le premier adverbe venu en promesse imprévue. Voici un grand poète, guetteur implacable des illusions, des faux-semblants, des mirages bien-pensants, et qui savait qu'aucun cahier d'écolier jamais ne retiendrait la liberté : "On ne s'inquiète et on ne lutte / que pour sauver ce qui est / et l'idée même de liberté / ne s'énonce qu'en termes d'esclave".

 

André Velter

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