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14/09/2019

"Ode à la Poésie (janvier 1984 - Janvier 1987)", de Mathieu Bénézet, William Blake & CO. éditions, 30 mars 1992

Un livre au format inhabituel (24,7 x 32 cm) de 64 pages, qui ouvre sur ce que le lyrisme convoie le plus directement, l’Émotion reine face au monde et son souci de la canaliser. Ici, ode autant qu'élégie, la vie rejoint la mort et dans ce laps le poète se voit dériver, de saison en saison, en un flux onirique où passé et futur s'entrecroisent sans fin, de tercets en tercets. Ajoutons que les exemplaires d'auteur contiennent une lithographie originale sur Arches d'Hervé Télémaque, pour le plaisir de l’œil. Il n'est de plus bel hommage à la Poésie, celle qui vit en nous et nous prête voix:

 

est-ce là le coude du chemin où l'inconscient d'enfant détruit
libère une autre voix qui à son tour souffrira s'exhaussera
halte où le cauchemar remonte dans la bouche du dormeur


de tout cela ne demeure que la barque d'y songer seul
au plus lourd d'un cœur sont lèvres aveugles qui me blessèrent
ô gestes d'amour tourmentés de fragments mobiles ô cent


bouches folles qui aspirent en moi si diversement détruit
sans corps véritable ô rêve à ma strophe et cela maintenant
par deux fois le pas d'enfant fit défaut aux syllabes du vers


ce furent saison d'automne savoir d'hiver d'une main suppliante
à la buée des vitres je traçais les lettres chacune des mots
d'une mort la mienne coulaient des fleurs brèves...


Mathieu Bénézet

 

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Hervé Télémaque

03:10 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

08/09/2019

"Paroles pour cette terre", tome 1, de Marcelle Delpastre (1925-1998), Edicions dau Chamin de Sent Jaume, décembre 1997

Les paroles de la terre

 

Cette terre - qui parle comme je parle, et qui me donne son haleine, et qui me donne son parler -
cette terre se dit ses paroles de terre, de terre labourée, de terre qui porte ses fruits.

 

De terre franche et de terre rugueuse, de sable, de gravier, d'ardoise et de rochers, de chaux, même de fer.
D'argile que la main travaille, la rouge, la blanche, la verte, celle qui sèche et celle qu'on fait cuire.


Elle se dit ses paroles de pierre. De pierre debout. De maison, de grange, de monument. La route et la cathédrale.


Elle se dit sa parole de vent. En passant sur les blés, en passant sur la mer, elle se dit ses paroles de sève.
Et sa parole d'eau, sur le fleuve et la source, en tournant et en écumant dans la noirceur des grandes eaux.


Et de la mer se vient bercer sa parole de sel, de soleil et de verre, et son haleine en monte comme une brume.
Elle se dit ses paroles de feu, lorsque la flamme bondit de joie, que la braise brille d'un soleil neuf.


Entendez sa parole de sang, de sève, de soleil, qui se chante dans la fièvre des morts et le rire d'amour.
Ses paroles de feu, de sang et d'or, lorsque le soleil la baigne tout entière dans la splendeur d'un ultime reflet.


Elle se parle, cette terre, elle se clame, s'acclame et se réjouit. Elle se déplore, elle se plaint, elle pleure et se parle à voix basse,
à voix si basse qu'à peine on l'entend.

 

Marcelle Delpastre

22:43 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

Christian Arthaud, "Encre", dessins de Vivien Isnard, éditions Cadex, septembre 1989

Christian Arthaud me disait avoir écrit ses poèmes "sur le paravent chinois de Raymond Roussel, comme il se doit." Écoutez cette voix, celle de celui qui tente de définir ainsi le geste poétique : "Contraction d'un chant (depuis toujours disparu) qui raconte comment saisir l'instant sans le trahir, c'est-à-dire en le laissant et en ne le laissant pas dans le bâton d'encre, le poème, par ses phrases coupées, devance le manque et s'efface aussitôt."

Le vent appliqué à chasser les nuages,
Les riverains intrigués par les cris des mouettes.
Qu'un seul aspect de la vie rurale,
Qu'un seul coup d’œil sur une sueur éternelle,
Et l'on s'étonne, et l'on se parle
Encore le soir devant la glace.
Les sacs des fermiers sont pleins ou sont vides.
La peur du poète est grande de ne plus s'émouvoir.

 

Je ne cesse d'oublier les paroles,
Je ne cesse d'oublier les démonstrations hâtives.
Mais si je parle et si je m'empresse d'expliquer,
C'est pour ne pas oublier
Combien ce qui sort de ma bouche doit à la nuit.
C'est pour ne pas oublier l'oubli de la nuit
Que j'aime alors parler et entendre parler
Sans savoir et sans vouloir.

 

Dans l'encensoir, la cendre froide.
La couverture en boule sur le lit défait.
Poussières sur les tables et les coffres.
D'autres mots pour dire une absence ?
Je laisse le vin me guérir des larmes.
Je vois à ma fenêtre les branches de prunier.
Je reste avec une ombre qui n'est pas la mienne.
D'autres mots pour dire une présence ?

 

La barque s'éloigne doucement,
Les couleurs de sa robe s'effacent,
Les eaux frappent le rocher,
Les branches du saule plongent,
Je suis tout à cet instant
Qui ne se dissipe pas.
Il me faut flâner dix jours encore
Avant de noircir une feuille.


Christian Arthaud

08:21 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)