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17/07/2019

Gary Snyder, traduit par Olivier Delbard : "Montagnes et rivières sans fin", Editions du Rocher, 2002

Très incomplètement traduit en français, un poète de la Beat Generation, né en 1930, Gary Snyder, que je vous laisse découvrir. Dans son livre paru en 1996, dont est extrait le poème qui suit, Rivers and Moutains Without End, il passe de l'Orient à l'Occident, se référant pour l'exalter à l'Ouest sauvage de sa jeunesse :

 

Assis en tailleur sous la tente basse,
faible lumière, après dîner,

 

buvant du thé. Nous vivons
dans le vieil Ouest aride

 

soulevons nos chemises peau nue
approchons-nous              les lèvres se touchent -

 

gestes de toujours.
Après l'amour, poèmes, poésie,

 

toujours nouveau, la même substance
vie après vie,

 

comme si Milarepa
avait quatre fois construit une tour de pierre

 

et qu'à chaque fois c'était comme la toute première.
Notre amour se mêle aux

 

Rochers et rivières

 

Gary Snyder

10:22 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

15/07/2019

Jean Laude (1922-1984) : "sur le chemin du retour", éd. Club du poème, 300 ex., Bonneville, novembre 1967

Un livre peu souvent cité de l'auteur des "Plages de Thulé", le mystère y règne et l'on songe à Georges Limbour.
Voici un extrait de ce récit, dédié à l'auteur tchèque Zdeněc Lorenc. De la poésie, assurément (en prose), avec le plaisir tout personnel cette fois de revivre par la pensée les marches estivales effectuées dans les massifs alpins : de hameaux - parfois vidés de leurs âmes - en villages, depuis les pentes du Brévent jusques à celles de la Grande Sassière... [Une autre histoire, pardonnez-moi]. En amitié, Daniel Martinez

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La lampe de celui qui écrit est toujours la première que voit le voyageur, lorsque, de nuit, ayant pris son bâton et son havresac, il s'engage d'un pas prudent sur le chemin du retour. A la chaude saison, l'aube se lève dès que le regard distingue, au loin, la masse confuse de la forêt. Comme si la joie d'une promesse était insoutenable, le ciel déjà très pâle devient blanc, d'un seul coup. L'on ne voit pas encore le lac, masqué par un éperon rocheux entièrement nu (et rouge). Un oiseau lance le premier cri. L'air bleuit. D'abord transparent, l'azur est de plus en plus soutenu. A l'orée éclatante de la forêt, le soleil tient sous son erre le pays tout entier. La mousse est parsemée de taches claires, immobiles : nulle feuille ne tremble. Nous avançons calmement, comme on glisse dans la mer. Gravie la pente roide du ravin, l'odeur des fleurs et des herbes sauvages se fait plus insistante. Alors s'espacent les chants alternés des oiseaux. Il y a le silence. La nuit. La lampe de celui qui écrit est toujours la dernière que voit le voyageur lorsqu'il reconnaît désormais sa tentative vaine et, une fois encore, fermé le chemin du retour. Une ombre légère passe dans les ténèbres et attarde, à travers la fenêtre engivrée, un regard que rien n'apaise. Celui qui écrit entendra bientôt s'ouvrir une porte, une femme crier. A ce que l'on prétend, jamais les loups ne franchissent le sentier qui marque la limite du village, qui coupe, un peu plus loin, la route bordée de statues...


Jean Laude

22:11 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

Henri Bergson (1859-1941) : le poète, conçu comme un "révélateur" ; avec, en regard, une oeuvre de Corina Sbaffo

A quoi vise l'art, sinon à nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience ? Le poète et le romancier qui expriment un état d'âme ne le créent certes pas de toutes pièces. Au fur et à mesure qu'ils nous parlent, des nuances d'émotions et de pensées nous apparaissent qui pouvaient être représentées en nous depuis longtemps, mais qui demeuraient invisibles : telle, l'image photographique qui n'a pas encore été plongée dans le bain où elle se révèlera. Le poète est ce révélateur.

 

Henri Bergson

La pensée et le mouvant, P. U. F., Paris, 1934

 

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Corina Sbaffo

07:58 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)