241158

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/08/2018

"Vers la steppe", de Joël Vernet, éditions Lettres Vives, 2011

VERNET BLOG.png

Hommes qui ont cherché les sources, les puits et les sources. Qui ont cherché en vain, mais se sont mis en marche. Seuls importent cet élan, cette tension soudaine, cette gloire du désir. Au bout, nous le savons, c'est la nuit. Mais avant, il y a le chemin, il y a les obstacles, toute une vie en relief, les éclats de rire, les ténèbres, la joie, l'ennui, la solitude, la maladie, l'incurie, la ferveur et des milliards de visages, des milliards de voix auxquelles notre petite vie tente de prêter l'oreille avec ses tambours, ses archets de trois sous. Oui, la mort nous donne toutes les forces. Je pense à tout cela sous la treille d'une maison, dans un village abandonné, quand un chat maigrelet me regarde de ses yeux immenses puis dépose sa vie à mes pieds, cherchant fortune entre mes jambes...


Joël Vernet

15:23 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

19/08/2018

Alain Suied (1951-2008)

Un poète de qualité, Alain Suied, né à Tunis (où j'ai effectué mes études secondaires, au lycée de Mutuelleville) qui a su traduire mieux que quiconque Dylan Thomas, John Keats, William Blake,(...) et néanmoins d'une grande modestie. A lire et relire: La lumière des origines, un recueil paru chez Granit en 1988. Un petit mot qu'il m'adressa peu de temps avant de tirer sa révérence à ce monde-ci, je vous en reproduis les dernières lignes, si justes :

SUIED BLOG.jpg

     Le présent désenchanté et aphone que nous traversons nous amène à redoubler d'attention, d'écoute, d'espoir. Mais n'est-ce pas toujours le fardeau lumineux du poète ?
     Dans la proximité,
     Avec gratitude,
     Alain Suied

10:27 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

03/08/2018

Du plasticien au poète : Max Ernst (1891-1976) & Paul Eluard (1895-1952)

Paul Eluard fut associé de près aux travaux de collages surréalistes de Max Ernst. Le poète écrivit plusieurs textes, publiés en 1948 sous le titre "A l'intérieur de la vue", inspirés de la série de collages que le peintre avait réalisés pour Valentine Hugo en 1932 (cette série comprend 8 "poèmes visibles" réunissant un ensemble de 20 compositions). Le "Second poème visible" a inspiré à Eluard le texte suivant :

"I

Six cent soixante-dix soleils, quand j'éteignis la lampe, descendirent dans le gouffre de mes yeux.

Comme au creux des Alpes, le rayon foudroyant du jour le plus court de l'année. La lumière contrariait mes habitudes, froissait la pudeur acquise dans les circonstances honteuses de la vie commune. Le rideau de cristal noir était crevé. Je me trouvais sous la loupe épouvantable de six cent soixante-six soleils et je me supposais couverts de boues, de croutes, de cendres, de poils emmêlés, de matières inconnues plus rebutantes que celles que je n'avais jamais osé toucher.

Le lendemain, les yeux ouverts, je me vis successivement revêtu de mousses, de flocons, de coraux, de glaciers et d'un petit feu tranquille et mordoré.

En somme aussi grand que nature.

II

Haute lignée des étoiles. De ses rames acharnées l’œil bat en vain le temps. Caprice d'un observatoire, premier caprice d'une vierge faible pour un gibier indifférent.

Elle vise au hasard et s'agite sans fin. Son regard est tenu en laisse.

Elle surveille de si loin toutes les routes. Rien ne passe. Et chaque flèche qu'elle envoie la déçoit.

III

Une femme, laissée sans lumière, ayant perdu celles de sa propre substance, de son premier état humain. Fantôme de l'iniquité, qui ravage les longues terres fertiles que j'explore. Bête vouée tout entière à l'impuissance des monstres vidés, elle se lève de mes pas, elle qui aurait pu tenir à mes côtés la place du plaisir englouti, du bonheur inconnu. Elle que rien ne préserva."

Paul Eluard