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21/04/2016

Une vie mouvementée : Gaston Ferdière, et la rencontre de Henri Michaux opus 1

   Gaston Ferdière est né le 16 février 1907 à Saint-Etienne. C'est un ami de jeunesse, Robert Maurice, auteur de plusieurs plaquettes, qui lui donne à découvrir "Keats et Shelley, mais surtout Mallarmé et les poètes des Marges."* Sa mère, née Cécile Riche, était caissière à l'un des trois "cafés Riche", achetés à Saint-Etienne, par ses parents ; elle meurt en 1926 d'une tumeur cérébrale. Gaston Ferdière fait à Lyon, après le baccalauréat, ses études de médecine. En 1931, il effectue sa cinquième et dernière année de médecine et obtient le diplôme "de médecine légale et de psychiatrie".

Avec sa femme Marie-Louise Termet, il s'installe alors en Val de Marne, affecté pour son premier poste à l'asile de Villejuif, y passe ses deux premières années d'internat. Puis il est affecté à Sainte-Anne, pour y terminer son internat, en 1936. A Sainte-Anne (Paris), Ferdière invite André Breton (lui-même médecin psychiatre) et Marcel Duchamp à déjeuner ; et peu à peu le cercle s'élargit, des liens se tissent avec le couple Tanguy, qui résidait rue du Chemin Vert ; puis avec Claude Cahun et Suzanne Malherbe, qui organisaient chez elles des expositions surréalistes. "Un jour, Suzanne Malherbe et Claude Cahun nous invitent à dîner, Marie-Louise et moi, en nous disant que cette fois elles allaient nous présenter à un grand poète... C'était Henri Michaux... Il était assez clair qu'il gagnait mal sa vie et vivait en solitaire, d'ailleurs sans désirer étendre ses relations... Nous allions, Marie-Louise et moi, le revoir souvent." Le couple divorce en 1942.

Il passe sa thèse de médecine (L'érotomanie. Illusion délirante d'être aimé), mais son anti-conformisme lui barre toute carrière universitaire. D'abord nommé dans le Cher ; puis, sur ordre de Vichy et à cause de son engagement politique, il est affecté en 1941 à l'hôpital psychiatrique de Rodez, qu'il quittera en 1948, pour un exercice privé, d'abord dans le pays basque, puis à Paris à partir de 1961 jusqu'en 1976.

Gaston Ferdière publiera six plaquettes de poésie, dont Ma mère Jézabel ("En marge", 1938) qu'il offrira à Hans Bellmer (qui a été l'un de ses patients, avec Unica Zürn) ; dans sa lettre du 24 fév. 1948, Bellmer le remercie pour ce recueil : "la lecture, dans le train même [pour Toulouse] de votre poème 'Ma mère Jézabel' et de votre étude m'a redonné l'équilibre, l'idée de non-solitude." A noter que son style n'avait rien de surréalisant. Ses premiers poèmes montrent plutôt l'influence de Francis Jammes, voire du Moréas des Quatrains... Pour les curieux, voici les cinq autre titres des recueils édités : L'Herbier, 1926, La chanson fruste, 1927, Ma Sébile, 1931, Paix sur la terre, 1936, Le Grand matin, 1945.

Les travaux et les curiosités de Ferdière – sur le versant linguistique – ont porté non seulement sur la poésie, mais sur les jeux de langage enfantin et les mots-valises. C'est ce goût du ludique qui explique qu'il ait confié à Antonin Artaud le photomontage de la contine "Roudoudou n'a pas de femme", et la traduction du poème "Jabberwocky" de Lewis Caroll. Artaud a vu un sens sexuel dans la contine et détesté le poème, Antonin écrit alors : "Quand on creuse le caca de l'être et de son langage, il faut que le poème sente mauvais, et "Jabberwocky" est un poème que son auteur s'est bien gardé de maintenir dans l'être utérin de la souffrance où tout grand poète a trempé et où, s'accouchant, il sent mauvais." (à ce propos, on se reportera utilement à la thèse soutenue à Paris VII par B. Zrim-Delloye, "Artaud, les psychiatres et l'institution psychiatrique", 1985). Mais il s'est remis à l'écriture : ce qui mérite ici d'être précisé, même si cette forme d'art-thérapie a été contesté par Paule Thévenin ("Oeuvres complètes", tome X, éd. Gallimard, 1979). C'est donc l'acte de naissance des Cahiers de Rodez, avec les péripéties éditoriales que l'on sait... 

                                                                                            Daniel Martinez

* les citations sont extraites du livre de Gaston Ferdière "Les Mauvaises fréquentations", épuisé.

Le numéro 42 de Diérèse (toujours disponible, 12,50 €), p. 129 à 143, contient un intéressant dossier "Gaston Ferdière".

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