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30/12/2016

Jean Hélion, extraits de ses Carnets

CARNET 1974

Il est dans la règle, dans l’usage plutôt, qu’il faut bien qu’à un certain moment l’œuvre aille de travers pour que s’engage le combat entre les forces les plus profondes de mon être et les richesses trop lourdes de l’œuvre en cours. Et ce combat doit toujours être le rappel de l’émotion directrice, sa victoire si possible, en tout cas sa mise à jour, sa déclaration. Un grand peintre, si ce mot n’est pas trop ridicule, conventionnel, mensonger, est celui qui, à tous les niveaux de l’échec contre-attaque avec ce qu’il porte de plus élevé.

Que le dernier coup de pinceau soit toujours une tentative de redresser la situation, d’indiquer la direction idéale et non une tentative de rendre aimable la pagaille du combat plus ou moins perdu.

Ne rien arranger. Jamais ! Aggraver plutôt.

Figurer, c’est mettre en évidence des structures naturelles diverses et définir leurs analogies par un rythme dans lequel elles sont enfilées comme des perles.

Percevra-t-on plus tard en examinant ce triptyque tous les jeux de parenté ?

Ex : 1) volet gauche, porteur de légumes : parenté de la feuille de journal passée sur ses bras avec les feuilles de chou voisines. L’argot le prévoyait.

      2) franche sensualité aussi de ces lames écartées et puis enchevêtrées des feuilles de poireaux.

Il y a dans tout organisme vivant un savoureux projet d’accouplement. Il faut le goûter dans cet état, en pointillé en somme. A distance de songe. C’est là qu’il est le plus fort dans la symphonie du tout. Il me semble qu’une rangée de filles nues couchées sur cet étal, les jambes pendantes – que de très loin ces légumes suggèrent – ce serait beau mais moins fort, moins durable, moins savoureux. Trop brutal pour chanter dans cette symphonie à laquelle j’aspire. Ça deviendrait un cri en soi : inchantable.

Le 21.11.1974

C’est en essayant d’aller tout droit qu’on sort de la route commune. Droit à la lumière ou droit à la nuit originelle, sources de toutes choses, seul réel, cher Novalis.

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1ère suite p. à l'atelier, huile sur toile, 114 x 162 cm, 1978

 

CARNET 1977-1978

Quand j’ai conçu, étudié, rassemblé, les termes d’un tableau, je suis comme un homme qui s’est procuré des armes. Il reste encore avec celles-ci à se battre. Comme s’il était nu. Sans armure ni matières. Je rencontre toutes sortes de situations hasardeuses dont la sortie n’est jamais gagnée d’avance : j’improvise. C’est la meilleure partie de la bataille. Ayant ainsi satisfait à toutes les raisons, je n’ai plus recours qu’à la force : aux forces qui s’agitent en moi dans tous les sens. Cependant, à tout moment je pense, avec agilité mais c’est surtout en sens contraire de la raison que demeure la solution. Dans la suite Pucière n°3, sous le banc j’avais d’abord ajusté une ombre brune ; c’est en vert que finalement je la peins et la valeur la plus claire fonctionne là où j’eusse d’abord mis la plus foncée.

Cependant, malgré les contradictions formulées, quelque part la raison profonde est satisfaite.

                                                                                   Jean Hélion

16:05 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

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