241158

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/07/2016

L'énigme du tableau de Van Gogh : "Paysage nocturne au lever de la lune"

C'est une énigme astronomico-artistique qu'ont résolue Donald Olson et Russel Doescher, deux astronomes de l'université du Texas. Au départ de leur enquête, une controverse sur la datation d'un tableau de Vincent Van Gogh, Paysage nocturne au lever de la lune. Cette oeuvre, propriété du Kröller-Müller Museum (Pays-Bas), a été peinte durant l'été 1889 alors que Van Gogh était soigné pour troubles mentaux à l'asile Saint-Paul-de-Mausole, près de Saint-Rémy-de-Provence.

C'est l'époque de la célèbre Nuit étoilée, dont l'étude a montré que le peintre, lecteur assidu de L'Astronomie de Camille Flammarion, respectait la place des astres dans le firmament. Passion qui a permis de fixer au 25 mai 1889 la date de composition de ce tableau, grâce aux logiciels astronomiques qui reconstituent les cartes du ciel au-dessus d'un lieu donné quelle que soit l'époque.

Déjà réputés pour avoir déterminé que l'étoile figurant sur une autre oeuvre de Van Gogh - La Maison blanche, la nuit - était en réalité Vénus, MM. Olson et Doescher ont voulu à leur tour se livrer au jeu de la datation. Si l'on se fie à la correspondance du peintre, le Paysage nocturne au lever de la lune a été réalisé juste avant une nouvelle crise de démence et une interruption de six semaines dans la production de Van Gogh. Certains historiens datent cet accès de folie au 7 ou au 8 juillet, d'autres aux alentours du 14. Mais il n'est pas impossible que ce paysage ait été composé à un autre moment.
Olson et Doescher ont voulu en avoir le coeur net. Van Gogh a-t-il respecté la position astronomique ? Se peut-il que la Lune se lève à l'endroit que son tableau indique et, si oui, quel jour précis était-ce ? Les deux Américains se sont donc rendus en Provence afin de retrouver le paysage figurant sur la toile.

Van Gogh installait souvent son chevalet dans un champ clos situé derrière l'asile avec vue sur les Alpilles. Ce fut aussi le cas pour ce tableau. Comme le prouve la comparaison avec une photographie actuelle, le peintre mettait un soin méticuleux à reproduire le relief de la montagne. Ayant ainsi pu déterminer les coordonnées de la pleine Lune sur la toile, Olson et Doescher les ont entrées dans un logiciel d'astronomie en indiquant la position géographique du champ. Ils les ont ensuite testées sur la période allant du 8 mai 1889 - qui marque l'arrivée de Van Gogh à Saint-Rémy-de-Provence - à la fin du mois de septembre, époque à laquelle le peintre expédie sa toile à son frère Théo.

Le programme a sorti deux dates : le 16 mai et le 13 juillet 1889. La moisson ayant été faite, puisque le tableau montre de petites meules de paille, seule la solution du 13 juillet est valable. Enigme résolue !


                                                                 Pierre Barthélémy

 _________

NB : à signaler le livre, des plus intéressants, de Viviane Forrester : Van Gogh ou l'Enterrement dans les blés, préfacé par Chantal Thomas, éditions du Seuil, mars 2014. La vie du peintre (sa naissance un an jour pour jour après le décès de son frère portant le même prénom, mort-né le 30 mars 1852), son entourage familial, son frère Théo en particulier. Voici quelques lignes choisies de ce livre (pages 266-267), où les réflexions de Viviane Forrester sont entrecoupées d'extraits de lettres adressées par Vincent à Théo :

C'est à Monticelli, à l'autre peintre, mort non loin d'ici, à Marseille, et "qu'on a dit si buveur et en démence", que pense Vincent, lorsqu'il revient du travail, avançant à travers les champs, à travers sa vie si austère, après un "travail et calcul sec où l'on a l'esprit tendu extrêmement, comme un acteur sur la scène dans un rôle difficile, où l'on pense à mille choses à la fois dans une seule demi-heure", car après le travail, la seule chose qui soulage, c'est de boire un bon coup, de fumer des cigares très forts avant d'engloutir du café "non parce que c'est bon pour une denture délabrée, mais parce que j'ai une confiance, une foi digne d'un idolâtre, d'un chrétien, d'un anthropophage, dans son efficacité". Efficacité nécessaire lorsqu'il est "en plein calcul compliqué d'où résultent l'une après l'autre des toiles faites vite, mais longtemps prévues d'avance. Et voilà qu'on dira que cela est trop vite fait, tu pourras y répondre qu'eux ils ont trop vite vu".

                                                                    Viviane Forrester

13:27 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.