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19/09/2016

Histoire de la vie de Johnny Friedlaender I

En 1930, Gotthard Joachim Friedlaender a dix-huit ans. Deux ans plus tôt, en trichant sur son âge, il se fait admettre à l'Académie des Beaux-Arts de Breslau. Sa référence : le "Doerner", le livre qui révèle les procédés techniques des anciens maîtres. Il fait alors la connaissance de Traut avec qui il voyage un peu (de Paris à Breslau), puis revient à Dresde fin 1935. Ville où Johnny (ce pseudonyme avait été choisi pour tromper l'ennemi) rencontre Léa Grundig, qui grave depuis plusieurs années, le peintre Hans Grundig, la danseuse Dore Hoyer et un descendant des frères Beham...

Tous ces jeunes artistes engagés politiquement forment une association Virage à gauche (Linkskurve). Friedlaender découvre Otto Dix, interdit d'enseignement en 1933 ; Johnny est arrêté, ainsi qu'il le raconte dans la note blog du 17 septembre, comme opposant au régime et incarcéré en forteresse. Il ne faut pas imaginer l'extrême droite allemande et ses métastases nazies sorties de l'ombre du jour au lendemain. Les mésaventures de ces artistes en particulier - qui plus tard seront qualifiés de "dégénérés" - sont là pour le prouver, s'il en était besoin.

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17/09/2016

Johnny Friedlaender opus VI

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Ici commence notre vie comme beaucoup d'Européens à cette époque. La fuite et l'horrible jeu de cache-cache devant les agents de la Gestapo : dans les granges, dans la montagne, et dans les cabanons. Et cette attente de la fin de ce cauchemar qui durait interminablement.
Après la Libération du pays nous nous sommes réinstallés à Paris, où je travaille depuis lors.

                                                               Johnny Friedlaender

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Henri Michaux offrit à Johnny Friedlaender en juin 1949 son fameux La Vie dans les plis, avec la dédicace suivante : "à Friedlaender    en toute amitié    Henri Michaux    & dans les plis aussi où nous ne sommes pour rien, nos rendez-vous manqués."

Johnny Friedlaender opus V

A présent, un extrait du Journal de Johnny F., inédit - vous le verrez, il est étonnant à plus d'un titre !... J'ai hésité à le donner à lire, mais il y a je pense ce devoir de mémoire, qui doit passer toutes les censures officielles ou officieuses. Très tôt, Friedlander a été, parmi les artistes de Dresde, le plus combattif envers les nazis... Comme indiqué sur l'enveloppe, ces pages ont été rédigées en 1974 ; le texte étant entrecoupé d'allemand, j'ai choisi la feuille pour moi la plus lisible, avec laquelle débute ce Journal :

 

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1912 : Je suis né à Pless, à l'extrême limite de la Haute-Silésie, qu'on appelait "Le Coin des 3 Empereurs". C'est un pays de grandes forêts et de longs hivers.
A Pless j'ai vu mes premiers guerriers moustachus. Guillaume II et Hindenburg qui sortaient de l'église - Dieu avec nous. - La guerre était fixée et les valeureux combattants sur la place (qui) a été peinte en rouge.
Le temps devenait trouble et inquiétant. Putschs et révoltes se suivaient. Le Plébiscite donnait la Haute-Silésie à la Pologne et il fallait partir. On se réfugiait à Breslau, capitale de la Haute-Silésie.
J['étais assez mauvais... biffé]e devenais élève d'un lycée que j'ai quitté après avoir reçu 2 consilium habeundi (conseil de partir, ndlr) à l'âge de 16 ans. - J'ai présenté des dessins à l'Ecole des Beaux-Arts de Breslau et j'ai été accepté comme élève chez Carlo Mense - chez lequel je restai très peu de temps - pour poursuivre (avec) Otto Müller (qui) me prenait dans sa classe - et je travaille assez sérieusement.

1929 : J'ai quitté l'école et pars pour Dresde où je m'installe définitivement. Je dessine et fais mes premières gravures.

1933 : Après un voyage à Prague, je suis arrêté dans un café à Dresde et mis en prison - transféré un mois plus tard au camp de concentration de Hohenstein (forteresse de Burg Hohenstein, en Suisse saxonne ; Johnny F. est relâché en décembre 1933, ndlr). [Mon séjour à H. devenait un peu plus supportable. biffé] Un jour je me trouvais installé dans une pièce du grenier [et j'étais obligé : biffé] où j'ai fabriqué des mois durant les portraits des dirigeants du 3e Reich et les portraits des épouses et fiancées de mes geôliers, d'après des photos plus ou moins bonnes. J'ai même fait le portrait d'un militaire torse nu au casque d'acier sur la tête, d'après nature celui-là. Dans ses yeux j'ai vu le regret qu'il ne pouvait pas épingler ses décorations sur la peau nue.

1934 : Le 31/XII j'ai été amnistié et devais me présenter tous les jours à la police.

1935 : Pour gagner ma vie, je quitte l'Allemagne et pars pour la C.S.R. (Tchécoslovaquie, ndlr) où j'ai fait les portraits de dames de la bonne Société de Potsdam.

1937: Un an plus tard je pars pour la Hollande où j'ai une première expo. Le journal fasciste du nazi hollandais Mussert m'attaque violemment. - La police des étrangers n'est pas tendre et je demande un visa touristique pour l'Exposition Internationale à Paris - avec la bonne idée de rester définitivement à Paris.
C'était un temps dur - Beaucoup de difficultés pour mon séjour et surtout pour des questions économiques.
Un jour j'ai participé à une exposition d'un groupe, "L'Equipe", et eu une très chaleureuse critique d'André Lhote.

                                                                                          Johnny Friedlaender