241158

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/04/2016

Henri Michaux et sa correspondance avec Franz Hellens (I)

 A propos de : "Sitôt lus, lettres à Franz Hellens, 1922-1952"

Une des dernières lettres "en recommandé", de Michaux à Franz Hellens : "Vite, frottez une allumette. En tout cas, NE LES PUBLIEZ PAS". Franz Hellens ne publie pas, mais, en 1963, "confie" ces lettres à un bibliophile, Robert Moureau, qui prend toutes les dispositions pour une publication. Un "projet de mise en lumière de ces documents" écrit joliment M. Leonardo Clerici, "resté inachevé par les interdits du destin" (Robert Moureau meurt). Une cascade de noms ici cités laisse supposer que ces lettres, "qui ne devaient pas être publiées" sont passées par pas mal de mains avant d'heureusement nous parvenir pour 1) compléter les oeuvres dites complètes de Michaux, 2) une meilleure connaissance des débuts du poète.
Dans ces années 22-24, l'écrivain Franz Hellens, alors auteur d'une Mélusine, avait fondé et dirigeait à Bruxelles Le Disque Vert, revue d'excellent aloi et donc de vie difficile, se transformant en Ecrits du Nord, redevenant Le Disque Vert, s'interrompant, selon l'état des fonds. Elle avait un correspondant à Paris, le jeune Pascal Pia, et se vendait dans une unique librairie du Boulevard du Montparnasse quand, de Bruxelles, on avait pensé à en envoyer quelques exemplaires.
Le jeune Henry (y) Michaux était à l'époque surveillant au "pensionnat de l'Athénée de Chimay". Il s'y ennuyait ferme. Il était possédé du désir forcené d'écrire. Quel meilleur moyen que de proposer à Franz Hellens une critique de Mélusine ? Tout en lui faisant part de ses projets : une étude scientifico-philosophique sur "un cas de folie circulaire". Une autre à partir du Rêve.

Un autre désir forcené : quitter Chimay pour Paris où, selon lui, existe une vraie vie littéraire, "dussé-je être chauffeur d'autos, un des rares métiers que je connaisse bien".
Il s'intéresse à "Cendrars Blaise", à "Marcel Proost" (sic). Il n'a pas d'argent pour les acheter. "Sitôt lus, je vous les renverrai".
La revue publie sa "Chronique de l'aiguilleur". Elle n'est jamais assez féroce à son goût. Il demande à
Hellens de lui envoyer "un bouc émissaire, un littérateur, sous-talent ou des individus touchant de loin ou de près à la littéraire (sic) sur qui je pourrais faire une critique archisalée de ma façon..." C'est que, pour parler de Mélusine comme il convient, il lui faut du temps. Et, pour lui-même, ce qui deviendra "Le Rêve et la Jambe" lui donne pas mal de tintouin. "Je ne sais rien faire à demi. Je ne sais pas accepter les idées des autres sur quoi que ce soit. Je suis, de force inventeur..." Il étudie des "ouvrages scientifiques sur le Rêve" et "il pense littéraire nouveau style".
Si l'on écrit, c'est en vue d'être publié. Il semble que pour l'auteur ce soit la mode, du moins pour les publications du Disque Vert, de payer l'impression. Le jeune surveillant distrait de son maigre salaire ce qui lui permettra de se voir imprimé.

Ses essais "philosophico-scientifiques" semblent avoir eu peu d'écho. Alors il va écrire à toute vitesse de "la prose Marcel Proust". 500 pages, "rien ne m'empêche d'aller jusqu'à des milliers". Titre projeté : "18 semaines à la maison... Ce sera lu, ce sera scandaleux mais aura 10 éditions, tandis que le Rêve il lui faudra 5 ans ou même plus avant d'être connu".

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

                                                                                              Maurice Nadeau

Les commentaires sont fermés.