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29/04/2016

Henri Michaux et sa correspondance avec Franz Hellens (II)

Suite et fin       ... Henri Michaux vient de temps en temps à Paris, 6 heures de train, puis finit par y résider. Sans le sou (il fait appel à Hellens), crevant de faim, parlant de mettre son pardessus au Mont-de-Piété si le Mont-de-Piété en veut, on est en janvier 1924, il ne doit pas faire très chaud.
Il ne fait pas qu'écrire. Il cherche au Disque Vert de nouveaux lecteurs, des abonnés. Il approche dadaïstes (Tzara) et surréalistes (Breton, Aragon, Desnos), il fait la connaissance de Jean Paulhan, de Jouhandeau (il sera surveillant dans le collège où Jouhandeau enseigne), de Philippe Soupault. Un emploi précaire dans l'édition lui autorise des "rires sarcastiques" à propos des épreuves dont il assure la correction. Il lit Freud, "Poisson soluble" qui vient de paraître. Il propose au directeur du Disque Vert de faire comme La Révolution Surréaliste une "enquête sur le suicide". Breton et Aragon n'y voient pas d'inconvénient. Peut-être croient-ils voir en lui un disciple belge. Le jeune Michaux, prudent : "Il ne faut pas avoir l'air d'avoir besoin d'eux, ou de faire partie d'eux". Mais, d'autre part, "gaffe" à un article de Pia dont "l'inimitié pour Breton et Aragon" est "bien connue et sotte". L'essentiel : "nous sommes avec la bonne et vraie avant-garde". Pour le quotidien : crampes d'estomac, causées par la faim, et maux de dents. Qu'importe ! "... je me trompe fort OU TOUT CE QUE J'AI FAIT CONCOURT A UN VASTE SYSTEME PHILOSOPHIQUE."
Il faut tout de même penser qu'il finit par en avoir assez de cette vie de bâton de chaise. Le 27 décembre 1927 il quitte Paris pour Amsterdam, s'embarque le 6 janvier 1928 pour l'Equateur. Il s'enfonce dans la forêt amazonienne. Il envoie une photo. "Je n'ai jamais connu un isolement comme celui-ci, même quand j'étais avec des matelots". Il revient, débarque au Havre le 15 janvier 1929. "Ne me croyez pas guéri des voyages. Je compte bien l'année prochaine (vers la fin) être en Extrême-Orient... Toujours entrer par une lucarne ! On a beau en être fatigué, il faut continuer pour éviter le pire".
Encore quelques lettres, de plus en plus espacées. Du genre foutez-moi (gentiment) la paix. Il est devenu Henri (i) Michaux, poète reconnu, auteur d'Un certain Plume, d'Ecuador, de recueils qui ont suscité l'admiration de quelques centaines d'amateurs, il peint, il a perdu sa femme dans des circonstances tragiques. En 1948, à quel propos ?, Franz Hellens m'envoie un texte sur Michaux que je publie dans Combat. Michaux s'énerve. "On ne parle que trop de moi."
Des extraits de certaines de ces lettres ont paru. D'autres, toujours du jeune Michaux, sont annoncées. "Vite, frottez une allumette". On aurait eu tort.
Michaux écrit à Hellens le 13 septembre 1952 : "L'étude sur M. (Mélusine), non terminée je crois, a dû se perdre". Un P.S. qui a dû faire sourire le bon, le brave Franz Hellens.

                                                                                              Maurice Nadeau

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