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31/12/2014

Vie du blog, et Vie tout court : décembre 2014

En ce dernier jour de l'année 2014, faire le point sur la fréquentation de ce blog bien sûr, pour vous informer que vous avez été 119 à 193 à le visiter quotidiennement ce mois-ci : merci à toutes et à tous. Comme quoi on peut, avec les moyens du bord - selon l'expression consacrée - partager et donner à connaître bien des poètes, de par le monde nôtre qui prend l'eau de toutes parts. A demain, pour les voeux à chacune et à chacun d'entre vous. DM

10:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

30/12/2014

"L'envol de l'année", poèmes de Michel Butor, dessins et peintures de Jean-Marc Brunet

Aux éditions A/B, vient juste de sortir (ce 20 décembre) un livre d'artiste de la plus belle eau, hors commerce, fort de ses 38 pages, avec des poèmes de Michel Butor que les lecteurs de Diérèse connaissent bien et des oeuvres de Jean-Marc Brunet, que l'on pourrait situer dans la mouvance de Joan Mitchell, du moins pour ses peintures. Dire tout le bien que je pense du travail de l'un et de l'autre, qui ont échangé bien des lettres, livrant ainsi, au fil de la plume, des parcelles de leurs univers respectifs, échanges qui ont vu naître des livres-objets, à quatre mains : Couples Errants en 2012, Migrations et Dissémination en 2014.

Avec L'envol de l'année, Butor fait le tour des saisons à sa manière, enlevée. Le printemps, par exemple : "les vergers se couvrent de fleurs / le chant du rossignol prolonge / les renouvellements du jour / dans l'archipel des crépuscules". Pas de ponctuation, vive les vers (tout à fait) libres qui plongent dans le quotidien pour en capter tout le suc et donner mémoire à ce qui n'en a pas. Grâce du poème en quelque sorte, que le scripteur tient entre ses doigts ; comme Brunet le pinceau, quand il réinvente à sa façon et pour le plaisir des yeux (qui en redemandent) "Les oiseaux de Butor" (huile sur carton, 30 x 24 cm, 2008).

Oiseaux qui justement conduisent le thème de la seconde partie du recueil, Migrations ; et là ce sont des dessins, où l'artiste use de la pierre noire et du pastel pour simuler le vol de ceux qui portent avec eux l'espoir, calligraphient la nue, vont d'arbres en arbres émerveiller dame nature de leurs chants. Ecoutons Michel Butor : "Nuages bateaux des filets / qui ramassent des poissons / et nous nous précipitons / comme si c'était pour nous / qu'ils avaient fait leur récolte/ mais nous nous méfions des hommes / qui ne nous comprennent pas". Voilà qui est bien dit : on l'aura compris, Michel Butor parle en lieu et place de ces créatures des airs que les campagnes (et encore !) continuent de respecter. Et regarde se faire et se défaire le monde des humains ; sans se payer de mots, sa poésie vise à l'essentiel, épinglant au passage les maux de notre monde, ancré dans ses vérités et dogmes. A l'inverse de l'écriture d'un Philippe Jaccottet, qui vise à la condensation d'émotions et sensations confuses, celle de Michel Butor décrit un monde perdu, à tous les sens du terme, mais que le poète est en mesure de restituer, par ses vers, comme bouteille à la mer. Il n'est plus ce "prince des nuées" que chantait Baudelaire, mais ouvre sur un espace intérieur révélé/restitué page après page, livre après livre. DM

* demain, je vous parlerai de la vie du blog, à bientôt.

14:00 Publié dans Arts, Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

25/12/2014

Courrier des lecteurs III

Voulant sans doute me donner la leçon, je reçois ce jour un message dont je vous livre le contenu, une citation d'Eugène Guillevic : "Le monde est un concours de chant sans jury ni récompense, que la joie de chanter." Soit : les prix et récompenses, aux oubliettes, mouais ! Un peu rapide comme jugement, à mon goût.

Peut-on comparer un grand cru millésimé avec une piquette de comptoir bu cul sec avant le turbin ? C'est ma question du jour. Heureusement que non. Mettre tout au même niveau, en poésie comme ailleurs, est de la pure démagogie, que Proudhon définissait comme "l'hypocrisie du progrès", stigmatisant les abus résultant de l'exercice du pouvoir par la multitude, comme tel opposé à la démocratie qui implique une éducation civique et politique. Il s'agit ici de culture, un sujet tout aussi sérieux.

Un exemple criant de cette démagogie est l'attitude de Sartre devant le Prix Nobel de littérature, le refusant avec ostentation, opposée à celle de Camus, l'acceptant avec modestie. L'extraction sociale de ce premier pouvait lui permettre aisément de cracher dans la soupe, certes pas pour le second. Et que retiendra l'histoire littéraire, hormis le simple geste de Sartre, médiatisé à outrance. Camus naturellement, et les libertaires, qui jamais ne l'auront renié.

Entendons-nous bien. Donner le Prix Nobel de littérature à Modiano me fait doucement sourire. Mais nul jury n'est infaillible. Et ce serait de ma part médire que de prétendre par là-même discréditer ce prix. Par ailleurs, bien des prix présentent un aspect quelque peu folklorique, mais bon, on a le droit de s'amuser aussi, dans un monde où peu ou prou l'inculture s'exhibe comme une carte de visite. Dans ces conditions, se faire mousser un peu, dans la cour des petits, n'a rien d'inconvenant...

                                                                                               Daniel Martinez