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21/02/2017

Une peinture anonyme

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Moirures VII

21/2/17

VII

Sur les tommettes un voile de pollen jaune pâle
la buée du passé
                           nous aurons davantage
sur la vitre un lait bleu coagule
à peine évoquée l'image
                           muée en modulation
celle du merle devant
la blessure du cerisier d'où s'échappe
une gomme translucide roussâtre
                           la moire des mots
une larme enchâssée une infime brèche dans la frondaison
             dans l'amande des yeux
perce la fine cire de la pensée        où butine
                                            l'irisant
la courte flamme des épis mûrs
douceur de l'air             lumière d'ici-bas
               le premier éclat des choses
en somme

                                               Daniel Martinez

19:23 Publié dans Moirures | Lien permanent | Commentaires (0)

Un entretien avec Pascal Quignard I

D'où vous vient cette passion pour l'écriture ?

Pascal Quignard : (Long silence...) Autant demander à quelqu'un la raison de son symptôme. C'est comme ça. De là ma difficulté à vous répondre. Ce que je peux dire en tout cas, c'est qu'écrire n'est pas un acte de volonté. Je crois que j'aurais pu passer ma vie à lire. Le symptôme, autrement dit l'écriture, c'est utiliser le langage mais sans essayer d'attirer l'attention, sans rompre le silence ni le cours des choses. Laisser à tout prix le langage sous sa forme muette, écrite. Enfant, j'ai eu quelques problèmes, la nourriture s'est éloignée, la parole s'est éloignée. Ce qui m'a certainement conduit à me plonger dans des langues silencieuses comme le latin ou le grec. Ce sont les langues aïeules, les langues qui sont à la fois mortes et originaires.

Comment et quand est né votre premier livre ?

Pascal Quignard: Pendant la grande grève qui a suivi les mois de mars, avril, mai 1968. J'étudiais alors la philosophie à Nanterre. En 68, j'avais 20 ans. J'étais le condisciple de Daniel Cohn-Bendit - que j'ai revu des années plus tard sur un plateau d'Apostrophes... En juin, je me suis dit que de toute façon j'allais abandonner la philosophie parce que je trouvais que la pensée avait revêtu un uniforme, et même une redingote, qui ne me convenait plus. L'enseigner m'a soudain paru tout à fait inintéressant. La philosophie est une forme de pensée qui parle au nom de tous et qui est liée à la naissance des cités. J'ai désiré m'affranchir de cette tutelle collective. Je suis parti à Ancenis-sur-Loire, où ma famille possédait un orgue. J'ai écrit un livre sur Maurice Scève, l'auteur de la Délie, que je considère comme le plus grand poème d'amour écrit en français.

En quoi cette poésie de la Renaissance était-elle en écho avec cet air de révolte qui soufflait alors ?

Pascal Quignard: J'avais besoin de passer par quelque chose de plus ancien et d'aussi effervescent que la passion. Le plus ancien ma paraît toujours plus sauvage. J'ai adressé ce manuscrit par la Poste aux éditions Gallimard, et c'est Louis-René Des Forêts qui m'a ouvert les portes. Aussitôt il m'a fait entrer dans le groupe de la revue L'Ephémère, aux côtés de Celan, de Du Bouchet, de Leiris. J'écrivais des textes sur l'insurrection qui faisaient appel au monde tragique des Grecs, à la fin du monde alexandrin, et au monde romain.
Je voulais alors redonner quelque chose de plus rudimentaire et de plus corrosif au langage, j'étais très attaché à le dépouiller de ses formes récentes. En fait, c'est la langue de la poésie qui est la plus corrosive. Mais soudain il me faut dire ceci : toute espèce de justification sur le moyen d'expression qu'on a choisi pour survivre est du baratin. C'est toujours très contingent et inexprimable. Moi, j'aurais dû être musicien comme on l'avait été dans ma famille depuis trois siècles. A la fin de l'été 68, à Ancenis, chaque matin, je montais à la tribune de l'orgue de l'église, et ma grand-tante, qui en était la titulaire, pensait que j'allais lui succéder. C'était la logique.

Il y a donc quelque chose de paradoxal dans le choix de la littérature ?

Pascal Quignard: En tout cas quelque chose de contradictoire dans ma vie. Lorsqu'on a, d'un côté, une famille maternelle de grammairiens, de gens qui ont écrit une histoire de la langue française en douze volumes, et de l'autre des musiciens, on est conduit à rapiécer les deux étoffes, les deux traditions, à tenter de réunir les parentèles, de souder les généalogies, de tendre les cordes avec vigueur sur la touche et d'accorder les deux mondes.
La contradiction, elle est dans mon corps, puisque je n'ai choisi ni la musique, ni la grammaire. J'ai répondu à cette tension par le silence. D'abord, celui de l'enfance, qui était un mutisme involontaire. Ensuite, celui de l'écriture, qui est presque aussi dense que celui de la lecture. Ce déchirement est peut-être même à l'origine de toutes les démissions que j'ai pu donner au cours de ma vie professionnelle, de tous mes départs, du fait qu'aujourd'hui je n'occupe plus aucune fonction sociale. Il y a dans la rupture avec la société, dans la sécession, quelque chose qui m'enchante et me guide...

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