241158

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/03/2017

"Vertiges", d'Alain Fabre-Catalan

Vertiges, d’Alain Fabre-Catalan, Cahier du Loup bleu, coll. Les Lieux-Dits. Dessin de Cyril Barrand


Le monde. Nous y sommes et nous n'y sommes pas. Qu'est-ce que nous percevons de notre vie, de nous-mêmes, de ce qui nous entoure ? Vertiges nous fait suivre un chemin, où nous entendons, où nous voyons, où nous sentons ce qui sans cesse se présente et s'éloigne, ce qui nous manque pour que le monde soit monde, et qui pourtant s'offre à nous comme au promeneur émerveillé. Émerveillé ? On pourrait en douter à suivre les jalons disposés au long du chemin, les titres regroupant deux ou trois textes : Ignorance, Soif, Égarement, Promesse, Traversée, Douleur, Éclaircie, Chimère, Ravin, Arrêts, Verticale. C'est en effet que la lumière ne cesse de paraître et de se dérober, c'est que nous sommes toujours à la lisière, où miroitent abîme et éboulis, jour et nuit, pierre et rivière, parole et silence, vie et mort... Et pourtant, à la lecture de Vertiges, à travers un flot de correspondances cosmiques, oui, nous sommes émerveillés par « ce que voient les oiseaux qui passent et repassent inlassablement, au-dessus du pré carré où se dessine un enchevêtrement de stèles renversées, dans la lumière rase où s'accroche la promesse de la nuit », et, comme le poète, nous sondons « le vide dans un surcroît de paroles ». Car c'est bien la poésie et la superbe écriture d'Alain Fabre-Catalan qui nous donne le vertige, « le vertige de la phrase, l'imperceptible clarté qui ne cesse de vivre comme un présage entre les mots » (Égarement). L'appel vient de l'ombre, affirme le poète (Arrêts), et, avec lui, nous l'entendons, nous le suivons, « avant de trébucher sur la dernière marche » (Arrêts). Oui, sans doute, nous restons en ce monde, « dans l'étendue infranchissable » (Verticale), mais « avec l'éclat de l'enfance qui ne s'éteint pas » (Égarement).
Vertiges peut être lu comme une poésie ésotérique, un récit initiatique, une quête intérieure aux multiples images éblouissantes. Et pourtant, en lisant et relisant ce recueil, c'est la clarté qui domine, une sorte d'intelligence de notre propre condition, où nous sentons, nous aussi, « la brûlure de l'éclair qui n'en finit pas » (Verticale).


                                                                            Olivier Massé

16:28 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (0)

28/03/2017

Au Printemps

      Les bleus de la terre

      De toute paille l’épi mutin
      Perçoit l’infime battement
      Au cœur du temps noué joue
      Le premier atome de sang

      A l’unisson des ramures
      Parmi les signes capiteux
      Quel fil au carillon de pierre
      Esquisse la raison du poème

      Où mue se mire et se moire
      La pièce d’eau dormante
      Entre l’air et la lumière
      Les premiers apprêts du Printemps

      La matière et le sujet
      Le bleu de safre mis à nu
      Pour elle au bord du silence
      L’empreinte vive des peupliers


* * *

 

      Les chemins oubliés

      La coque de l’amande que forent
      Mille têtes d’insectes
      Entre l’os et la peau condense
      La fuite monotone des jours

      Tout commence d’un rien
      Fortune de l’ombre
      La lézarde plus profonde
      Sur la roche qui affleure là

      Jamais n’épuise la rumeur
      Ni ne ferme les lèvres du chêne
      De la solive où s’accroche
      La pipistrelle qui me guette

      Il n’est qu’un pas pour pénétrer
      Dans l'espace de la grange
      Pages fumées et flashes blancs
      La vie n’est plus ce qu’elle était


                             Daniel Martinez

27/03/2017

Le musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine

Il aura fallu deux films, bientôt trois, pour qu’on sache qui était Camille Claudel. Isabelle Adjani en 1988, Juliette Binoche en 2013 et bientôt Izïa Higelin dans Rodin, en salles le 24 mai prochain, ont prêté leurs traits à la sculptrice du XIXe siècle et lui ont permis de retrouver sa place dans l’art. C’est en partie grâce à elles que la ville de Nogent-sur-Seine (Aube) a mis le paquet – 12 millions – pour lui créer un musée dédié, qui a ouvert le 26 mars.

Quand Auguste Rodin, sculpteur reconnu de 43 ans, rencontre Camille Claudel, 19 ans, c’est le coup de foudre. S’ensuit une relation passionnelle qui se terminera dans la douleur. Dans Camille Claudel, elle est vue comme sa muse, lui comme son mentor. Jusqu’au moment où elle sombre dans la folie, pensant qu’il l’a utilisée pour se mettre en valeur. « Elle avait une affinité avec le style de Rodin, car leur sensibilité était commune », commente Cécile Bertran, conservatrice de ce nouveau musée. Au-delà de leurs amours, Rodin et Claudel sont surtout dans une incroyable relation d’émulation artistique. « Leur confrontation a été déterminante pour le développement de l’œuvre artistique de chacun », explique Cécile Bertran. Le musée le montre en mettant en avant leur travail autour du Baiser, la manière dont Rodin a repris La jeune fille à la gerbe de Claudel, ou encore en mettant côte à côte leurs œuvres toutes deux intitulées Femme accroupie.

Si Camille Claudel avait un talent comparable à celui d’Auguste Rodin, comment se fait-il qu’elle ait dû devenir une héroïne de cinéma pour qu’on s’intéresse à elle ? « De son vivant, Rodin avait fait une grosse donation à l’Etat pour ouvrir son musée à sa mort, rappelle Cécile Bertran. Tandis que l’internement de Claudel, les trente dernières années de sa vie, ne lui a pas permis de valoriser son œuvre ». Le musée créé à Nogent-sur-Seine rend enfin justice à la sculptrice d’exception. Il replace son œuvre dans la continuité des sculpteurs nogentais du XIXe siècle pour montrer sa singularité. Évidement, Rodin occupe une grande place dans la visite, notamment grâce à des prêts de musées. Mais sa présence est limitée à son influence, donnant toute leur ampleur aux spécificités de Camille Claudel.


                                                                      Claire Barrois

16:47 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)