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28/02/2019

Une lettre de Lucie

Lumière, oui. J'y pense dans la lumière à ma maison, maintenant. Serait-ce grâce à vous qui l'avez réveillée ? Ce que vous dites du temps, j'ai envie de le dire aussi de l'ombre et de la lumière : je vois un rayon de soleil fin, fin, qui se faufile dans les branches d'un arbre et vient buter sur une feuille. Il la fait scintiller, car bien sûr dans mon rêve elle est jeune et brillante - c'est le printemps ! - mais elle, à cause de cette lumière sur elle, projette une petite ombre sur mon pied, une ombre qui a la forme de sa forme à elle. Il faut que la lumière existe pour que l'ombre s'imprime sur moi. Le temps, je crois que je ne veux pas y penser. De plus en plus, il me paraît infini. Vieillir n'est qu'un mot. Le temps qui s'écoule là, maintenant, je ne le sens pas passer sur moi, je commence seulement à lui accorder le droit de passer. Je ne me bats plus avec lui. Je sais qu'il me faudra un temps infini pour atteindre ce que je cherche - j'ai envie d'employer le mot un peu désuet de pureté - et que ce temps infini, eh bien, j'en dispose. On m'a souvent dit que j'étais folle, je vous en prie, pas vous, ou si vous le pensez un tant soit peu, soyez bon,taisez-le.


Lucie

27/02/2019

Hélène Mohone (1959-2008)

MOHONE 16.jpg

Sans titre, huile sur toile


Hélène Mohone est présente dans quatre numéros de Diérèse.

10:03 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

26/02/2019

"La part de l'aube", Eric Marchal, éd. Anne Carrière, 2013

Samedi 20 décembre 1777


     Les dégâts de la tempête avaient été considérables. La grêle et le vent avaient endommagé de nombreuses toitures, des devantures de boutiques et une multitude de vitres. Plusieurs barques avaient coulé dans le port de Saint-Jean et le port du Temple, les tentes du marché s'étaient volatilisées et les marchandises qui n'avaient pu être mises à l'abri avaient été détruites ou volées. Outre le clos Billion, la foudre avait provoqué plusieurs départs de feu, dont un dans l'arsenal, où la catastrophe avait été évitée de peu. De nombreuses bêtes, laissées dans les champs, avaient été blessées ou tuées sous les coups des grêlons ou à la suite de chutes d'arbres. Les halabés avaient fait quelques apparitions dans les maisons et jardins du quartier et de la ville, dont une remarquée lors de l'office du samedi à l'Antiquaille. Puis les rescapées s'étaient éteintes avec les gelées du lendemain. Le lundi, les premiers flocons de neige faisaient leur apparition, et le mardi la ville était recouverte d'un léger tapis blanc...
     Le rire de Michèle avait chassé provisoirement toutes les tensions qui tiraillaient Antoine. Elle l'avait entraîné dans une longue marche à travers la ville enneigée qui s'était terminée place Louis-le-Grand, où plusieurs traîneaux attendaient les clients pour des courses sur l'immense étendue poudreuse. La pratique avait été longtemps réservée à l'élite, qui possédait ses propres véhicules valant jusqu'à dix mille écus. Elle s'était petit à petit ouverte aux bourgeois qui, contre une dizaine de louis, pouvaient louer à l'heure des traîneaux plus modestes et moins performants. Savarin le charron en avait lui-même construit un, entièrement en bois, qui ressemblait à un double fauteuil monté sur deux larges patins peints en rouge. Le sien était décoré d'une figure de lion. Savarin en était très fier et le sortait de son atelier à chaque nouvelle neige.


Eric Marchal

11:47 Publié dans Librairie | Lien permanent | Commentaires (0)