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14/11/2016

Lecture et signature du "Temps des yeux"

Ce week-end des 12 et 13 novembre, votre serviteur a signé son dernier opus paru aux éditions Le Lavoir Saint-Martin : "Le Temps des yeux".
Merci à toutes celles et à ceux qui ont fait le déplacement à la Halle des Blancs-Manteaux où se tenait le salon de l'Autre livre.
Une lecture d'extraits du livre, par Robert Birou, le dimanche à midi, a accompagné cette signature.
Amitiés partagées, Daniel Martinez

11/11/2016

Le poète catalan Joseph Vicens Foix (1893-1987)

Né en 1893 à Sarrià, dans la banlieue de Barcelone, Joseph Vicens Foix, après des études de Droit, publie des articles, en 1917, dans la revue La Revista et des traductions en catalan des futuristes italiens dans Troços. Dès l'année suivante, il traduit Tzara, Soupault, Breton et Eluard. Rédacteur littéraire, de 1922 à 1936, de La Publicitat, il entreprend alors l'écriture de Diari 1918, un ensemble de 365 proses brèves, dont il extrait ses premiers livres : Gertrudis (1927) et KRTU (1932). Son premier recueil de vers, Sol, i de dol, imprimé en 1936, ne sera diffusé qu'en 1947, la censure franquiste interdisant alors les publications catalanes.

J. V. Foix, qui se veut le témoin de ce qu'il conte, consacre plus de temps à la gestion de la pâtisserie familiale de Sarrià qu'à la promotion de ses œuvres et, jusqu'à la parution des Obres poétiques, en 1964, le tirage de ses livres ne dépasse pas 300 exemplaires. Pourtant, des recueils tels que Irreels omegues (1948), On he deixat les claus (1953) ou Darrer communicat (1962) l'ont déjà fait reconnaître comme l'un des poètes catalans les plus importants de notre temps.

Ami de Joan Miró, Salvador Dalí et Paul Eluard, Joseph Vicens Foix voulait que chaque poème fût un cri de liberté posé à même les murs des villes. "Le poète, magicien, spéculateur du mot, pèlerin de l'invisible, insatisfait, aventurier ou chercheur, à la limite du sommeil, n'espère rien pour lui. Pas même la rédemption", écrivait-il à son amie Clara Sobiros.

Les lecteurs français auront dû attendre l'automne 1986 pour que paraisse, sous le titre Poésie Prose, une traduction de ses œuvres aux éditions Le temps qu'il fait. Mais il n'est jamais trop tard pour apprécier un poète qui manifestait dans ses textes son peu de goût pour "les grands, les satisfaits, les assis, ceux qui sont conformes et les veuves chastes et résignées". 

Joseph Vicens est mort le jeudi 29 janvier 1987 à Barcelone. Il devait présider, le 12 février 1988 à Barcelone, une importante réunion d'intellectuels et d'artistes catalans pour l'indépendance de la Catalogne. Cette exigence d'une Catalogne indépendante, qu'il manifesta dès sa jeunesse, ne l'aura jamais quitté, même s'il dut se montrer prudent sous le franquisme.

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Du peintre au poète : Max Ernst & Paul Eluard (1895-1952)

Paul Eluard fut associé de près aux travaux de collages surréalistes de Max Ernst. Le poète écrivit plusieurs textes, publiés en 1948 sous le titre "A l'intérieur de la vue", inspirés de la série de collages que le peintre avait réalisés pour Valentine Hugo en 1932 (cette série comprend 8 "poèmes visibles" réunissant un ensemble de 20 compositions). Le "Second poème visible" a inspiré à Eluard le texte suivant :

"I

Six cent soixante-dix soleils, quand j'éteignis la lampe, descendirent dans le gouffre de mes yeux.

Comme au creux des Alpes, le rayon foudroyant du jour le plus court de l'année. La lumière contrariait mes habitudes, froissait la pudeur acquise dans les circonstances honteuses de la vie commune. Le rideau de cristal noir était crevé. Je me trouvais sous la loupe épouvantable de six cent soixante-six soleils et je me supposais couverts de boues, de croutes, de cendres, de poils emmêlés, de matières inconnues plus rebutantes que celles que je n'avais jamais osé toucher.

Le lendemain, les yeux ouverts, je me vis successivement revêtu de mousses, de flocons, de coraux, de glaciers et d'un petit feu tranquille et mordoré.

En somme aussi grand que nature.

II

Haute lignée des étoiles. De ses rames acharnées l’œil bat en vain le temps. Caprice d'un observatoire, premier caprice d'une vierge faible pour un gibier indifférent.

Elle vise au hasard et s'agite sans fin. Son regard est tenu en laisse.

Elle surveille de si loin toutes les routes. Rien ne passe. Et chaque flèche qu'elle envoie la déçoit.

III

Une femme, laissée sans lumière, ayant perdu celles de sa propre substance, de son premier état humain. Fantôme de l'iniquité, qui ravage les longues terres fertiles que j'explore. Bête vouée tout entière à l'impuissance des monstres vidés, elle se lève de mes pas, elle qui aurait pu tenir à mes côtés la place du plaisir englouti, du bonheur inconnu. Elle que rien ne préserva."

                                                            Paul Eluard