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15/11/2016

Jules de Goncourt (1830-1870)

Si les frères Goncourt publièrent leurs romans sous une double signature, ils assumèrent en revanche séparément leurs œuvres graphiques respectives. La fine aquarelle rehaussée d'encre brune ci-dessous (27 x 33 cm), inédite, citée par Jules de Goncourt dans son Journal, que je vous invite à lire, représente une "maison en bois" où Jules et Edmond de Goncourt situent leur récit Une revendeuse.

En juin 1849, les deux frères entreprirent un tour de France qui les mena entre autres en Bourgogne et qui s'acheva finalement à Alger. Dans L'Eclair du 26 juin 1852, ils publièrent sous leur double signature une relation de leur passage à Mâcon, intitulée Une revendeuse, qu'ils intègreront ensuite en 1856 dans leur recueil Une voiture de masques. Ce court récit évoque leur visite à la brocanteuse Madame Javet, établie dans la célèbre maison de bois de Mâcon - une des plus anciennes de la ville - située sur l'actuelle place aux Herbes :

"En remontant la rue qui débouche sur le pont de la Saône à Mâcon, vous trouvez à gauche une vieille maison en bois.
La maison est trouée de petites fenêtres qui bâillent, étranglées, pendant deux étages, entre des colonnettes cannelées, striées, imbriquées, losangées, rubannées, chacune d'un dessin différent du dessin de sa voisine. Sur les colonnettes s'appuient des frises peuplées de satyres et de femmes nues, celles-ci attaquant ceux-là à travers des guirlandes de fleurs en ronde-bosse, - naïve interprétation mythologique, que les Mâconnaises ne peuvent regarder qu'en échappade. - Quelques petites lucarnes aux toits pointus, sans volets, laissent entrer au grenier le vent l'hiver, le soleil l'été.
Le bois, qui a vieilli et pris les teintes rubiacées de l'acajou, est marqueté d'écriteaux numérotant toutes les industries qui se sont casernées dans cette gigantesque façade de bahut. Une tripière, un chaudronnier, un marchand de cartons, une fruitière, une blanchisseuse, se sont établis entre les piliers de bois. Les mous rose-rouge, les malles de carton aux arabesques jaunes, où les filles de la campagne apportent leur bagage quand elles viennent à Paris entrer en service, les linges blancs, les camisoles foncées, pendues comme une enseigne au-dessus des cuvées de savon, les carottes, les potirons éventrés, les chaudronneries cuivrées ou toute noires de fumée, tout cela fait un tapage de tons sales et de devantures guenilleuses au pied de la maison de bois.
Entre la tripière et le cartonnier, à une fenêtre toujours hermétiquement fermée dont une persienne est rabattue et l'autre seulement entrouverte, vous apercevez, sur le rebord de la fenêtre, quelques poteries de Chine ébréchées ; vous apercevez, collée à la vitre, une feuille de papier sur laquelle est écrit : Madame Javet, marchande en vieux, et dans le fond de la pièce, obscurée des scintillements de vieil or, et comme dans un kaléidoscope plein d'ombres, les mille couleurs de quelque chose pendu aux murs.
Que si l'amour du rococo vous fait pousser une porte à côté de la fenêtre, vous entrez de plain-pied dans le domaine sombre et fantastique de Goya..."

                                                                              Jules de Goncourt

 

GONCOURT BLOG.jpg

¤ aquarelle de Jules de Goncourt (27 x 33 cm) ¤

14:32 Publié dans Arts, Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

14/11/2016

Lecture et signature du "Temps des yeux"

Ce week-end des 12 et 13 novembre, votre serviteur a signé son dernier opus paru aux éditions Le Lavoir Saint-Martin : "Le Temps des yeux".
Merci à toutes celles et à ceux qui ont fait le déplacement à la Halle des Blancs-Manteaux où se tenait le salon de l'Autre livre.
Une lecture d'extraits du livre, par Robert Birou, le dimanche à midi, a accompagné cette signature.
Amitiés partagées, Daniel Martinez

11/11/2016

Le poète catalan Joseph Vicens Foix (1893-1987)

Né en 1893 à Sarrià, dans la banlieue de Barcelone, Joseph Vicens Foix, après des études de Droit, publie des articles, en 1917, dans la revue La Revista et des traductions en catalan des futuristes italiens dans Troços. Dès l'année suivante, il traduit Tzara, Soupault, Breton et Eluard. Rédacteur littéraire, de 1922 à 1936, de La Publicitat, il entreprend alors l'écriture de Diari 1918, un ensemble de 365 proses brèves, dont il extrait ses premiers livres : Gertrudis (1927) et KRTU (1932). Son premier recueil de vers, Sol, i de dol, imprimé en 1936, ne sera diffusé qu'en 1947, la censure franquiste interdisant alors les publications catalanes.

J. V. Foix, qui se veut le témoin de ce qu'il conte, consacre plus de temps à la gestion de la pâtisserie familiale de Sarrià qu'à la promotion de ses œuvres et, jusqu'à la parution des Obres poétiques, en 1964, le tirage de ses livres ne dépasse pas 300 exemplaires. Pourtant, des recueils tels que Irreels omegues (1948), On he deixat les claus (1953) ou Darrer communicat (1962) l'ont déjà fait reconnaître comme l'un des poètes catalans les plus importants de notre temps.

Ami de Joan Miró, Salvador Dalí et Paul Eluard, Joseph Vicens Foix voulait que chaque poème fût un cri de liberté posé à même les murs des villes. "Le poète, magicien, spéculateur du mot, pèlerin de l'invisible, insatisfait, aventurier ou chercheur, à la limite du sommeil, n'espère rien pour lui. Pas même la rédemption", écrivait-il à son amie Clara Sobiros.

Les lecteurs français auront dû attendre l'automne 1986 pour que paraisse, sous le titre Poésie Prose, une traduction de ses œuvres aux éditions Le temps qu'il fait. Mais il n'est jamais trop tard pour apprécier un poète qui manifestait dans ses textes son peu de goût pour "les grands, les satisfaits, les assis, ceux qui sont conformes et les veuves chastes et résignées". 

Joseph Vicens est mort le jeudi 29 janvier 1987 à Barcelone. Il devait présider, le 12 février 1988 à Barcelone, une importante réunion d'intellectuels et d'artistes catalans pour l'indépendance de la Catalogne. Cette exigence d'une Catalogne indépendante, qu'il manifesta dès sa jeunesse, ne l'aura jamais quitté, même s'il dut se montrer prudent sous le franquisme.

23:41 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)