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13/04/2020

José Pierre nous parle de l'artiste surréaliste Mimi Parent (1924-2005)

yadwigha rediviva - elle est retrouvée, la dame aux beaux seins qui, nue sur le canapé rouge au cœur de la jungle, prêtait l'oreille à la musique enchanteresse de l'orphée noir ! sans doute son image est-elle restée dans ce musée de new-york, sur la toile fameuse que peignit juste avant sa mort l'humble retraité de plaisance, henri rousseau le magicien. mais yadwigha en personne, celle qui donne au rêve prétexte et nourriture, celle qui apprivoise alentour les merveilles, la voici revenue parmi nous. elle natte parfois ses longs cheveux songeurs mais son regard demeure fixé sur ces choses lointaines qu'elle est seule à entendre tandis que sa main s'avance doucement pour cueillir ou pour caresser... mimi parent - notre yadwigha - règne en maîtresse sur le domaine des lumières rasantes. si heureuse d'entretenir avec l'ombre de coupables rapports, les présences secrètes ne s'y révèlent que par les clartés furtives qui s'accrochent à la saillie d'une griffe, à la nervure d'un regard. aux lueurs d'étain de l'aube ou aux accents cuivrés du crépuscule, entre chien et loup, - entre la lèvre et le baiser - mimi parent déploie d'invisibles antennes. à l'heure où s'engourdissent les sens communs, l'acuité de son regard et de son ouïe n'ignore rien de ce qui, fuyant les duretés du jour, va connaître une intense existence éphémère, la naissance du jour, la tombée de la nuit, moments entre tous favorables aux enchanteurs ! alors se relâchent les mailles de la vigilance obtuse, alors la peur ou la surprise se dressent sur les chemins. alors, du geste simple mais efficace du mage, mimi parent crée autour de deux cerises un fantôme charmant et durable. elle est retrouvée, la dame aux beaux seins qui, nue sur le canapé rouge...


 José Pierre

22/02/2020

Georges Malkine (1898-1970)

Né en 1876 à Odessa, Jacques (Chlema) Malkin a participé de près au groupe surréaliste, bien qu'André Breton ait tardé à le reconnaître pour un des siens. En 1929, Desnos s'éloigne du groupe, en compagnie de Queneau, Prévert, Masson... L'atmosphère se tend et Malkine choisit de prendre quelque distance. Après avoir vu un film sur Tahiti, White Shadow, il décide d'y partir avec Emile Savitry et une jeune Américaine que celui-ci vient de rencontrer, Yvette Ledoux. Le voyage se passe mal. Savitry devient hargneux, jaloux des attentions que manifeste la jeune femme envers Malkine. Lorsqu'ils débarquent, le 12 mai, Savitry part de son côté. A Papeete, Malkine se fait voler ses papiers et son argent, puis est agressé dans le quartier chinois. Il reste toutefois à Tahiti jusqu'en décembre. Il y apprend à jouer des percussions. En décembre, en échange de son portrait, le directeur de la banque de Papeete avance l'argent du billet de retour d'Yvette Ledoux. Malkine paie le sien en faisant la plonge sur le bateau qui les ramène en France.

Voici la lettre que Malkine adressa à Desnos lors de cette escapade, avant de trouver une solution à son retour au pays :

"Mon vieux Robert. Étrange pays que celui-ci, où il semble que l'idée du temps ne puisse pas être conçue. D'ailleurs personne ici n'a de montre, et les rues n'ont pas de numéros, ni même de nom, souvent.

Tahiti ne semble pas vouloir de moi. En une semaine de temps, j'y ai été soulagé de mon portefeuille qui contenait tous mes papiers et toute ma fortune, et j'ai attrapé une contravention pour absence de lumière à une bicyclette que j'avais empruntée pour faire une course ! Il fallait que je fasse 18 000 kilomètres pour dégoter une contravention !

Heureusement j'avais loué une petite maison pour un mois avant le vol de mon portefeuille. Je suis donc tranquille au point de vue logement jusqu'au 10 juin. Pour la nourriture, il y a les fruits sur la route.

Ça a trop bien commencé pour en rester là. Et à part ça, je n'ai pas du tout envie de travailler (j'entends prendre un emploi) pour gagner mon billet de retour. Ne pourrais-tu pas me trouver un canard qui me paierait un reportage sensationnel sur Tahiti ? Non, hein ? Ou bien un marchand de tableaux qui, maintenant que je ne suis plus là... m'achèterait des tableaux tahitiens ? [...] Vu la nuit dernière, à quelques kilomètres de Papeete, des Tahitiens qui répétaient au clair de lune les danses auquel assistera l'équipage du cuirassé Tourville dans un mois. Rien que de la percussion - 20 sortes de tambours et de bidons à pétrole. Quoique rigoureusement réglées, ces danses sont d'une sauvagerie et d'une obscénité grandes. La répétition avait eu lieu dans le parc de l'école d'Arue et était dirigée par Hinau (Hinaou), le prince Hinau, dernier des Pomaré et gardien du tombeau de ses ancêtres, curieux édifice surmonté d'une énorme bouteille de Bénédictine en marbre (liqueur favorite du dernier roi). Hinau, haut de 2,20 m, pèse 165 kg. Hydropique, ou plutôt obèse, il peut à peine marcher malgré qu'il jouisse d'une santé florissante. C'est sur la plate-forme d'une camionnette Ford qu'il vint du tombeau, situé à 150 mètres de l'école. La camionnette stoppa devant un immense fauteuil de rotin, dans lequel Hinau s'endormit rapidement, tandis que le tam-tam commençait à faire trembler la terre et l'air.

Je n'ai pas la moindre idée de la manière dont je pourrais revenir en France. Pas moyen de trouver du travail sur les bateaux. Papeete n'était qu'une escale sur la ligne Marseille-Nlle-Calédonie-Australie. Quant à Papeete même, on n'y trouve pas de travail comme ça. Et les Chinois ne sont pas là pour rien, qui se contentent de salaires minimes. [...]

Il est fort probable, pour toutes espèces de raisons, que je quitterai Papeete et peut-être, Tahiti. Je prie cependant que les lettres soient toujours adressées Poste Restante à Papeete, que je sois entre les Gambier et les Marquises.

Je compte que tu passeras cette lettre à André [Breton].

C'est la première fois que j'écris, et combien péniblement.


Georges Malkine

19/02/2020

Polémique autour de Robespierre

Le poète Marcel Raval dirigeait la revue littéraire Les Feuilles libres, épaulé par l'écrivain suisse Wieland Mayr comme secrétaire de rédaction. Ce dernier ayant publié le 3 mars 1923 un article dans le journal Le Gaulois contre Robespierre et Marat, Robert Desnos vint le gifler, avec pour témoins André Breton, Max Ernst et Paul Eluard.
Le 19 juillet 1923, Paul Eluard et André Breton écrivent à Marcel Raval (missive inédite contresignée par Robert Desnos):

"Monsieur, à la suite de la visite que nous avons faite, nous vous confirmons que la discussion qui a mis aux prises monsieur Wieland Mayr et notre ami Robert Desnos n'engageait qu'eux. A aucun moment Robert Desnos n'a voulu attaquer Les Feuilles libres qui ont été mises en cause par inadvertance de notre part. Il s'est indigné d'un pareil soupçon, faisant trop profession de franchise pour ne pas appeler ses ennemis par leur nom. Il s'est offert de lui-même à signer la présente lettre pour prouver qu'il n'a envers Les Feuilles libres aucun motif de se livrer à une action violente, réservant celle-ci au règlement de questions qui n'ont rien à voir avec la littérature..."

Marcel Raval poursuivit Paul Eluard de sa vindicte en faisant publier en janvier 1924, sous le nom de Paul Eluard, un article dans Les Feuilles libres, "Le Génie sans miroir", éloge de la folie singeant de manière ludique l'écriture automatique : il diffusa peu après une note révélant la supercherie et les clefs du texte, pour souligner les piètres qualités de son adversaire comme lecteur (de sa revue).