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30/09/2016

Un poème automnal de Rouben Mélik (1921-2007)

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     Sonnet
     du pays nocturne

 

     Dans ce grand mouvement d'automne où j'entre avec
     Ma force neuve, à peine est-ce d'un corps durable
     Et trop la nuit me hante encore mesurable
     Si morte la mémoire et le cœur mis à sec.


     Offrande du soleil que vient trouer le bec

     De l'oiseau déchiré, sois la part séparable
     Et le partage fait d'un coin de terre arable
     Où moisit la moisson dans l'oubli d'un échec.

 

     Chaque mot d'être dit limite la lumière
     A l'espace brutal de la mort coutumière
     Où la saison finit. Dans ce Grand mouvement

 

     D'automne où j'entre avec mon ancien héritage
     Je décompose l'ombre et je suis mon otage,
     Contre toi, soleil, face à Toi qui me démens.


                                        Rouben Mélik

20:11 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

29/09/2016

Georges de La Tour (1593-1652)

ST JEROME.jpg

Saint Jérôme lisant une lettre, Georges de La Tour

Le Saint Jérôme se trouvait depuis les années 1920 dans le Palais de la Trinidad, actuellement siège de l'Institut Cervantès, dans la capitale espagnole. La précieuse toile était identifiée au patrimoine national comme le simple Portrait d'un cardinal. Jusqu'à ce que le directeur de l'Institut, persuadé qu'il était en présence d'une œuvre de Georges de La Tour (au regard des jeux de lumière sur une main, de la chevelure, de l'angle d'inclinaison de la tête...) confie la toile anonyme au Musée du Prado, comme une œuvre authentique du peintre français ; elle y est à présent exposée.

Pour Gabriele Finaldi, "La Tour est un saint Graal du monde de l'art". Le peintre lorrain, fils d'un boulanger, grandit près des rougeoiements du fournil paternel, d'où viennent peut-être sa fascination et sa connaissance des jeux de la lumière sur les carnations et des contre-jours. Il fut très célèbre de son vivant, pour rapidement tomber dans l'oubli après sa mort. Ses œuvres vont être pour la plupart attribuées à d'autres. Il faudra attendre le début du vingtième siècle pour assister à sa "résurrection" et reconnaître peu à peu sa patte dans les ombres et lumières de ses toiles.

Reconstituée grâce à des toiles signées, l’œuvre du maître compte environ soixante-quinze pièces, dont trente-cinq reconnues avec certitude. Elles représentent des sujets religieux et des scènes de genre, à l'exclusion des tableaux mythologiques, des portraits et des dessins.

Autre découverte récente pour le moins intéressante, une œuvre tardive de l'artiste : Saint-Jean Baptiste dans le désert (1651) vendue par Sotheby's à Monaco en 1993, tableau découvert à la suite d'un héritage, mis en vente à l'époque pour la coquette somme de 25 millions de francs. Il s'agit d'une scène "nocturne", plus appréciée que les "diurnes" (en raison de leur poésie mystérieuse). Cette toile de La Tour a été acquise par le musée de Vic-sur-Seille (ville natale du peintre). A voir.

22:16 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

28/09/2016

"Extérieur nuit" de Jacques Bral

On est en 1978. Amer anniversaire : dix ans après mai 68, il ne reste plus grand chose, sinon un sentiment de vague à l’âme. À l’élan collectif succède la dérive en solitaire. Jacques Bral filme dans la capitale la balade de trois orphelins. Léo (Gérard Lanvin), beau mec ombrageux qui joue du sax, s’incruste chez Bony (André Dussollier), un vieux pote rêveur qui écrit sans écrire. Les deux se sont connus sur les barricades. Maintenant, ils glandent, picolent pas mal. Sur leur chemin, ils croisent Cora (Christine Boisson), jeune chauffeur de taxi, amazone insaisissable qui braque parfois ses clients. Son utopie à elle, c’est l’Argentine, qu’elle voudrait rejoindre.
Un ton libre, une musique bluesy-jazzy mâtinée de tango, une atmosphère nébuleuse : voilà ce qui fit le prix d’Extérieur nuit, lors de sa sortie en 1980, où l’on attendait un nouveau souffle de cinéma. Jacques Bral, grand sentimental, auteur secret (Polar, Un printemps à Paris), mettait du baume au cœur des cinéphiles avec ce film pourtant traversé par le froid de l’hiver. Aujourd’hui, ses dialogues en suspens et ses dérobades incessantes paraissent un peu forcés. Mais on aime toujours sa vision de la nuit. Bral montre un Paris différent, tantôt chaleureux, tantôt fantomatique, du côté des 19e et 20e arrondissements. De la piaule aux troquets fréquentés par les immigrés, des boulevards de ceinture mouillés à une cave de château, le film furète. André Dussollier y cultive avec brio l’art du décalage, tandis que Gérard Lanvin séduit à l’instinct. Et puis il y a la révélation Christine Boisson, garçonne sexy, démarche d’effrontée, et un atout unique : cette tache mystérieuse tout près de la pupille droite.

                                                                         Jacques Morice

23:00 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)