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27/11/2016

La perception du moi dans l'espace, par Henri Michaux

On est peu de choses. Notre idée de l'espace, notre impression d'une nouveauté en art, une artériole bouchée, peuvent en être la cause. Michaux l'a éprouvé un jour au cinéma (Une foule sortie de l'ombre). Le film l'avait étonné par ses déformations d'images. Cet "infini s'abouchant avec le fini et s'y écoulant", n'était-ce pas l'explosion cubiste en peinture ? Or Michaux souffrait simplement d'un trouble circulatoire de l’œil. Il en fut quitte pour l'éblouissement. La révolution du septième art, ce serait pour une autre fois !

Un état d'âme, une saute d'humeur peuvent aussi modifier nos perceptions. Dans un hôtel moderne, par grosse chaleur, le poète éprouve comme un remords, une légère hostilité ; et voilà que la réalité se mine, la ville se désagrège. Une autre fois, ce sera l'inverse : un petit instrument de musique africain, dont Michaux n'avait perçu jusque là qu'un : "cra-cra dévastateur de corbeau", sans note concertante, des "torchons sonores", lui est devenu supportable, presque suave, grâce au découragement rageur, batailleur, où il l'a plongé. Une lame plus crissante que d'autres, évoquait et provoquait chez lui le refus de s'attendrir (si fréquent en musique), une malfaisance d'incrédule, des cris rentrés dans les gorges...

L'âme du poète est plus insatiable que le corps, mais elle hérite de sa maladresse. Par horreur de la routine pétrifiante, elle se laisse envahir, traverser, dissoudre, métamorphoser, martyriser. Le moi devient ingérable. Même le je qui tient la plume doute de sa réalité, de son pouvoir.
Les malheurs de Plume mettent en comédie toute intériorité dans ce qu'elle a d'inassemblable, nostalgique, et inquiète d'une plénitude possible. L'Autre n'est pas plus rassurant, avec son visage sans cesse braqué, tonnant. Comme les voyages, le prochain a surtout le mérite de nous faire sentir étranger à nous-même. DM

 

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Henri Michaux, gouache inédite, 24 x 32 cm, 1951

25/11/2016

Jacques Morin parle de Diérèse 69

Je vous invite toutes et tous à vous rendre sur le site de la revue Décharge :
www.dechargelarevue.com pour y découvrir ce qu'en dit d'aimable Jacques Morin, qui la pilote.

Merci à lui et que vive [ce qui nous sort des fatras politiciens dans leurs récurrentes obsessions et du climat d'inculture assumée qui sévit des deux côtés de l'Atlantique] notre première référence : la Poésie, comme de juste.
Amitiés partagées, Daniel Martinez

24/11/2016

"Le goût de l'été", de Marc Le Bot

Je n'avais d'yeux que pour la mer. Elle se venge. Son sel me brûle les paupières.

Le bleu du ciel demeure, rouge, sous les paupières qui se ferment.

Le bonheur nu, comme midi en surplomb, sans ombre.

Pendant les jours et les étés, le ciel était dilaté en lumière. La mer était confondue.

Une ombre est l'empreinte d'une chose sur l'air.

Les pierres précieuses et les miroirs conservent les feux d'été éteints.

Certains ciels m'ont fait croire à des chevaux sauvages.

L'été fut venteux. Des branches churent. Les enfants, échevelés, couraient à contre-souffle. Les nuits étaient plus chaudes que les jours.

J'aime la mer au moment où le vent se calme. Elle fait peau douce et menace.

                                                                             Marc Le Bot

 

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