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21/09/2018

Tisser le silence : une page de mon Journal

         Vendredi 21 septembre 2018

     Dans Recherche de la base et du sommet, René Char écrivait : "En ce temps-là, il y avait si peu de pain à manger que Braque supprima le pain, mais rétablit le blé." ("Octantaine de Braque"). Ce retour à l'essence rappelle, dans un registre certes plus concret, ce que convoient les veines dans la chair jusqu'au dernier souffle, invisible à l’œil nu et pourtant.
     En poussant ce matin les épais volets de bois de la chambre, laissant entrer un jour glauque (le tout premier de l'automne) j'ai revu ce qu'une main preste avait tracé au marqueur la veille au soir sur une affiche publicitaire, en gare de Nogent-sur-Marne : "La consommation ne sera jamais justifiée par la poésie. Brûlons les idoles !" Tout à fait.
     La conscience du monde : voliges de peuplier tremble. Ces formes chuchotent, bavardent, soliloquent. Vivantes, elles palpitent. Et réfléchissent ce qui nous aveugle. Aujourd'hui plus qu'hier. Amitiés partagées, Daniel Martinez

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19/09/2018

Jean-Michel Meurice expose au château Beychevelle

Une exposition organisée par la galerie Ceysson et Bénétière, qui se termine le 28 septembre 2018 et se tient en Gironde, à Saint-Julien de Beychevelle précisément :

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..... Jean-Michel  MeuriceCorolles et nébuleuses .....

06:35 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

17/09/2018

"Lac de nuit", de Jacques Gardies, éd. H. Gardies-Martelly, Antibes, 1982

Voici un poète qui ne fleurira pas dans les anthologies, il présente en effet les caractéristiques/"défauts" suivants : il est surréaliste et sa poésie rime, fichtre donc ! Qu'importe, voici. Vous verrez et lirez, c'est "un peu" plus parlant que bien des publications actuelles, (ita est) :

LE BRAS DE MER

Paysage marin mordu de lèvres dures
j’invoque tes replis de nymphes et tes dents
Tu livres ton sourire amer baigné de vent
avec ta noire chevelure.

Les pinces du désir ouvertes sur la mer
en s’ouvrant montrent leur légèreté de liège,
les centaures marins qui étaient pris au piège
deviennent libres comme l’air.

Ils se laissent rouler par les vagues des plages
où dans le sable ils impriment leur dur sabot,
le sol ne garde pas trace de leur passage
plus que le roulement des flots.

Mince corne, repli, ouverture marine
en refermant les dents tu mords comme le sel,
de ton double désir fuyant à ras de ciel
la forme obscure se dessine

noire comme une larme, amère comme un cri,
jetant contre les dieux toute une amère flèche,
empruntant la couleur de la colline, sèche
d’un écrasant mépris.

Voilà pour le visage, il arrive de l’ombre,
bouche seule, perdue en mer comme un sanglier
qui nage vers les fruits ténébreux des figuiers ;
à la surface sombre,

hérissé de piquants comme la nuit, là-haut,
on ne distingue pas avec la transparence
le bas d’avec le haut, on le voit qui avance
sur les hauteurs de l'eau,

de l’eau qui de son antre est la vaste ouverture.
Il nage vers le bord en face au sable clair
où poussent bien cachés les raisins de la mer
et où tombent les figues mûres

mêlées au sable… Comme, fine, se déchire
cette bouche qui saigne et coupe lentement
faisant le tour du corps et qui, profondément,
chaque fois qu’elle vire,

fait se répandre les entrailles et les os
où prendre à pleines mains, puiser avec délices ;
son sourire remonte alors mais elle glisse,
sept poignards fichés dans le dos.

Et tourne… Comme du sable qu’on abandonne
Vide, désert, elle déchire les saisons.

On aperçoit sur les plages de l’horizon
jouer les centaures d’automne….

Comme double émergeant de l’eau du souvenir,
égale, un demi-dieu de la mer la traverse,
il écoute sur le golfe courbé qu’il perce
l’écho lui revenir.

Son corps fait partie de l’effacement friable
de l’argile, de l’eau, des étendues de ciel

qui d’île en île va, de la couleur du miel,
les joindre avec du sable.

Où es-tu, où es-tu île entourée de froid,
grain de sable ma noire et belle sécheresse ?
le dieu de mer guidé vers la voix de pauvresse
s’y dirige tout droit.

Ton beau corps d’animal est fait de fruits et d’îles
libres, grains répartis aux quatre coins de l'air,
découpés au couteau par un trait mince, ouvert
de soleil labourant l'argile,

Vides et répandus comme les roseaux creux,
libres d’être des pins, de devenir des plages,

libres de respirer l’amour des coquillages,
libres d’unir entre eux

la pointe d’une île et la corne de la lune,
ses membres respirant le goût de la fraîcheur
et que l’on voit faire les gestes de pêcheurs
que nues font les collines brunes.

Corps d’huitre, de cailloux roulé par une nuit
d’algue noire elle aussi lisse de pourriture,
creux de violettes, coups de couteaux, ouverture
autour de son ventre poli.

Les paniers de raisin, les corbeilles d’olives,
les monts bossus, creusés, inclinés par le vent
et qui trempent leur pied dans la fuite du temps
piquant d’aiguilles vives

sont ses os dispersés… sable qui glisse sur
les murs de la maison coupants comme une coque
une fragilité de chaise dont se moque
l’ombre des tuiles sur le mur.

Jour et nuit, hameçon noir courbé sur le vide
le sable te connaît toi qui ne saisis rien
que le refus obscur perdu dans le lointain
de l’horizon liquide,

Temps court devenu bref comme l’angle d’un mur,
transparente maigreur de la mauvaise pêche,
épine ! en t’arrachant je te transforme en flèche.
Au bas des monts obscurs

on voit vibrer, tendu, le mince trait des sables
lancé par l’arc des mers. Au bistrot où j’entrai
je demandai : "patronne vous me donnerez
une douzaine d'étoiles".

 


Jacques Gardies

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11:31 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)