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20/04/2017

Bestiaire : La Libellule, variations autour d'un dessin de Pacôme Yerma

Histoire de la Libellule

LIBELLULE.jpg

 

      Ainsi que langues de l'éther
      sur le ventre du coteau
      en l'alchimie lente
      que le profond déplace

      elle est larve aveugle
      mais libellule déjà
      brodée d'un jaune de Naples
      qui sonne comme un cristal

      Elle est celle
      que l'on approche d'un pas
      pour tenter de surprendre l'invisible
      reflété par le limbe des feuilles

     sous le flux dont Lucrèce parlait
     entré en résonance
     avec le monde de nos images
     Printemps est là irrésistiblement

     Celle dont les deux vies
     n'en font plus qu'une
     quand passant de l'état de larve
     à celui d'insecte ailé

     les deux éléments fusionnent
     par le nimbe d'une blessure
     d'où la Forme s'est extraite
     par alliances successives

     Là précisément
     à partir d'une ligne fixe
     la pellicule moirée de la peau
     se déchire graduellement    

      laissant échapper le thorax
      puis la tête avoisinante
      une sphère aux yeux globuleux
      pareillement les ailes se déplient

      à mesure se déploient
      éprouvent la pesanteur
      sous la diurne rosée
      tout un théâtre d'échanges

      Signet d'écume posé
      sur une tige de menthe
      ou faux mouvement
      de ce petit corps sec

      qui de sa hauteur nous devine
      dans les vapeurs de l'eau
      la Libellule fait trembler les vibrants atomes
      le halo de la pure conscience.

                                Daniel Martinez

      dessin à la mine de plomb de Pacôme Yerma

16:36 Publié dans Arts, Bestiaire | Lien permanent | Commentaires (0)

22/08/2015

La Girafe, fabuleuse anomalie de l'évolution (première partie)

On raconte beaucoup de choses sur la girafe. On dit, par exemple, qu'elle met son petit au monde sans se coucher, et que celui-ci, après quinze mois de gestation, tombe de deux mètres de haut, parfois au prix de sa vie. On dit aussi que sa langue noire, longue de 50 centimètres, se creuse en gouttière pour se glisser entre les épines d'acacia et accéder aux jeunes pousses. Et encore qu'elle vit en troupeaux lâches de dix à soixante-dix têtes, dominés par un ou plusieurs grands mâles, mais conduits par une femelle...

Tout cela est vrai. Il est faux, en revanche, que la girafe soit muette : elle peut émettre divers sons, allant du ronflement (en cas de danger) au grognement, en passant - cas extrême et associé au rut - par le beuglement. Mais sa morphologie semble si bizarre, et son écologie tellement exotique, qu'on peut finalement s'étonner que les idées reçues à son sujet ne soient pas plus erronées.

Car la girafe a beau être connue de tous, et avoir été choisie comme animal fétiche par le Muséum national d'histoire naturelle (qui n'exhibe pas moins de six adultes et deux girafons empaillés dans sa galerie de l'évolution) : de tous les mammifères populaires, elle reste le plus énigmatique. Comme à l'automne 1827, en ce temps où la foule se pressait dans le port de Marseille pour voir débarquer, du navire où dépassait sa tête, le spécimen réclamé par Charles X pour sa collection royale.

Sa taille, à elle seule, paraît une invraisemblance de la nature - de 4 à 5,50 mètres en moyenne, pour un poids d'environ une tonne. Pour la dessiner, il suffit de tracer, du cou à la queue, une pente inclinée vers le bas : ses pattes antérieures sont plus longues que les postérieures, si longues, même, qu'elle préfère souvent dormir debout plutôt que de se donner la peine de les plier. A l'autre extrémité, la girafe est la joliesse même. Tête fine, doux yeux bordés de longs cils, petites cornes (deux dès la naissance, deux ou trois de plus chez certains mâles) doublées de velours... L'ensemble est si délicat que le regard en oublierait presque la distance franchie pour en arriver là.

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                                                                                           Catherine Vincent

00:43 Publié dans Bestiaire | Lien permanent | Commentaires (0)

25/07/2015

Bestiaire I : Réserve du Sanglier

 

SANGLIER.jpg

Dessin de Pacôme Yerma

 

 

Si bref l'instant où ont surgi
traversant le chemin forestier
la compagnie de sangliers
roux ludions dans l'aube bouleversée


De leurs mirettes infimes
écoutes dressées
visibles les toupets de leur queue
audible le petit trot des sabots
bientôt évanoui en lisière des feuillus
avec pour témoins çà et là
des mottes de terre répandues


Plus loin ce sont eux qui soufflent
et grognent prospectant la nourriture
vermillant du grouin
à la surface des choses
les grès recourbés vers le ciel
frottés aux canines inférieures

L'Oeuf astral immobile
dévoile les fourrures d'un brun luisant
des bogues de châtaignes nues où puisent
quelques marcassins en quête
parures d'un conte ancien
on les perçoit au coeur du sablier

comme médusés
avec à l'échine aux épaules
aux flancs mêmes l'armure
qui les caparaçonne
dans l'infini forestier
s'étoilent les cieux végétaux

Et les fûts même dans une insensible ronde
se dressent face aux étendues
laissant errer les craintes
de vieux mâles solitaires
dont la hure dit assez
qu'ils craignent tout de l'homme
avec juste raison

                   Daniel Martinez

10:44 Publié dans Bestiaire | Lien permanent | Commentaires (0)