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25/12/2014

Courrier des lecteurs III

Voulant sans doute me donner la leçon, je reçois ce jour un message dont je vous livre le contenu, une citation d'Eugène Guillevic : "Le monde est un concours de chant sans jury ni récompense, que la joie de chanter." Soit : les prix et récompenses, aux oubliettes, mouais ! Un peu rapide comme jugement, à mon goût.

Peut-on comparer un grand cru millésimé avec une piquette de comptoir bu cul sec avant le turbin ? C'est ma question du jour. Heureusement que non. Mettre tout au même niveau, en poésie comme ailleurs, est de la pure démagogie, que Proudhon définissait comme "l'hypocrisie du progrès", stigmatisant les abus résultant de l'exercice du pouvoir par la multitude, comme tel opposé à la démocratie qui implique une éducation civique et politique. Il s'agit ici de culture, un sujet tout aussi sérieux.

Un exemple criant de cette démagogie est l'attitude de Sartre devant le Prix Nobel de littérature, le refusant avec ostentation, opposée à celle de Camus, l'acceptant avec modestie. L'extraction sociale de ce premier pouvait lui permettre aisément de cracher dans la soupe, certes pas pour le second. Et que retiendra l'histoire littéraire, hormis le simple geste de Sartre, médiatisé à outrance. Camus naturellement, et les libertaires, qui jamais ne l'auront renié.

Entendons-nous bien. Donner le Prix Nobel de littérature à Modiano me fait doucement sourire. Mais nul jury n'est infaillible. Et ce serait de ma part médire que de prétendre par là-même discréditer ce prix. Par ailleurs, bien des prix présentent un aspect quelque peu folklorique, mais bon, on a le droit de s'amuser aussi, dans un monde où peu ou prou l'inculture s'exhibe comme une carte de visite. Dans ces conditions, se faire mousser un peu, dans la cour des petits, n'a rien d'inconvenant...

                                                                                               Daniel Martinez

18/12/2014

Que se passe-t-il dans la tête d'un génie ?

Cette question agite des équipes de chercheurs aux Etats-Unis comme en France. "Le génie est une capacité à produire quelque chose de hautement original", définit Nancy Andreasen, neuroscientifique de l'université de l'Iowa, qui étudie actuellement des cerveaux brillants, dont celui du créateur de la saga "Star Wars", George Lucas*. Car "en découvrant les composantes d'un esprit hors normes, on pourrait aider à les faire émerger, chez les enfants notamment".

Première leçon : les génies n'ont pas forcément un haut quotient intellectuel. Un minimum de 120 suffit (la moyenne de la population est de 100 ; ndlr : celle du regretté Pascal Ulrich, un laissé-pour-compte que vous connaissez mieux à présent, était de 147).

Deuxièmement : Einstein, Picasso, Beethoven ou encore Steve Jobs ont un point commun : une super-créativité. Or celle-ci se mesure ! "Il y a quatre niveaux de créativité ou "c", énonce le professeur Todd Lubart, de la faculté de psychologie Paris-Descartes, que l'on évalue selon la portée de l'oeuvre. "

Le petit "c" correspond à une créativité dans le cercle personnel, comme inventer des recettes de cuisine. Le troisième est reconnu dans le milieu professionnel [écrivain, ingénieur, artiste...]. Puis vient le "big c", le plus rare, la super-créativité qui rayonne jusqu'au niveau international" achève le spécialiste, qui étudie la créativité depuis 30 ans.

L'équipe de Todd Lubart a mis au point un programme d'évaluation du potentiel créatif, qui mesure 10 paramètres indispensables, au sommet chez les génies, mais qui existent plus ou moins chez tout le monde. Car -la science est formelle - nous avons tous un peu de génie.

                                                                           Elena Sender

* sous toutes réserves, ndlr

13/12/2014

Courrier des lecteurs II

Vous n'êtes pas sans le savoir, animer une revue, c'est recevoir dans sa boîte des lettres par dizaines, le quotidien est toujours porteur ; en fin de semaine, comme au jour d'aujourd'hui, on effectue une sorte de bilan, on répond en général, c'est préférable d'ailleurs ; que les correspondants (auteurs et autres) soient abonnés ou pas, avec un timbre pour le retour c'est mieux. Il y a parfois des demandes curieuses, originales pour le moins. On m'a par exemple écrit, sans la moindre touche d'humour : "Vous auriez eu tout intérêt à faire mention de ma participation en première de couverture, j'ai un nom vendeur...", ou bien, lettre accompagnée de 50 pages A4 à interligne simple : "Je me suis remis à écrire, après deux semaines absolument stériles, je pense être revenu à mon meilleur niveau, je vous offre ces pages pour Diérèse...", ou : "Je sais quelles sont vos options éditoriales, dans ces conditions je ne puis vous écrire (sic)", mais encore : "Imprimez le Pasolini à 1500 exemplaires, il se vendront comme des petits pains", mieux : "J'ai un nom Monsieur, il me faut un service de presse de cent exemplaires afin que mes lecteurs puissent me suivre dans mon travail... ", etc.

* *

Ce samedi, pour faire suite à la missive d'Alain hier, j'ai choisi celle de Guy :

                               Cher Daniel Martinez,

Nous avions échangé quelques lettres vers 2002-2004, vous m'aviez envoyé alors quelques beaux livres que vous veniez d'éditer aux Deux-Siciles, des poèmes de Jean-Marc Thévenin et des vôtres, un magnifique et enchanteur "Bestiaire de Vénus". Je participais alors aux activités du groupe de Paris du mouvement Surréaliste et à sa revue SURR ; je me suis depuis éloigné - sans heurts - de ce collectif, tout en gardant envers le surréalisme une même passion et un même désir d'utopie, enfin tout ce que découvre et je découvre dans la poésie. Quelques années depuis d'aventures et de mésaventures diverses...

Un ami commun m'a ces derniers mois donné à lire de récents numéros de Diérèse ; j'en aime le côté immeuble haut perché, avec vue sur la rue et sur la mer.

Aussi aimerais-je reprendre contact avec vous, curieux de connaître d'autres fenêtres à votre poésie.
Ci-joint le nécessaire pour recevoir le dernier numéro paru de Diérèse.

                                                   amicalement,
                                                            Guy