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11/02/2015

Enluminure I

                    C'est la nuit

                    qu'il est beau

                    de croire à la lumière

On ne regarde pas le Soleil : des yeux, on l'en tient éloigné. Ou bien, dans le demi-sommeil son irruption dérangerait l'intimité des choses familières. Et si je possédais ainsi - d'un geste, un seul - le pouvoir d'annuler le disque lisse qu'offre la nue au blanc matin ? A seule fin de retarder un réveil que je ne désire pas. Sous les plis singuliers de l'hiver.

Spasmes de le nuit, où il fait bon se lover quand toute épuisée la Terre ne peut que tendre la main pour froisser du bout des doigts la Voie lactée.

Là, seulement toucher le bouton de la porte, l'espace intersticiel.

                                                                                     Daniel Martinez

01/01/2015

Meilleurs voeux pour 2015

Vous dire tout simplement :

"Bonne année à toutes et à tous, et que dame Poésie vous accompagne sur les chemins de la vie, nous vivons une époque que l'on voudrait extraordinaire : à la réflexion, elle ne l'est pas tant que cela, dans ce que l'on pourrait appeler - sans aucun import guerrier il va sans dire - ses dommages collatéraux, plus importants que ses avancées, ses bienfaits ; mais chacune de nos vies l'est, extraordinaire, portée par le désir de créer, de recréer, envers et contre tout, un monde à notre image, celui qui d'abord nous a portés dans son sein, puis nous a laissés seuls perdre le sens de ce qui n'a pas de prix mais régit nos vies. Il est le
plus impalpable et le plus prégnant pourtant, il se passe de mots, de ponctuation, de jugements... chacun ayant son approche de ce mot-joyau (de l'ancien français joi : "Joie, Joyau"). Je vous laisse à présent. Avec mes pensées les plus amicales." Daniel Martinez

... à tout à l'heure, pour commencer l'année 2015 avec un poème de Fabrice Caravaca

25/12/2014

Courrier des lecteurs III

Voulant sans doute me donner la leçon, je reçois ce jour un message dont je vous livre le contenu, une citation d'Eugène Guillevic : "Le monde est un concours de chant sans jury ni récompense, que la joie de chanter." Soit : les prix et récompenses, aux oubliettes, mouais ! Un peu rapide comme jugement, à mon goût.

Peut-on comparer un grand cru millésimé avec une piquette de comptoir bu cul sec avant le turbin ? C'est ma question du jour. Heureusement que non. Mettre tout au même niveau, en poésie comme ailleurs, est de la pure démagogie, que Proudhon définissait comme "l'hypocrisie du progrès", stigmatisant les abus résultant de l'exercice du pouvoir par la multitude, comme tel opposé à la démocratie qui implique une éducation civique et politique. Il s'agit ici de culture, un sujet tout aussi sérieux.

Un exemple criant de cette démagogie est l'attitude de Sartre devant le Prix Nobel de littérature, le refusant avec ostentation, opposée à celle de Camus, l'acceptant avec modestie. L'extraction sociale de ce premier pouvait lui permettre aisément de cracher dans la soupe, certes pas pour le second. Et que retiendra l'histoire littéraire, hormis le simple geste de Sartre, médiatisé à outrance. Camus naturellement, et les libertaires, qui jamais ne l'auront renié.

Entendons-nous bien. Donner le Prix Nobel de littérature à Modiano me fait doucement sourire. Mais nul jury n'est infaillible. Et ce serait de ma part médire que de prétendre par là-même discréditer ce prix. Par ailleurs, bien des prix présentent un aspect quelque peu folklorique, mais bon, on a le droit de s'amuser aussi, dans un monde où peu ou prou l'inculture s'exhibe comme une carte de visite. Dans ces conditions, se faire mousser un peu, dans la cour des petits, n'a rien d'inconvenant...

                                                                                               Daniel Martinez