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14/01/2015

Vers une extinction de l'espèce humaine ?

Ce mercredi 14 janvier, Gilles Leboeuf, président du Muséum national d'histoire naturelle, donne une conférence intitulée "La biodiversité à l'épreuve du climat" à la Maison des océans, dans le cinquième arrondissement parisien.
Ces dernières 600 millions d'années, la Terre a connu cinq extinctions massives des espèces. Pour Gilles Leboeuf, la sixième n'est pas loin. Nicolas Bégasse lui a demandé de préciser sa pensée :

Nicolas Bégasse : Qu'est-ce que c'est, une extinction massive des espèces ?

Gilles Leboeuf : C'est la disparition des trois quarts des espèces vivantes, sur terre et en mer, sur un temps géologique très court : quelque 100 000 ans. Or des travaux récents, qui ont suivi 2 000 espèces de mammifères, d'oiseaux et de poissons sur 40 ans, ont montré qu'on a perdu plus de 50% des individus de ces populations. Donc ce n'est pas tant les espèces qui disparaissent que les stocks d'individus de ces espèces. Et si ça continue, on se dirige bel et bien vers une sixième crise d'extinction.

N. B. : A quel rythme s'y dirige-t-on ?

G. L. : Si on ne change rien, mais je me refuse à croire cela, il sera difficile de vivre après les années 2040, où il n'y aurait plus de pêche, plus d'abeilles... Dans une région de Chine, ces insectes ont déjà disparu, et sans eux, il n'y a pas de légumes ou de fruits. Du coup, c'est l'homme qui les remplace, à grands frais.

N. B. : Quelles sont les causes de la sixième crise d'extinction ?

G. L. : Il y a quatre grandes causes : la destruction de la nature et la pollution, la surexploitation des ressources vivantes, la dissémination des espèces et le dérèglement climatique.

N. B. : Il y a déjà eu cinq crises d'extinction. En quoi la sixième serait-elle grave ?

G. L. : Cette fois, l'humain risquerait de partir avec les espèces frappées. La Terre, notre planète, elle, s'en fiche. C'est nous, humains, qui allons beaucoup souffrir si nous ne changeons pas.

13/01/2015

Deux poèmes de Gabrielle Burel

 De Gabrielle Burel, ces poèmes marins, où l'âme dérive au gré de ses errances, côtoyant la merveille... pas un seul signe de ponctuation ne l'entrave, diastole, systole, le souffle seul, inépuisable, en majesté quand chuchote à l'oreille la conque, écoutez-la :

      Bois flotté
 

      Bois flotté

      Frotté aux embruns

      Du vertige

      Couvert de lichen

      Dans le vent

      D'écume brune

      Au sel amer

 

      Les corps brisés

      À flanc de peur

      Dans le ressac

      Des pulsations

      Fument dans l'élan

      Obstiné d'une passion

      Chevillée à la mouvance

      Noire de lune

      En germe dans le sable infécond

      Effrité par la vague ourlée

      Du désir arraisonné

      Au port des oublis

 

      Bois flotté

      Frotté aux embruns

      D'espérance

      Dans la mémoire

      D'un ciel bleu soleil

 

                        * *

 

      Bredouille

 

      Il n'a rien pris ce matin
      Pas le moindre mot à glisser sous sa plume

      Pourtant le bouchon l'a nargué
      Dansant dans le courant
      Le soleil a plissé son regard
      À travers le feuillage
      Et dessiné des ronds de lumière sur l'eau
      Le chant des oiseaux a salué le jour
      Puis on n'entendit plus

      Que le bourdonnement de quelque insecte
      Berçant l'imaginaire déserté

                                              Gabrielle Burel

15:30 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

12/01/2015

"L'ultime vocation du langage", vue par Jean-Michel Maulpoix

Dans du Lyrisme, essai paru chez José Corti en 2000, Jean-Michel Maulpoix parle de l'écriture - de la "substance du monde" à sa "propre substance" - en ces termes :

Je ne puis qu'aimer ou écrire ; le reste m'indiffère ou m'attriste. Vouée à se consumer toute, cette vie n'est jamais si précieuse ni si désirable que lorsqu'elle s'éblouit de sa propre fin, soudain terrifiée comme un papillon qui se brûle les ailes contre la lampe.
Je serre contre moi l'idée de ma propre mort ; elle est mon bien.

* * * *

De quelle espèce d'ignorance puis-je encore me réclamer pour continuer à écrire ? Ou pour recommencer d'écrire ! Je voudrais n'avoir jamais pris la plume. Celles que je possède sont dociles... Telle est l'aventure du langage que l'on s'y adonne tout d'abord avec bonheur en aveugle, et qu'elle devient insupportable au moment précis où l'on pourrait cesser de la trahir.

Ceux qui, par défiance, ne veulent entrer dans le jeu de la langue, se privent du seul accès dont nous disposons à la substance du monde. Il faut leur répéter que le langage nous donne tout en nous privant de tout : ce paradoxe est tel que là où les mots viennent en plus grand nombre, et où la dépossession est donc plus grande, il y a aussi le maximum de présence et le maximum d'être. Nous ne sommes ni des oiseaux, ni de pierres.

* * * *

Depuis le temps que j'accomplis les mêmes gestes et rature les mêmes mots sans en épuiser le sens, j'ai appris à ne plus espérer du langage que de moindres aveux. Je n'y recherche plus, comme autrefois, mon coeur, ni le sens ultime de ma vie, mais attends désormais sans impatience qu'il me concède un peu de clarté. La douceur d'une soirée d'été baigne parfois la chambre lorsque j'écris. Elle m'enveloppe d'un autre corps, plus léger, plus lumineux, comme si je pénétrais furtivement le mystère de ma propre substance telle que je l'imagine, délivrée du poids ennuyeux de la chair, quelques secondes à peine après mourir. Rien ne m'est si précieux que ce temps de vacance et de trouble qui me concède ce que je ne lui ai point demandé, comme si l'ultime vocation du langage n'était en fin de compte que de remettre à l'heure l'horloge intime de celui qui ne sait plus rien de sa propre vie.

                                                                                     Jean-Michel Maulpoix

18:28 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)