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17/03/2016

L"envie de désert " des poètes qui partent vivre à la campagne

Les poètes sont volontiers discrets. Des dizaines d'entre eux, souvent d'anciens professeurs ou instituteurs, ont d'ailleurs volontairement quitté une grande agglomération pour s'installer à la campagne. L'"exil" campagnard ne relève pas seulement de la volonté de quitter les nuisances de la ville, mais bien plutôt d'un choix mûri. Jean-François Manier, fondateur de Cheyne Editeur, a opté pour Chambon-sur-Lignon, sur le plateau cévenol. Il insiste sur le paysage : "C'est un paysage propre à la concentration, à la méditation. Il faut du silence pour la création." Le plateau cévenol offre un espace ouvert : "Je n'aurais pas pu m"installer dans une vallée ardéchoise", précise Jean-François Manier.

Loin des clichés d'une opposition simpliste entre la ville et la campagne (on se reportera, dans le registre cinéphilique aux fameux Contes de Rohmer) ou d'une affirmation régionaliste, les poètes avouent trouver à la campagne un horizon nécessaire, des lignes horizontales et verticales. Claude-Louis Combet aime, "à partir de ces paysages, extraire des lignes d'abstraction." A les entendre, il existe une structure de l'espace, qui structure à son tour l'esprit de celui qui écrit.
La campagne qu'ils ont choisie se mue, peu à peu, en un espace mental qu'ils conservent en eux et qu'ils peuvent recomposer à l'infini à travers le travail d'écriture. On retrouve comme dans l'un des recueils de poésie de Paul Claudel, Les Cinq Grandes Odes, une nécessaire mise à l'écart du monde : non pas pour l'ignorer, mais pour justement mieux l'appréhender et le comprendre.

L'un des "cahiers" de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d'Auvergne s'intitule Ecrivains en campagne (Cheyne Editeur). L'ouvrage s'ouvre sur une parole de Brassens : "C'est pas seulement à Paris que le livre fleurit." Franck Wattel et Paul Basselier - ils ont créé en 1987 l'entreprise Double-vébé, qui a acquis sa notoriété avec Les Iles d'Auvergne, édité en 1994 - s'y expliquent quant à leur choix de quitter Paris pour l'Auvergne : "A un moment de notre existence, nous avons eu envie de désert. (...) L'Auvergne est un désert. C'est sa noblesse." Encore faut-il comprendre le terme de "désert" : il s'agit ici d'un paysage propice au recueillement, un vide d'où peut surgir une parole.

James Sacré, présent dans le prochain Diérèse dont la sortie est prévue fin avril, aime à découvrir dans le paysage "des mouvements de lignes" dans lesquels se déploie "le foisonnement du réel". Sacré ajoute : "D'un côté, j'ai le sentiment que le paysage donne des choses à l'écriture, mais qu'est-ce que les mots donnent aux paysages ?", s'interroge le poète. Comme s'il était redevable du lieu qu'il a investi.

Un écrivain comme Alain Chany (auteur d'"Une sécheresse à Paris" et de "L'Ordre dans la dispersion"), ancien professeur de philosophie, revenu, lui aussi, dans la montagne auvergnate, sur les terres de ses grands-parents, propose une approche plus sociale de son territoire réapproprié : "On parle parfois de désertification pour désigner le mal de ce pays. Déshumanisation, à mon sens, conviendrait mieux ; ou désocialisation." Pour Alain Chany, cette partie du Massif central est "un monde à part, une espèce de nulle part assez peu fréquentable, où le corps se recroqueville pour résister."

30/10/2015

Pourquoi dit-on : une "égérie" ?

Parlant de madame de Staël, l'historien Louis Madelin écrit : "Son ambition visait à être l'Egérie des hommes d'Etat.", c'est-à-dire leur conseillère.
Il faut remonter au VIIe siècle avant JC pour trouver la première Egérie. A cette époque, Numa Pompilius est roi de Rome. C'est un souverain sage et pacifique, qui réussit à éviter toute guerre durant son règne. Il fit bâtir des temples, institua des fêtes, et donna ses premières lois à Rome. Cependant, jugeant comme beaucoup de chefs d'Etat qu'un peu de sublime ne ferait qu'accroître sa popularité, il inventa Egérie. Cette nymphe, assurait-il, n'était visible que pour lui seul et c'était elle qui inspirait les décisions qu'il avait à prendre.
On voit encore, dans le vallon de la Caffarella, près de Rome, les ruines de la grotte et de la fontaine où Egérie, cheveux dénoués, robe flottante et pieds nus, apparaissait au roi Numa pour, disait-il, lui transmettre les messages des dieux.

27/10/2015

Origine de l'expression : "avoir des yeux de lynx"

Mère de Madame de Staël, Madame Necker (1737-1794) disait : « Le cœur a des yeux de lynx » ; mais Malherbe, plus justement, employait l’expression « yeux de Lyncée ».

Lyncée est mêlé à deux épisodes mythologiques principaux : l’histoire des Danaïdes et le périple de Jason sur le navire Argos. Le roi Danaos avait marié ses filles (les Danaïdes) à leurs cousins. Il leur avait ordonné de les tuer pendant leur sommeil. Hypermestre se refusa d’agir ainsi. Elle réveilla Lyncée pour qu’il s’enfuie, et fut punie de prison pour sa félonie. Elle réussit à s’échapper et rejoignit Lyncée, en eut un fils, Abas, arrière grand-père de Persée.

Lors de l’aventure (complexe) dans laquelle Jason entraîna d’éminents personnages (p. ex Orphée donnant la cadence aux rameurs), c’est Lyncée qui pilota le navire de Argonautes. Il pouvait voir le fond de la mer, à travers les murailles, son regard aussi bien traversait les nuages noirs.

Lyncée tirait-il son nom du lynx ? Cet animal, disait-on, était doué d’une vue extraordinaire et de pouvoirs étranges. Sous Pompée, il était exhibé dans les amphithéâtres où il obtenait un vif succès. La confusion entre Lyncée et le lynx se fit en France dès le Moyen Age.