241158

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/08/2016

A visiter cet été : la grotte préhistorique de Thaïs

Vous avez tous entendu parler de la grotte Chauvet, située sur la commune de Vallon-Pont-d'Arc en Ardèche, découverte en 1994 ; mais de celle de Thaïs, connue de tous temps par les habitants du village de Saint-Nazaire-en-Royans (à la limite des départements de la Drôme et de l'Isère, sur la nationale 532) ? Ce n'est qu'à la fin du 19e siècle que les galeries ont été reconnues mais vraiment qu'à partir des années 50 que les spécialistes se sont intéressés à ce site et l'ont exploré. Et seulement depuis 1970 que la grotte est ouverte au public, après avoir été aménagée.

Il y a 15 000 ans, la végétation de la région était celle d'une steppe froide où poussaient seulement quelques bouleaux et pins (un peu comme le Nord canadien actuel). L'homme chassait le bison, la marmotte, l'élan, le loup, le mammouth, la perdrix des neiges, mais surtout le cheval et le renne (pour sa viande et ses bois). Chasseur mais aussi nomade, l'Homosapiens (civilisation apparue il y a 35 000 ans) venait se réfugier l'hiver à l'entrée de la grotte de Thaïs (ou Tai) pour se protéger du climat rigoureux d'alors. Il y installait des tentes en peaux de bêtes pour s'isoler du froid. Pour se chauffer, il entretenait un feu où il brûlait bois, os et déchets de nourriture. Il utilisait, pour s'éclairer, une lampe faite d'un galet creusé rempli de graisse où trempait une mêche. 

Avec le réchauffement du climat, l'homme quitta alors le site ; une période que l'on situe vers 9000 à 8000 avant J-C. La grotte de Thaïs est classée parmi les grottes les plus colorées de France. Lors de sa progression, le visiteur à l'impression d'avancer dans un immense gruyère souterrain tant la roche est découpée, torturée, déchiquetée, formant d'étranges arabesques qu'accentue la lumière. Un monde fantastique, à température constante (13°), rempli de concrétions (stalactites, stalagmites, draperies...) qui tapissent les parois et les plafonds.

D'étonnants reliefs d'un rouge sang, couleur provenant de la terre rouge de surface composée de silice caolin et d'oxyde de fer. Un univers souterrain créé au cours des millénaires par l'action chimique de l'eau (corrosion) qui, après avoir traversé le massif karstique du Vercors, parcourt les innombrables failles de la montagne.

Le secteur exondé de la grotte est très étendu (4 200 mètres) mais on n'en parcourt que quelque 600 mètres, avant d'arriver à la rivière souterraine, un des mystères hydrologiques du Vercors, dont le débit varie de 200 à 12 000 litres/seconde suivant les saisons. Depuis plus de 20 ans, nombre d'expéditions ont été conduites afin d'explorer cette partie immergée de la grotte de Thaïs. Après avoir passé six siphons, avancé de plusieurs galeries, un plongeur a atteint, en avril 1997, la profondeur impressionnante de moins 93 mètres. Ce qui classe Thaïs au tout premier rang mondial pour l'importance de sa zone noyée. Les spéléologues tentent toujours de percer le secret de ces eaux limpides...

Dernier intérêt, et non des moindres de la grotte, son exposition sur la vie animale cavernicole. Vous apprendrez la différence entre la faune troglocène (vivant habituellement dehors mais venant chercher dans les grottes protection et humidité - comme les chauves-souris, les renards... et l'homme -), la faune troglophile (qui pourrait vivre à l'extérieur mais qui trouve dans les grottes des conditions de nourriture favorables) et la faune troglobie (qui évolue dans un monde souterrain profond et s'est adaptée au fil des temps géologiques - dépigmentation, dégénérescence ou perte des organes de la vue...-). Des aquariums vous présenteront quelques spécimens de ces espèces rares comme le "dolichopoda palpata", une grande sauterelle blanche des cavernes remarquable par la longueur démesurée de ses antennes, des "xenopus leavi", grenouilles toutes blanches et munies de cinq doigts non-palmés aux pattes avant, ou encore des "astianax", poissons presque transparents...

La grotte de Thaïs est ouverte au public d'avril à fin octobre (8,70 € en tarif adulte). Renseignements au : 04 75 48 45 76.

 

                                                                           Michel Besson

30/06/2016

Un lavoir, à Jully-les-Forges, dans l'Yonne

LAVOIR BLOG.jpg

à la lumière de ces vers de Giacomo Leopardi, traduits par Circé

          ... E potess'io,
          Nel secol tetro e in questo aer nefando,
          L'alta specie serbar ; che dell'imago,
          Poi che del ver m'è tolto, assai m'appago.


          ... Si je pouvais seulement,
          dans ce siècle obscur et dans cet air infâme,
          garder ta haute image ! du simulacre,
          puisque le vrai m'est ravi, je suis comblé.

                                       Giacomo Leopardi

                                   in Canzoni, éd. Le Lavoir Saint-Martin

07/06/2016

La nature en majesté : le Geai

Si le chêne, et notamment le pédonculé, a pu reconquérir si vite le continent européen après la dernière glaciation, c'est que les glands avaient des ailes. Membre de la famille des corvidés, le Geai des chênes s'est uni pour le meilleur avec le seigneur de nos bois, au point que ce dernier lui a donné son nom. Dominé par ses cousins - corbeaux freux, corneilles noires, choucas des tours et autres pies - qui occupent les milieux ouverts, cet oiseau a trouvé refuge au cœur de nos forêts, qui lui fournissent le vivre et le couvert.

L'explication de l'étroite association qui lie le Geai au chêne est à chercher dans l'estomac de ce passereau. Son aliment favori : le gland. Mais attention, pas n'importe lequel !  Comme il en transporte, en vue de les stocker, quatre à cinq en même temps - la plupart dans son œsophage, le dernier dans son bec -, ce piètre voilier cherche la charge optimale, à l'instar des compagnies aériennes.

Il opte donc pour les fruits longs et effilés pesant entre 3 et 4 grammes et mesurant entre 13,5 et 15 millimètres de diamètre. Cette sélection préalable favorise les glands du chêne pédonculé au détriment de ceux du chêne sessile, plus légers et plus trapus. Déjà très précis, le tri du Geai ne s'arrête pas là pour autant. L'oiseau est difficile. Il préfère les glands marron - c'est-à-dire matures - aux verts, bons sans doute pour les goujats. La sélection s'achève par un examen "sanitaire" du fruit. D'un coup de bec, le Geai sonde le gland. Si celui-ci rend un son mat, c'est qu'il est plein, sain et bon pour le service. S'il émet un son creux, cela signifie qu'un parasite l'a attaqué : éliminé.

Ensuite, l'oiseau se métamorphose en parfait forestier. Pour cacher sa récolte, il enterre un à un les glands, à 4 ou 5 centimètres de profondeur et à intervalles réguliers. Comme il n'a d'autre outil que son bec pour effectuer l'opération, il préfère un terrain meuble qui, par la suite, facilitera l'enracinement de la future pousse. Afin de pouvoir mieux retrouver ses "planques", le Geai choisit des sites peu denses en végétation - et donc bien éclairés -, ce qui, quelques années plus tard, réduira la compétition entre jeunes chênes, sans compter que les herbivores s'aventurent moins volontiers à découvert...

Chaque année, un seul Geai enfouit ainsi près de 5 000 glands, ce qui fait de lui le premier reboiseur européen, puisqu'on estime que 59 % des régénérations naturelles de chênes lui sont imputables. La moitié des fruits qu'il disperse donnent une pousse. Une fois enterré, le gland germe en quelques semaines, mais le geai parvient, en tirant sur la plantule, à en déterrer les réserves nutritives, les cotylédons. Cette opération a pour conséquence d'arracher certaines racines de la jeune pousse et, paradoxalement, de la renforcer en l'obligeant à se reformer. L'oiseau reproduit ainsi involontairement ce que les forestiers effectuent sur leurs plants.

Dernier volet, mais non le moindre, de cette association à avantages réciproques, le Geai consomme aussi bon nombre d'insectes, surtout au printemps et pendant l'été, lorsqu'il lui faut un apport de protéines pour nourrir ses petits. Or, à qui s'attaque-t-il principalement ? Aux chenilles défoliatrices, qui dévorent les feuillages et les fleurs des arbres...

 

                                                                                     P. B.