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07/06/2016

La nature en majesté : le Geai

Si le chêne, et notamment le pédonculé, a pu reconquérir si vite le continent européen après la dernière glaciation, c'est que les glands avaient des ailes. Membre de la famille des corvidés, le Geai des chênes s'est uni pour le meilleur avec le seigneur de nos bois, au point que ce dernier lui a donné son nom. Dominé par ses cousins - corbeaux freux, corneilles noires, choucas des tours et autres pies - qui occupent les milieux ouverts, cet oiseau a trouvé refuge au cœur de nos forêts, qui lui fournissent le vivre et le couvert.

L'explication de l'étroite association qui lie le Geai au chêne est à chercher dans l'estomac de ce passereau. Son aliment favori : le gland. Mais attention, pas n'importe lequel !  Comme il en transporte, en vue de les stocker, quatre à cinq en même temps - la plupart dans son œsophage, le dernier dans son bec -, ce piètre voilier cherche la charge optimale, à l'instar des compagnies aériennes.

Il opte donc pour les fruits longs et effilés pesant entre 3 et 4 grammes et mesurant entre 13,5 et 15 millimètres de diamètre. Cette sélection préalable favorise les glands du chêne pédonculé au détriment de ceux du chêne sessile, plus légers et plus trapus. Déjà très précis, le tri du Geai ne s'arrête pas là pour autant. L'oiseau est difficile. Il préfère les glands marron - c'est-à-dire matures - aux verts, bons sans doute pour les goujats. La sélection s'achève par un examen "sanitaire" du fruit. D'un coup de bec, le Geai sonde le gland. Si celui-ci rend un son mat, c'est qu'il est plein, sain et bon pour le service. S'il émet un son creux, cela signifie qu'un parasite l'a attaqué : éliminé.

Ensuite, l'oiseau se métamorphose en parfait forestier. Pour cacher sa récolte, il enterre un à un les glands, à 4 ou 5 centimètres de profondeur et à intervalles réguliers. Comme il n'a d'autre outil que son bec pour effectuer l'opération, il préfère un terrain meuble qui, par la suite, facilitera l'enracinement de la future pousse. Afin de pouvoir mieux retrouver ses "planques", le Geai choisit des sites peu denses en végétation - et donc bien éclairés -, ce qui, quelques années plus tard, réduira la compétition entre jeunes chênes, sans compter que les herbivores s'aventurent moins volontiers à découvert...

Chaque année, un seul Geai enfouit ainsi près de 5 000 glands, ce qui fait de lui le premier reboiseur européen, puisqu'on estime que 59 % des régénérations naturelles de chênes lui sont imputables. La moitié des fruits qu'il disperse donnent une pousse. Une fois enterré, le gland germe en quelques semaines, mais le geai parvient, en tirant sur la plantule, à en déterrer les réserves nutritives, les cotylédons. Cette opération a pour conséquence d'arracher certaines racines de la jeune pousse et, paradoxalement, de la renforcer en l'obligeant à se reformer. L'oiseau reproduit ainsi involontairement ce que les forestiers effectuent sur leurs plants.

Dernier volet, mais non le moindre, de cette association à avantages réciproques, le Geai consomme aussi bon nombre d'insectes, surtout au printemps et pendant l'été, lorsqu'il lui faut un apport de protéines pour nourrir ses petits. Or, à qui s'attaque-t-il principalement ? Aux chenilles défoliatrices, qui dévorent les feuillages et les fleurs des arbres...

 

                                                                                     P. B.

18/05/2016

Le parfum "senteur livre"

Le site Quartz rapporte que depuis quelques années déjà, on trouve des parfums « senteur livre ». L’odeur des vieux livres provient de la dégradation chimique de la cellulose et de la lignine, deux composants, entre autres, du papier.
Il n’est pas étrange, selon Quartz, que l’odeur d’un livre soit tant recherchée : « Les odeurs sont étroitement liées à la mémoire. Pour les amoureux des livres, l’odeur des vieux manuscrits rappelle les souvenirs de lecture d’un vieux classique ou les moments passés à fouiller dans une bibliothèque ou dans une librairie. »

17/03/2016

L"envie de désert " des poètes qui partent vivre à la campagne

Les poètes sont volontiers discrets. Des dizaines d'entre eux, souvent d'anciens professeurs ou instituteurs, ont d'ailleurs volontairement quitté une grande agglomération pour s'installer à la campagne. L'"exil" campagnard ne relève pas seulement de la volonté de quitter les nuisances de la ville, mais bien plutôt d'un choix mûri. Jean-François Manier, fondateur de Cheyne Editeur, a opté pour Chambon-sur-Lignon, sur le plateau cévenol. Il insiste sur le paysage : "C'est un paysage propre à la concentration, à la méditation. Il faut du silence pour la création." Le plateau cévenol offre un espace ouvert : "Je n'aurais pas pu m"installer dans une vallée ardéchoise", précise Jean-François Manier.

Loin des clichés d'une opposition simpliste entre la ville et la campagne (on se reportera, dans le registre cinéphilique aux fameux Contes de Rohmer) ou d'une affirmation régionaliste, les poètes avouent trouver à la campagne un horizon nécessaire, des lignes horizontales et verticales. Claude-Louis Combet aime, "à partir de ces paysages, extraire des lignes d'abstraction." A les entendre, il existe une structure de l'espace, qui structure à son tour l'esprit de celui qui écrit.
La campagne qu'ils ont choisie se mue, peu à peu, en un espace mental qu'ils conservent en eux et qu'ils peuvent recomposer à l'infini à travers le travail d'écriture. On retrouve comme dans l'un des recueils de poésie de Paul Claudel, Les Cinq Grandes Odes, une nécessaire mise à l'écart du monde : non pas pour l'ignorer, mais pour justement mieux l'appréhender et le comprendre.

L'un des "cahiers" de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d'Auvergne s'intitule Ecrivains en campagne (Cheyne Editeur). L'ouvrage s'ouvre sur une parole de Brassens : "C'est pas seulement à Paris que le livre fleurit." Franck Wattel et Paul Basselier - ils ont créé en 1987 l'entreprise Double-vébé, qui a acquis sa notoriété avec Les Iles d'Auvergne, édité en 1994 - s'y expliquent quant à leur choix de quitter Paris pour l'Auvergne : "A un moment de notre existence, nous avons eu envie de désert. (...) L'Auvergne est un désert. C'est sa noblesse." Encore faut-il comprendre le terme de "désert" : il s'agit ici d'un paysage propice au recueillement, un vide d'où peut surgir une parole.

James Sacré, présent dans le prochain Diérèse dont la sortie est prévue fin avril, aime à découvrir dans le paysage "des mouvements de lignes" dans lesquels se déploie "le foisonnement du réel". Sacré ajoute : "D'un côté, j'ai le sentiment que le paysage donne des choses à l'écriture, mais qu'est-ce que les mots donnent aux paysages ?", s'interroge le poète. Comme s'il était redevable du lieu qu'il a investi.

Un écrivain comme Alain Chany (auteur d'"Une sécheresse à Paris" et de "L'Ordre dans la dispersion"), ancien professeur de philosophie, revenu, lui aussi, dans la montagne auvergnate, sur les terres de ses grands-parents, propose une approche plus sociale de son territoire réapproprié : "On parle parfois de désertification pour désigner le mal de ce pays. Déshumanisation, à mon sens, conviendrait mieux ; ou désocialisation." Pour Alain Chany, cette partie du Massif central est "un monde à part, une espèce de nulle part assez peu fréquentable, où le corps se recroqueville pour résister."