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30/05/2019

Jean-Gilles Badaire (qui a illustré "Diérèse" 52/53) **

BADAIRE BLOG.jpg

La Beauté ne subsiste que dans le regard


Combien floues ces traces d'eau
sur les paupières fuselées des verrières
J'y sens lumière et nuit alterner
comme cerfs à l'aube entr'aperçus
dans l'échancrure des bois
là où les feuilles se font lit...


Daniel Martinez
Diérèse 31

11:00 Publié dans Arts, Diérèse | Lien permanent | Commentaires (0)

Vision de la poésie, par Armand Olivennes

Armand Olivennes, qui fut l'un des auteurs de Diérèse, et son approche du sujet :

     Tout est poétique dans l'univers, souligne Platon dans Le Banquet, mais les poètes sont ceux qui se sont plus électivement voués à l'expression verbale de cette poésie universelle, notamment grâce à la prosodie. La poésie n'est donc jamais formelle. Des sensibilités au mythe cosmique, très différentes les unes des autres, s'y affirment et s'y affrontent avec plus ou moins de réalité personnelle, de talent et de plausibilité.
     Se séparer des autres, et les rejoindre cependant, leur faire admettre une communauté, une sorte d'ensemble idéal, où tout ce qui ne tombe pas sous le sens, tout ce qui est obscurément hermétique, serait uni par la cryptologie de l'esprit, et par les mots, cette ambition a sa traduction dans les formes, la recherche formelle et dans le contenu thématique.
    Cette assignation était encore claire quand une forme commune définie, une prosodie, sous-entendait, à la fois, l'égocentricité et le sentiment de communauté. Mesures, rythmes et rimes attestaient l'individu, la personne, par rapport au discours social, mais aussi l'appartenance de cet individu à une culture commune, à un mode de civilité.
     Au XIXème siècle, ce principe de communication n'est plus devenu qu'une épreuve ; l'extériorité du Moi a subi trop de tortures, de trop violentes dénégations, pour s'y résigner et l'ensemble social a connu, malgré tous ses discours, plus de rupture que de communauté.
     Deux courants de l'art poétique, souvent opposés, se sont alors constitués. Dans le premier cas, le Moi restait à deviner, à se définir, à se replier sur lui ou à se dilater à l'infini : poésie presque ou tout à fait autistique, avec ou sans des étais prosodiques, et les accents les plus irréfutables de la sincérité, de la détresse et du cri.
     Le deuxième courant a maintenu sa (relative) cohérence, dans l'appartenance à une pluralité, en privilégiant ce qui fonde le lien communautaire, la foi, la lutte pour le progrès humain, la jouissance immédiate des biens terrestres, etc.


Armand Olivennes

07:09 Publié dans Diérèse | Lien permanent | Commentaires (0)

25/05/2019

Les Elégies de Richard Rognet, un fidèle de Diérèse

C'est la première des neuf élégies, manuscrite, que je vous donne à (re)lire ici-même, ensemble inédit avant sa publication par la B.M.I. d’Épinal, en mars 2013. Alors que les élégies d'un Jude Stéfan sont plutôt "sèches", celles de Richard Rognet sont lyriques (comme je les aime, en mon for). L'ensemble desdites Élégies seront reprises in Élégies pour le temps de vivre suivi de Dans les méandres des saisons chez Poésie/Gallimard (Poche, le 13 nov. 2015). Ajoutons que les deux auteurs cité ont publié à plusieurs reprises dans Diérèse, pour mon plus grand plaisir. Amitiés partagées, Daniel Martinez.

 

ROGNET BLOG.jpg

On a beau chercher, sous la neige récemment
tombée, les traces du dernier été, on ne touche
que le noir terrible des taupinières désertées,
on est orphelin des journées dont la lumière


grisait les oiseaux et les fleurs, et surtout
de ces hautes transparences qui filent parmi
les branches et qui ressemblent tant aux cris
poignants des souvenirs. On cherche sous la


neige, on ne cesse pas de chercher quelque
chose qui sauverait la maison des interminables
regrets qui rampent, avec les heures vides,


sur les objets où le père, où la mère, ont
laissé leurs empreintes et cette espèce de
mystère qui n'en finit pas de nous foudroyer.


Richard Rognet

07:49 Publié dans Diérèse | Lien permanent | Commentaires (0)