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19/05/2019

Préparatifs à l'édition de "Trajectoire suivi de Strophes" aux Deux-Siciles III

Les aléas de l'édition... Un agent littéraire vient contrarier nos projets ! Jean R. en est désolé, et me l'écrit. Parallèlement, il a mis la dernière main pour Diérèse à la traduction du Corbeau (The Raven) d'Edgar Allan Poe, traduction remarquable entre toutes, qu'il souhaite voir illustrée ; elle le sera, par Pacôme Yerma.

 

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                                                                             20. 6. 02

                    Cher Daniel Martinez

     Je suis désolé d'avoir à revenir sur notre projet d'une plaquette illustrée de collages. Voici pourquoi : l'agent littéraire qui s'occupe de toutes mes affaires avait, sans m'en parler, organisé une nouvelle exposition de mes "œuvres" quelque part en Normandie avec établissement d'un catalogue luxueux précisément constitué par des collages de moi et des articles divers sur mon travail. Il ne serait pas honnête de ma part de courir 2 lièvres à la fois. Que faire ? La solution la plus simple est de publier TRAJECTOIRE avec mon portrait... que je trouve excellent.
     Il en va tout autrement de la traduction du Corbeau dans Diérèse mais je ne serais pas d'accord pour que cela figure dans un bestiaire. Pour les dessins, ils sont bons, mais sans rapport avec ce poème si noir et dramatique. Pourquoi pas un dessin représentant un Corbeau noir, sinistre à souhait, battant des ailes sur le "buste de Pallas" ?
     Vous trouverez mon portrait protégé par les cartons des dessins.
    Quant aux collages, faites-moi le plaisir d'en garder deux. Je vous les offre de bon cœur en espérant que vous ne serez pas froissé du "pas de clerc". Renvoyez-moi les 3 autres. Merci très vivement.
     Votre ami, confus mais sans faille !

                                                                 Jean Rousselot

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L'édition de "Trajectoire suivi de Strophes" aux Deux-Siciles IV

Le livre de Jean Rousselot a donc été édité selon ses vœux, à Fontainebleau, avec en frontispice le fameux portrait du poète par Pacôme Yerma.
Quinze poèmes y prennent place, ainsi que des Strophes, voyez plus bas... ce recueil bénéficiera d'un second tirage. Parallèlement, le numéro 18 de Diérèse était sorti, avec la fameuse traduction de The Raven d'Edgar Poe.

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     Cher Daniel Martinez,

     J'ai oublié de vous dire que mon portrait d'après photo me semble réussi...
     Quant à la coquille (unique) elle est dans Dit d'une aimée ligne 5 : "Je ne me transforme/z". A la correction, je ne m'en étais pas aperçu. Je raye ce z malencontreux sur les exemplaires que vous m'avez adressés. Les lecteurs attentifs devraient en faire autant.
     Ce mot en vitesse avant la canicule... La nouvelle agression (thyroïdite ou dienne ?) qui me désarçonne aura demain (lundi) un médecin à son service.
     Je suis, moi, incapable de faire quoi que ce soit. Même pas "l'abominable sieste des grands" car mon esprit n'est jamais en repos.
     A vous amicalement en vous redisant merci !

                                                           J Rousselot

     Il serait bon d'envoyer "Diérèse 18" à Aujourd'hui Poème (ce qui sera fait, sans aucun retour ; depuis, on ne parle plus de cette revue, disparue comme elle s'y attendait sans doute).

*

Strophes

Pourquoi porter sa croix ? La mienne bat des ailes
Et m'emporte au-dessus des amours éternelles
Il est vrai qu'elle est toute dentelles et soies
Et elle sent si bon que j'en pleure de joie

*

La mer qui sans répit lève des troupes fraîches
La mort absurdement qui code ses dépêches
C'est le même frou-frou, c'est le même vagir
Hypocrite et souvent des larmes pour finir.

*

Jérusalem avant que ne s'ouvrent tes portes
L'anneau de Salomon la poubelle l'emporte.
Affaire de langage est la reine aux seins nus

*

Il pense en moi plus bas que ne descend la sonde
Mais ma solution seule reste encore
                      Ce monde
Qui comme moi n'existe qu'à mi-corps.

*

Je ne crois qu'au hasard. Il ne m'a rien promis.
Il n'exige de moi amour ni sacrifice
Dans son âtre où palpite un feu que nul n'a mis
Le doux bouillottement de la mort est propice
aux très lucides vœux qui me restent permis

                                                      Jean Rousselot

Trajectoire suivi de Strophes, à l'enseigne des éditions Les Deux-Siciles, 8 avenue Hoche, 77330 Ozoir-la-Ferrière.

13/03/2019

Mario Luzi (1914-2005) traduit par Jean Rousselot

A ma mère dans sa maison


Accueilli par ta vieille maison grise,
Je suis allongé sur un lit d'angoisse
Qui, tant d'années, fut peut-être le tien,
Et je compte les heures si lentes qui passent,
Plus lentes encor sous la nuée que je trace
Dans le maigre sol de cette nuit d'août.


Un homme qui revient en pleine nuit des champs
Échange un signe de fatigue avec un autre,
Monte la côte, enfile la ruelle, pousse
La porte du taudis. L'haleine chaude
Du sirocco dérange le repos des gens
Et fait gémir les infirmes et les reclus.


Je ne dors pas, je suis le pas du noctambule :
Un fou peut-être, ou bien un jeune homme un peu soûl,
Qui résonne sur le trottoir et les cailloux

Et je laisse et reprends sans fin mon propre faix
Et, plus bas que jamais encor je ne l'ai fait,
Je descends dans ce temps, je descends dans ce peuple.

 

Mario Luzi traduit par
Jean Rousselot